mardi 28 août 2018

Un bonheur et trois malheurs sur le golfe de Thaïlande (histoire - 2/3)



Un grain tropical passe sur Koh Sak...

Il ne restait plus qu'à rentrer. L'affaire d'une demi-heure sans doute, malgré cette mer désagréable. Le vent d'ouest est ici un vent de terre. Comme il n'y a pas de fetch, il lève une petite mer courte et hachée, très pénible à naviguer. Avec les îles, il y a des réverbérations d'ondes et par endroits, la mer se croise et fait marmite du diable. Je vais avoir les vagues et le vent contre moi : ça va mouiller dur !

Mais le moteur n'a donné aucun signe de faiblesse. J'ai fait le plein il y a quelques jours - en mer - et je n'ai pas utilisé le bateau depuis. J'ai largement de quoi tenir la distance.

J'ai contourné la pointe sud de Koh Sak, route plein Est, vers le terminal d'huile de palme, une plate-forme en eau profonde à la sortie de notre baie. Le moteur tourne bien. Je monte le régime. Et... pof-pof-pof ! Il s'arrête. Je me suis toujours demandé si ce moteur était bien réglé. Parfois, il rechigne à prendre des tours. Je le redémarre. Il repart. Et deux minutes plus tard, pof-pof-pof. Je relance, il repart. Et s'arrête : il est vraiment, définitivement pof-pof-pof. J'ai beau m'échiner, aucun pet décent n'en sort.

Bon. Après tout, quatre kilomètres, ça devrait faire deux heures de route, pas plus, en nageant. Ah, au fait, nager est le terme consacré pour dire ramer - tu n'imaginais quand même pas que j'allais me mettre à l'eau et abandonner la Dédaigneuse !

J'ai deux avirons, fabrication thaïe. Sculptés à la main. Je ne m'en suis jamais servi plus d'une heure, mais j'ai beaucoup nagé dans ma jeunesse. Je devrais y arriver. Et comme j'ai gardé mes gants de plongée, de bons gros gants anti-coupures, je ne devrais pas attraper d'ampoules.

Il fait chaud au soleil dans ma tenue noire - je ne peux pas l'enlever, je n'ai rien d'autre. Je commence à avoir soif. Le temps passe. J'ai essayé de redémarrer le moteur. Rien. J'ai beau mettre le starter, il n'allume pas. Il n'est pourtant pas noyé. Panne d'essence ? Pas très crédible. A moins qu'un autre pêcheur m'ait siphonné le réservoir ? Parano… vite balayée. Ce n'est pas possible, les pêcheurs du coin ne sont pas comme ça. Et puis je les laisse garer leur vieil Isuzu dans le jardin quand ils partent en mer, c'est devenu une habitude - le soir, la maison est un vrai parking ! On est très copain. Enfin il me semble…

Mais peut-être qu'en revenant l'autre jour, j'ai bouffé beaucoup d'essence, la mer était difficile, Poon était avec moi, elle avait peur, elle en avait assez, je suis rentré à fond. Et comme j'avais ravitaillé en mer, à sec, je n'aurais rempli le réservoir qu'à moitié ?

Difficile à croire, tout ça. Mais plus crédible que d'imaginer qu'un pêcheur m'ait chauffé la gazoline.

Je n'ai pas envie de vérifier ce qu'il y a dans le réservoir, risque de perdre le filtre par dessus bord, et pas le temps. La mer s'est calmée avec le vent. Je tire sur les avirons. Le bateau semble avancer correctement. Voilà que je sens un souffle qui me rafraîchit le dos. Agréable… mais mauvais présage. Je vois les friselis sur la mer qui se plombe. La lumière faiblit. Les crêtes se forment. Maintenant, l'eau tape contre la coque. Je rame et parfois, le bateau est arrêté par une vague. L'une envoie un petit paquet de mer qui tombe à mes pieds, un crachat - la salive du monstre... Il faut relancer la Dédaigneuse. Elle me paraît lourde comme un cercueil…


Je pense à mon arrivée. Que faire avec ma pêche. Je sais que la police maritime peut vous attendre à terre. Mais comment pourrait-elle affirmer qu'elle m'a vu prendre du poisson dans l'île ? Je peux très bien dire que j'ai plongé au terminal d'huile de palme, cela m'est déjà arrivé. A moins qu'elle n'ait eu un coup de fil de la vedette des gardiens du parc ? Ce qui compte en Thaïlande, c'est d'avoir été pris la main dans le sac, peu importe par qui... Peut-être sont-ils passés quand j'étais dans l'eau, rechargeant mon fusil... Non, j'aurais entendu le moteur - au fond, on capte les sons de loin.

Mais bon, je peux très bien couvrir le bateau de sa bâche, rentrer avec mon matériel seulement, le poisson caché à fond de cale. Et si tout est clair, revenir le chercher. Oui, c'est ce que je vais faire… Laisser aussi le fusil ? Plus prudent. Évidemment, ils peuvent aller regarder sous la bâche... mais peut-être pourrait-on discuter avant ?... Et de toute manière, ne pas accoster, laisser la Dédaigneuse au mouillage, rendre les choses compliquées ? Pas question de laisser ma prise aux requins sans me battre jusqu'au bout...

Koh Sak est devant moi - puisque je nage dos vers l'avant. Je ne la vois pas rétrécir. Pas très loin sur ma gauche, Koh Samet. J'essaye de prendre des alignements. Ils se déplacent avec lenteur. C'est déprimant. Tant pis, il faut persévérer. Je vais finir par y arriver, quand même !...

Je croise les flotteurs de filets posés sur le fond. Mauvaise surprise, on dirait qu'un courant pousse vers le large et le nord. La montante qui remplit le golfe de Thaïlande. Je comprends pourquoi j'avance si lentement. Le vent, les vagues, mais aussi le courant. Il faut revoir les prévisions à la hausse. J'arriverai dans trois heures. Au mieux.

Si je suis trop fatigué, je pourrais faire escale au terminal d'huile de palme - il est à trois cent mètres de la passe : je ne me dérouterai pas beaucoup. Après, il ne restera plus qu'un petit kilomètre avant la côte.

La mer s'est calmée. Puis le vent a repris. Et encore, et encore, ça change tout le temps.

Une bonne heure a passé, je ne vois pas grand progrès. Pourquoi mon aviron tribord saute-t-il sur l'eau ? Parce qu'il tourne dans ma main et prend une mauvaise inclinaison. Pourquoi tourne-t-il ? Parce que sa poignée n'est pas ronde, putains d'artisans ! Si je ne la serre pas, l'à-plat glisse dans ma paume. Alors je serre, mais je commence à avoir mal au gros muscle à la racine du pouce, un début de crampe.

Je n'ai plus de moteur - j'ai encore essayé sans succès. J'ai des avirons. Mais l'un est mauvais. Déjà, pourvu qu'aucun ne casse. Et pourvu que la douleur à la racine du pouce ne devienne pas intolérable. Parce que je ne pourrai plus nager. Et que faire alors ? Tenter de faire sécher le portable ?

Si j'arrête de ramer, je dérive de trente mètres. Alors pour le téléphone, on verra plus tard...

Mon gros poisson est devant moi, baignant dans l'eau de pluie mêlée aux embruns. Pas envie d'écoper encore. Je ne sais pas pourquoi, une fureur me prend. Ce bonheur que la mer m'a accordé, elle me le fait payer bien cher. J'ai envie de refoutre le poisson à la baille. Geste rituel d'apaisement ? Plutôt de colère. Mais non, ce serait idiot.

Son œil maintenant vitreux me fixe…

Il fait chaud, la tête me cuit, j'ai les lèvres salées. J'ai soif. Une fois sur deux, j'oublie de prendre de l'eau en partant - grosse erreur. Mais le compartiment avant du bateau a dû récupérer un peu de pluie. J'en recueille avec l'écope, je la porte à mes lèvres. Pouah ! Elle est salée. Saleté d'embruns !

Deux heures à nager comme un galérien. Un ciel noir, lugubre. Parfois la pluie - j'espère qu'elle va tomber drue, aplatir la mer et apaiser le vent. Mais non. Le vent se renforce, avec les vagues qui arrêtent le bateau. La mer qui bout, la Dédaigneuse qui bouchonne, l'impression que tous mes efforts ne servent à rien. Les amers qui ne se décalent pas.

J'ai légèrement dérivé vers Samet dont la côte défile interminablement. Pas assez proche pour envisager d'y mouiller et attendre un secours. Si je laisse porter, je vais me retrouver à quinze mille au large. Il faut tenir, ramer, ramer… Les bras et les épaules commencent à fatiguer. Tantôt je nage comme on nage le crawl, une rame après l'autre, tantôt comme la brasse, les deux en même temps. Je n'arrive pas à voir quel est le moins fatiguant.

De toute manière, avec cette mer qui bouge, il faut lever haut l'aviron à chaque retour, de peur qu'il ne croche une vague et arrête le bateau, casse le mouvement et l'épaule. Mais quand on tire, on ne sait jamais si on va être assez profond, ou si la pale va égratigner l'eau. C'est épuisant.

C'est alors que le téléphone sonne.

(la suite et la fin avec ce lien)



lundi 27 août 2018

Un bonheur et trois malheurs sur le golfe de Thaïlande (histoire)


 

Ce matin, comme tous les jours, j'ai regardé la mer. Elle était plate. Avec des reflets argentés et mordorés. Elle avait quelque chose d'invitant, je ne saurais dire pourquoi.

Sans réfléchir, j'ai décidé d'aller faire un coup de chasse à Koh Sak. Une petite île rocheuse, à deux bons nautiques de la côte.

Avant de partir, j'ai jeté un œil à la météo. Elle n'annonçait pas plus de 5 Beaufort dans les rafales. Sinon, un petit 4 très navigable qui s'établissait dans la matinée. Onze à dix-neuf nœuds, à prendre au pied de la lettre - on pouvait même avoir plus fort.

Je suis breton, et les temps à grains, je connais ça par cœur. Il y en a beaucoup en Thaïlande. Sans doute en raison des forts gradients de température entre l'air, la mer et la terre. Ce qui donne un temps imprévisible, des mini-tornades - les météorologues thaïs ne sont pas plus mauvais que les autres, mais leur job est impossible.

J'ai pris mon matériel et je suis descendu au bateau. Sans oublier le téléphone dans une pochette rose étanche qu'on m'avait donnée un jour de Songkran - cadeau publicitaire. Je ne l'avais jamais mise à l'épreuve et pour tout dire, elle ne m'inspirait aucune confiance. La couleur rose, peut-être ? Je l'ai accrochée à l'arrière, sous le moteur, au-dessus du fond pour qu'elle ne soit pas mouillée - ni par une possible ondée, ni par des embruns.

Premier coup du lanceur, le moteur part. La mer n'est plus aussi plate, elle est encore très calme. La Dédaigneuse avance bien. L'eau ne semble ni claire ni trouble : on verra près de l'île.

Il faut quand même que je te dise. Koh Sak fait partie d'un parc naturel national et il est strictement interdit d'y pêcher. Je vois pourtant des embarcations thaïes s'arrêter dans ses eaux pour poser des casiers, jeter des filets. Mais la loi ne s'applique pas de la même manière pour les farangs et pour les locaux… Et l'on voit parfois à la télé un groupe d'occidentaux piteux avancer menottes aux poignets vers un panier à salade de papaye...

Mon bateau est tout petit - si petit que le fonctionnaire des affaires maritimes n'a pas voulu l'enregistrer. Il n'est pas très marin, je trouve que le franc-bord est trop faible au cul. En cas de déferlantes, il embarque. Il suffit d'être prudent : deux nautiques par mer calme, aucun problème. En principe...

J'arrive près de Koh Sak que je contourne par le nord. J'ai déjà observé qu'à la pointe sud, il y a une intéressante concentration de poissons… à laquelle je n'ai pas fait grand mal, j'y ai toujours trouvé une eau turbide. Alors je descends dans cette direction, côté large pour ne pas me faire remarquer de la police maritime et des gardiens du parc naturel.

Inhospitalier...

La mer est plus agitée de ce côté, mais tant pis. Je mouille et j'attends en prenant des alignements pour être sûr que l'ancre ne dérape pas. Rien ne bouge. J'en ai profité pour finir de m'équiper. Je me jette à l'eau. Elle est un peu fraîche : comme l'eau de la douche à la maison, au point que je ne me suis pas rasé depuis plusieurs jours. Faute impardonnable : les poils de barbe empêchent le masque de faire ventouse, l'eau rentre, impossible de chasser comme ça. Tant pis : je serre la lanière, j'aurai mal à la tête dans une heure et c'est tout.

Ce qui me frappe tout de suite - et me rend fou de joie - c'est que la mer est transparente. Genre cinq ou six mètres. Je vois plein de petits poissons, c'est bon signe et c'est joli. Si longtemps que je n'ai pas trouvé l'eau si claire. Je pense à mes dernières sorties, retour bredouille. Le plaisir de descendre, de se poser comme une fleur sur un roc et de regarder est immense… mais il ne me comble pas. A la maison, Poon se moque de moi, disant que je prends soon quand je vais à la pêche. Soon, zéro…

Quand je chasse, je perds la raison et le sens du temps. Je suis un mauvais chasseur, mais j'aime ça à la folie. Au bout d'une heure et demie, j'ai tiré quelques poissons, de quoi faire deux repas en famille. Je n'ai pas envie d'en attraper d'autres : pour quoi faire ? Les donner ? Ça connote, genre gros vantard. Alors je palme vers le bateau.

Au retour, en mettant en ordre mon fusil, je croise un beau poisson, cinquante centimètres au moins, plus de cinq kilos. Je ne l'identifie pas avec précision, mais sa famille, les carangues, est tout à fait honorable, jamais moins de deux fourchettes ! Dommage, mon fil est en pelote, je n'ai pas le temps, il passe près de moi et disparaît en sens inverse. Au moins j'aurais eu le plaisir de le saluer.

Vingt mètres plus loin, je descends, histoire de… Rien. En remontant, qui je vois ? Ma carangue qui s'approche avec curiosité. Elle a fait demi-tour. Elle est à la distance, je la tire, je la transperce en plein au milieu du corps. La trouille, avec une bête un peu grosse, c'est qu'elle casse la flèche ou le fil. Il faut lui laisser le temps de saigner et de s'épuiser, tout en allant assez vite pour assurer la prise.

Pour une fois, je fais un sans-faute. Je me retrouve à tenir la flèche emplanture posée sur moi, le poisson prisonnier entre poitrine et main qui tient la flèche. C'est drôle de sentir une bête contre sa peau, un animal sauvage qui bouge. Ça n'arrive pas tous les jours. Sensation puissante.

J'attrape mon poignard de ma main libre, et je tue le gros poisson de plusieurs coups dans le cerveau - pas simple, il a le crâne dur, il faut tourner le couteau. Très vite, il ne bouge plus. L'affaire a bonne tournure. Je ne suis pas loin du bateau, je monte le poisson à bout de bras au-dessus de ma tête et je le lance dans la barque. Voilà… Je suis tout joyeux. Depuis Madagascar que j'en avais pas pris un si gros. Je me rappelle ce beau mérou que j'avais fléché dans la gueule, en long, ce qui l'avait immobilisé de la tête à la queue.

Mais le vent a monté, et de ce côté, l'île reçoit des vagues assez fortes. J'enlève ma ceinture de plombs, mes palmes, je balance tout sur le bateau. Il ne reste plus qu'à monter par l'arrière, ce qui est toujours délicat. Au moment où je me rétablis sur le panneau de poupe, une vague soulève l'avant et le bateau embarque d'un coup cinquante litres d'eau. Cinquante kilos !

Il penche très dangereusement du cul et risque de couler. Je me précipite vers l'avant, je réussis à passer par-dessus le moteur en me brûlant et je m'écrase au milieu des palmes, la tête dans le poisson, le nez sur la flèche. Une nouvelle vague soulève l'avant et le bateau embarque encore cinq litres par l'arrière.

Il faut faire vite. J'attrape l'écope et je commence à vider l'eau comme un fou, la trouille au ventre. Je ne pense pas risquer ma vie : au pire, si le bateau coule, je peux me débrouiller pour regagner l'île à la nage, même si elle est très inhospitalière avec ses rochers à-pic. Un pêcheur passera bien par-là, je me jetterai à l'eau et j'irai le rejoindre. Il me déposera où il voudra. Longueurs et complications, perte du bateau, du moteur et du matériel de chasse, sans parler du téléphone et des lunettes.

Ah oui, le téléphone ! Je pensais l'avoir mis en lieu sûr. Il était encore là, pendu dans sa pochette, tournoyant dans les remous, au gré des mouvements du bateau. A tous les coups, il a pris l'eau.

Le niveau descend mais il en reste encore beaucoup à vider. Je n'ose aller vers l'arrière, je suis obligé de tendre le bras pour écoper. Finalement, l'affaire semble sauvée. Mais la mer est mauvaise. Je démarre le moteur qui ne rechigne pas, et je me hale sur l'ancre, hélice à l'air. J'avais vérifié en partant chasser qu'elle n'était pas coincée au fond - j'espère que je vais pouvoir la sortir sans difficulté. S'il faut que je plonge pour la libérer, puis que je regrimpe dans le bateau, avec le risque de le remplir encore par l'arrière, cette fois avec le double de profondeur sous la quille - pas du tout chaud.

Pincement au cœur : en arrivant à-pic, ça coince… Je tire, j'essaye sur le côté, je dépasse… et l'ancre finit par se libérer, je la ramène à bord et je me précipite vers le moteur. Le bateau s'est mis en travers dans la pire des directions, nez vers les rochers. Je laisse couler l'hélice en espérant virer assez sec pour ne pas m'écraser sur les récifs pâles qui menacent à travers l'eau. Le bateau obéit, je soulage un peu le long tail pour éviter qu'il n'accroche un corail… la Dédaigneuse et moi filons enfin vers le large, au sud-est, évitant la pointe où je viens de chasser.

Sauvé ! Pour l'instant…

(suite en suivant ce lien)

La Dédaigneuse a un moteur de compresseur avec un "long tail", arbre de deux mètres qui porte l'hélice - à la mode thaïe.

dimanche 12 août 2018

Poteaux électriques : penche la tête pour que les fils se touchent…


Bangkok : une ville très branchée

Il y a quelques jours, je suis allé au service d'électricité demander s'il serait possible de faire disparaître un poteau mal placé devant la maison. Soit en enterrant la ligne. Soit en faisant passer la ligne par derrière.

L’hôtesse fait venir l'ingénieur. Verdict :
- Enterrer les fils, les faire passer derrière la maison : pas question. Mais on peut déplacer les poteaux. Comme ça on ne verra que les fils.
- A quel prix ?

Là, vide complet. L'ingénieur dit qu'il faut aller sur place examiner la configuration du terrain.

Je connais l'expression "en général" en thaï. Ma grosse erreur est de ne pas connaître le mot lao-lao, qui veut dire "approximatif". A ne pas confondre avec mao-lao : demander à l'ingénieur s'il est pompette : pas cool… car mao-lao veut dire ivre.

Fon sert d’interprète. J'essaye de lui faire comprendre que je souhaite au moins connaître le prix de l'installation d'un poteau neuf. Impossible. Pour un poteau neuf aussi, il faudrait aller sur place pour évaluer la charge de travail.

En désespoir de cause, je demande combien ont été facturés les poteaux au cours des dernières semaines. Manifestement je pose trop de questions. On ne m'écoute plus, et de toute manière, on ne me comprend pas. Dismissed !

C'est pourtant logique d'avoir une idée du budget à prévoir pour une telle opération, non ? Apparemment, les thaïs ne demandent pas.

Situation compliquée... Impossible de savoir si la traductrice était mauvaise ou s'il faut incriminer la culture locale. Dans la voiture, je dis à Fon que j'aurais bien aimé connaître le prix de travaux similaires réalisés au cours des derniers mois par le service d'électricité. Elle me dit que ce n'est jamais pareil. Et donc qu'ils ne savent pas.

Là, je commence à m'énerver. Il y a un problème... Une incapacité à généraliser ? A moyenner ? Chez Fon spécifiquement ? Ou plus largement : trait culturel ?

Nous allons voir une amie. J'en profite pour lui parler de mon problème de poteau électrique. Selon elle, il est peut-être possible d'enterrer la ligne ou de trouver une meilleure solution. Un riche thaï de Bangkok obtiendrait ce qu'il veut. Mais au service d'électricité, ils attendent qu'on fasse le premier pas… Mieux vaut donc que la question du prix reste dans les limbes en attendant la suite !

Ok... Ce n'est quand même pas complètement clair. J'ai déjà été confronté plusieurs fois à l'incertitude : combien le service ? Impossible de savoir. Même à un pied d'éléphant (d'Asie) près. La notion de devis est inconnue.

Fon émet une hypothèse : ils ont peur d'avoir des problèmes s'ils disent un prix et que ce prix est dépassé. J'essaye de dire que je ne demande pas une prévision. Juste un état de ce qui s'est fait, pour avoir une idée, un ordre de grandeur. Mais...

Blocage !


Incapacité à se projeter dans le temps ? Insouciance, fatalisme...? C'est vrai, la doxa bouddhiste exige qu'on vive au jour le jour...

Ou plutôt insuffisance éducative qui fait que les gens n'arrivent pas à généraliser, à abstraire ? Souvent, quand je pose une question toute bête, on me demande une précision - la plupart du temps inutile. Par exemple :
- Comment va-t-on au grand magasin Big C ?
- Tu veux acheter quoi ?

Même pas de la curiosité. Comme s'il était impératif d'appuyer le raisonnement sur un élément concret. Le stade opératoire non formel de Piaget. La France de tous ceux qui n'avaient pas le certificat d'étude il y a un siècle.

Le soupirant de Min a un grade élevé dans une administration locale. Il va aller les voir. Min dit que le courant passera forcément mieux... Bien sûr, et je te tiens au jus !

En attendant, je vais chercher la bouteille de vodka dans la cuisine et je me verse un verre. Je sens que d'ici peu, je serai approximatif… Parce que ça m'énerve... ça m'énerve !!!

Bateaux équipés pour la pêche (nocture) à l'encornet. Un peuple éclairé... entre 11 heures du soir et 4 heures du matin ?


mardi 7 août 2018

Comment acheter un terrain de rêve au bord de la mer en Thaïlande


Vue imprenable sur les îles...

Quelques précisions pour éviter toute ambigüité :

a/ il s'agit d'acheter un terrain juste en bordure de mer, et non dans les terres - grosse différence de prix, dans un rapport de un à dix, même à cent mètres de la mer ;

b/ mon projet immobilier ne concerne pas une zone déjà touristique (Phuket, Krabi, Pattaya) et quadrillée par des farangs spécialistes ;

c/ je ne traiterai pas de la dimension juridique ; je renvoie à l'excellent livre de Rene-Philippe R. Dubout sur ces questions, How to safely buy real estate in Thailand ;

d/ mon cas est particulier dans la mesure où ma compagne n'est qu'assez peu motivée par l'achat que j'envisage - elle est attachée au village où habite sa famille et la mer ne l'intéresse pas ; elle me fournit une aide limitée. Si j'avais une compagne motivée, tout serait-il limpide ? Car pour l'instant, j'ai l'impression de faire de la plongée dans de la soupe de pois cassés.

Les prix

Dans ma région (peu importe laquelle), les prix n'ont pas cessé de monter au cours de ces dernières années. Et de manière vertigineuse. Des terrains achetés 2.8 M (2.8 millions de baht pour un raï, soit 1600 m2) il y a trois ans sont revendus 6 M aujourd'hui.

Le prix oscille autour de 6 M/raï quand on achète un ou deux raïs.

Ce que j'observe, c'est que les vendeurs, contre leur intérêt apparent, ne veulent pas vendre au raï. Ils veulent se débarrasser d'un bloc de quatre, dix ou quinze raïs. Dans ce cas, le prix baisse et descend à 4.5 M/raï. Pourquoi ils ne vendent pas à la découpe, je ne comprends pas.

Je peux acheter un mètre carré de plage s'il vous plaît ?

 

 Le marché

Il semble très important. D'ailleurs, si on regarde la terre en étant sur mer, on constate que plus des trois quarts de la côte ne sont pas construits.

Pourtant, de ce que j'ai compris, les terrains sont actuellement l'objet d'une spéculation intense. Beaucoup de gens de Bangkok - bien plus que de farangs, très minoritaires - ont acheté des terres et attendent que le prix monte. Ils ne font pas construire. D'autres, riches bourgeois de la ville d'à-côté, achètent, revendent - il n'est même pas dit qu'ils fassent l'officialisation entre achat et revente.

Tous ceux qui ont une terre en face de la mer pensent que le père Noël est arrivé. Ils sont tous prêts à vendre - un prix exorbitant. Pour l'instant, je n'ai pas vu grand chose partir. Mais les thaïs sont entêtés et ils sont patients. Ici, il n'y a pas d'impôt sur la fortune, et l'entretien d'un terrain coûte peanuts.

Les thaïs offrent le spectacle très particulier d'objets macroscopiques qui subissent le phénomène quantique de superposition, comme le chat mort et vivant à la fois de Schrödinger. Ainsi, ils veulent et ne veulent pas vendre en même temps. C'est très compliqué à comprendre. Le phénomène de décohérence est provoqué par l'observateur, comme dans le monde quantique. Mais l'incertitude revient immédiatement dès que la porte s'est refermée sur lui.

Autre point commun entre le thaï qui vend de la terre et la théorie des quanta : une remise en question de la notion de causalité. Exemple, je demande pourquoi le vendeur veut tout vendre d'un seul coup. J'obtiens une réponse délirante. Mais à partir du moment où il l'a fait précéder de pra wa (= parce que), la réponse devient totalement explicative, incontestable et d'une logique à toute épreuve : "il ne veut pas vendre au raï parce que... plusieurs singes sont morts de la coqueluche cet hiver". Bon sang, mais pourquoi n'y avais-je pas pensé avant ! Ça coule tellement de source...

Ici, tout le monde parle d'immobilier, mais personne n'a d'information fiable à fournir. Il y a sans doute beaucoup de racontars. Je pense aussi qu'on est dans un bulle immobilière. J'ai peine à penser que les prix vont continuer à monter étant donné l'offre importante. Je me trompe peut-être. De toute manière, à long terme, ils reprendront leur ascension, c'est forcé, car l'endroit est paradisiaque.

Les intermédiaires

On sait que dans tout village, il y a un personnage important, le boss du village. Dans mon coin, les bosses sont les intermédiaires. Ils prennent 5% si j'ai bien compris. Ils font apparemment régner une forme de terreur.

Ainsi, il y a quelques jours, j'ai vu deux terrains. L'un vendu par le boss. L'autre, par le gardien d'une villa voisine. Je suis revenu le lendemain. Le gardien m'a alors dit que le terrain n'était pas à vendre au rai, comme il l'avait dit hier, et qu'il valait bien mieux que je m'intéresse à la maison que proposait le boss. Étrange, non ? J'ai eu un écho identique par une autre personne du même village : il faut faire ce que demande le boss...

Sinon, il y a quelques personnes qui font office d'agent immobilier, mais ils n'ont pas pignon sur rue, pas d'agence, et semblent principalement s'occuper de location et vente de maisons, pas de terrains. Là encore, à préciser.

A vendre...

Les critères

Ils ne sont pas les mêmes que les nôtres.

Les terrains doivent avoir vue sur la mer. Le reste, ils s'en foutent. Normal quand on sait que la plupart des thaïs ne pourraient pas nager 25 mètres. Le principal est de voir la mer, pas de s'en servir.

Ainsi, il n'est pas très important que la mer soit baignable ou pas : vase, rocher, sable, je n'ai pas vu de grosses différences de prix selon le fond.

La profondeur de l'eau, autre élément important pour pouvoir se baigner, ne semble pas entrer en ligne de compte. Je rappelle que dans le golfe de Thaïlande, la mer n'a qu'une seule marée par jour, alors qu'elle en a deux quasiment partout ailleurs dans le monde, notamment dans la mer Andaman, face ouest. Ainsi, quand la marée est basse le matin, il ne faut pas compter nager à l'heure du goûter, mieux vaut envisager le bain de minuit.

La longueur de la ligne de mer ne semble pas un critère déterminant. Sinon, ils ne proposeraient pas des terrains à vendre d'un raï qui ont 16 mètres de vue sur 100 mètres de long. Le compte est bon : 100 x 16 = 1600 m2. Terrains assez peu agréables, avec voisinage rapproché et nuisances sonores. Mais la promiscuité n'est pas un problème pour les thaïs.

La présence ou non d'une route entre la plage et le terrain ne représente pas non plus un moins d'après ce que je vois.

En revanche, à la limite, un terrain sur falaise sera dévalorisé par rapport à un terrain qui permet d'aller sur la plage. On ne se baigne pas, mais on se promène sur le sable. Malgré les insectes qui piquent fort, d'ailleurs !

Les notions d'exposition (nord, sud…) ne comptent pas.

Le voisinage ne semble pas important non plus (usine… sauf conserverie de poisson qui sent vraiment mauvais).

Mais les thaïs apprécient comme nous que la ville ne soit pas trop loin - il faut pouvoir faire les courses. Ils ont une appréciation subjective de la beauté identique à la nôtre. Les îles, par exemple, ça fait joli.

Le krom ti din

Le centre administratif foncier s'appelle le krom ti din. J'y suis allé et malgré un accueil sympathique, je n'ai pas récolté de renseignements intéressants. J'ai quand même compris que les terrains étaient notablement sous-déclarés lors des ventes et qu'il existait une tarification des transactions par zone.

A ma connaissance, il n'y a pas de service cadastral. Et pour retrouver le nom d'un propriétaire, très difficile à moins de connaître les références administratives du terrain.

Voilà où j'en suis. J'aimerais bien pouvoir comparer mes observations avec celles d'autres personnes confrontées à un problème similaire.

Toutes les infos et corrections basées sur des faits (et non des opinions !) seront les bienvenues.

Je tente le coup : une association sérieuse pour acheter un plus grand terrain à un prix abordable serait l'occasion de faire une opération gagnant-gagnant. L'opération sera précédée d'une entente préalable écrite sur le partage qui suivra immédiatement l'achat.

Ce que je peux dire, c'est que j'ai vu de belles opérations à faire avec des terrains de rêve… à condition de pouvoir miser à plusieurs, au moins deux.

For sale...




vendredi 3 août 2018

Mémoire de poisson rouge à l'ambassade

Hello à tous


Les expatriés ont un jour ou l'autre un contact avec le consulat ou l'ambassade de France.

Je n'ai pas trop à me plaindre de cette administration. Elle ne manifeste pas la souplesse qu'on souhaiterait parfois. Et en ce qui me concerne, elle a commis des erreurs qui m'ont privé de la possibilité de voter lors des dernières élections. Mais son fonctionnement me semble moins pire que celui de beaucoup d'administrations basées dans l'hexagone. Et il m'est arrivé plusieurs fois de prendre ces administratifs en flagrant délit de vouloir aider...

Il m'est néanmoins arrivé un petit problème un peu marrant. Mais comme j'ai ouvert un autre blog consacré aux problèmes avec l'administration, intitulé Le tableau d'horreur de l'administration, j'ai déposé ce post qui concerne pourtant la vie en Thaïlande sur le nouveau blog


Si vous voulez le lire, suivez le lien...

Et à bientôt pour de nouvelles aventures en Thaïlande !

dimanche 15 juillet 2018

La Dédaigneuse abordée par des inconnus…



Il y a une semaine, je suis parti "regarder" les poissons sous les falaises de l'île aux Oiseaux.

Quelques jours avant, j'avais rencontré Allan, un drôle de type qui m'avait dit que c'était sans risque, bien que l'île fasse partie du Parc Naturel National et qu'il soit en théorie absolument interdit d'y pêcher.

L'île aux Oiseaux est un endroit particulier. On y élève pour ses nids une espèce cousine du martinet. J'ai vu les ouvrières chargées de les nettoyer : elles enlèvent les brindilles pour ne garder que la salive séchée - travail méticuleux qui se fait à la pincette. Ensuite, les nids sont vendus - principalement aux chinois qui en sont fanatiques. C'est un met de luxe, il paraît que le kilo peut dépasser les cinq mille euros.

J'étais arrivé avec la Dédaigneuse sous le vent de l'île et j'avais mouillé court par deux mètres. Allongé sur les bancs, j'attendais d'être sûr que l'ancre ne dérape pas. Sur mon flanc, un vieux fusil de chasse sous-marine, pas assez long pour être efficace, sauf à la pêche au trou. Je n'avais pas pris le grand fusil. Au cas où la police me le confisquerait.

La veille, j'étais allé en reconnaissance. Sans arme. Là, un spectacle de rêve m'attendait. C'est bien simple, tout juste si les poissons ne se frottaient pas contre moi comme un chat qui veut qu'on lui donne du lait. Des gros, des beaux, des dorades, des gris dont je n'avais vu jusqu'ici que des modèles réduits ! Et même un perroquet de cinquante centimètres de long  - les seuls qu'on a le droit de tirer en Thaïlande, ce qui, par parenthèse, est une belle fumisterie car des perroquets de cette taille, il y en a très peu.

Ce genre de spectacle, c'est ce qui fait tourner la tête d'un chasseur. Et lui fera prendre des risques idiots. Un joueur qui se ruine au jeu, un farang qui détruit sa vie pour une serveuse de bar à Pattaya : je n'ai rien à leur dire. La même passion est partagée par ces trois dingos.

Surveillant l'alignement d'un rocher avec un arbre à flanc de falaise, je voyais que la Dédaigneuse ne dérivait pas. J'étais heureux… j'allais pêcher un repas, et rien d'autre ! Un gros poisson ou deux moyens, pas plus. Et je repartirai aussitôt. Et reviendrai le lendemain… Et encore... Ah, vendre la peau de l'oursin avant de l'avoir tué… ça pique !

Quand j'ai entendu, bien net, un coup de fusil assez proche. Tiens, on chasse sur l'île ? Bizarre... Puis le bruit d'un moteur qui s'amplifiait. Une grosse barque est apparue soudain de derrière un rocher, avec trois thaïs dessus. Tout ce qu'il y a de plus dépenaillé : ils auraient pu me montrer une carte officielle de bandit, je ne les aurais pas pris plus au sérieux.

Ils se dirigeaient vers moi. Je n'avais aucune prise à bord, mon Beuchat était visible mais sec comme une lettre des impôts. J'avais la conscience tranquille.

Régulièrement, on voit à la télé des reportages où des farangs ou même des thaïs se sont fait prendre - gros plan garanti sur les menottes. Il faut savoir que les tôles, en Thaïlande, sont loin du cinq étoiles...

Il y a quatre mois, alors que j'achetais des plombs, le propriétaire du magasin nous a dit qu'un groupe de touristes venait de se faire emprisonner pour avoir chassé du poisson dans le parc naturel. Ils étaient venus en speedboat, et s'étaient trompé en remontant chargés de poisson : ils avaient essayé de grimper sur le bateau de la police mouillé dans le coin en tenant leur pêche à bout de bras… Tu vois la scène ? Ce genre de truc, moi, ça me fait hurler de rire…

Ce n'est pourtant pas drôle. Était-ce vraiment un hasard ? Que faisait la vedette des flics au milieu des speedboats des touristes ? Y aurait-il eu dénonciation ? La police fait régulièrement des exemples pour inciter les visiteurs à se tenir à carreau. C'est de bonne guerre. Pourtant, quand je circule entre les îles avec la Dédaigneuse, je vois des types en barque qui pêchent à la ligne, des filets mouillés à vingt mètres de la côte. Et tous les pêcheurs du coin me disent qu'il n'y a pas de problème.

Allan, un gros gallois avec un accent à couper au couteau traîne dans le coin depuis près de quarante ans. Il est moniteur de plongée et fricote avec la tourist police, ce qui pourrait laisser imaginer qu'il est aussi corrompu que certains flics thaïs..

Il me dit que les flics n'ont rien à faire des petits chasseurs. Ils s'intéressent aux gros bateaux qui truandent, pas au menu fretin. Et puis ils sont très chatouilleux sur la question des nids d'oiseaux - les sommes en jeu sont colossales. Espérons qu'il ait raison… et que ce ne soit pas un indic ! Je ne vais pas tarder à le savoir...

- Vous êtes seul ? me demande un des trois types.
- Oui.
- Que faites-vous ?
- Je regarde les poissons.
- Vous savez qu'il y a du danger ici ?
- Quel danger ? (et là, j'ai pris mon air le plus innocent)
- C'est une île pour les oiseaux. Il y a du danger. Les oiseaux ! Police... Il faut partir (geste large)…

C'est là où je fais semblant de ne pas bien comprendre. J'explique que je regarde les poissons, pénard. Je suppose qu'avec la Dédaigneuse, modeste embarcation, étranger, isolé, je n'apparais pas comme une menace. Et en plus, j'ai un doute : ils ne sont pas de la police : les vêtements, le bateau, ça ne fait pas du tout officiel. Car bien sûr que je l'ai repéré, le bateau des flics, une vedette blanche avec des énormes moteurs !

Les trois gars partent, et je les remercie. Je me glisse dans l'eau, fusil à la main. Cinq minutes passent, le temps que je m'équipe… et j'entends encore un bateau. Putain, c'est la place de la Concorde, ici ! Les trois gars reviennent, et il y a un autre bateau avec un type seul.

Je glisse furtivement le fusil dans le bateau et je remonte à bord. Le bateau des trois gus se met à couple avec la Dédaigneuse. L'autre bateau reste derrière, en diagonale. Le type seul parle un anglais approximatif. Il me dit avec douceur - ils sont bien, les thaïs, pour ça - que je dois partir. Que je peux aller m'occuper des poissons de l'île qu'on voit là-bas, à un kilomètre plus au large…
- Regarder les poissons… euh… pêcher du poisson…?
- Oui, ao pla, prendre du poisson.
- Pas de problème ?
- Pas de problème.
Une joie immense m'inonde. Comme un joueur qui croyait avoir tout perdu, à qui son voisin de table propose de prêter dix mille euros en jetons.

Je regarde distraitement l'intérieur de la barque des trois gars. Le fusil posé sous les bancs… c'est bien eux qui ont tiré. L'un des gars désigne mon arbalète en souriant : "Diii… super !..."

Je démarre le moteur. Je remercie dix fois le quatuor amadoué, content qu'ils ne m'aient pas joué une petite musique de chambre de leur façon, avec solo de violon à mon intention, s'ils sont vraiment de la police. Et je file…

J'en ai reparlé avec Allan.
- C'est des gars qui habitent dans l'île et qui sont chargés de la surveillance. Je t'avais dit que les thaïs étaient chatouilleux sur le chapitre des nids d'oiseaux ! Le fusil, c'était pas de la rigolade. Ils ont tiré un coup en pensant que tu allais comprendre comment se réglait ce genre de problème et que tu allais déguerpir. Ils ont dû être surpris puisqu'ils sont venus te voir. Sinon, ils tiraient. Ils faisaient couler ton bateau et ton cadavre avec, et le problème était réglé…

Bien reçu, Allan...

Les photos m'ont été prêtées par mon ami le Mage de Chumphon (dont l'excellent blog "Phuket" est sur la droite de cette page). Pour des raisons que tu comprendras peut-être, je n'ai pas prévu de retourner tout de suite photographier le coin.


vendredi 6 juillet 2018

Indonesian Song : la dernière promenade


J'ai l'habitude de publier mes photos sur Google+. On peut y trouver presque tous mes albums. Ce que je regrette, c'est qu'on ne puisse y ajouter de commentaires. Or, si les photos d'art se passent de texte, les photos de voyage méritent parfois une ligne d'explication. Raison pour laquelle je publie mes dernières photos d'Indonésie sur ce blog, en petit format. Mais franchement, elles gagneraient à être regardées dans un format décent. Voici le lien sur Google+.






La femme fait sa lessive dans le lavoir du village, construit sur un rocher. La vue est agréable. Il y a un an, juste à côté, on trouvait les WC publics sur pilotis et de l'extérieur, on pouvait voir tomber les déjections dans la mer...

J'ai compté : une bonne semaine consacrée à décorer le bateau. C'est bon pour le moral. Mais l'argent pendant ce temps ?

Très mystérieux. Je ne sais toujours pas ce que c'est. Une mosquée ? Un palais ? Et le pêcheur ? Un djinn ?

Les élégantes peintes sur l'autocar se moquent de l'ouvrier qui chancelle... ou leur meule les fesses avec sa tronçonneuse !

Une jolie maman... mais de quel âge ?


Quelque chose de graphique, mais aussi d'irrespectueux dans ces doigts tendus de cadavres.

Comme la jeune bourgeoise a l'air concentré en regardant les colliers que lui présente le commis bijoutier !


Dames du grand bazar. Plus coloré que chez Flunch.

Lui aussi je l'ai vu au bazar. Intrigué par son air totalement absent, je l'ai suivi, déambulant hagard entre les étals.

Pots d'échappement. Ça m'a rappelé la salle d'opération de mon père quand il faisait de la radiologie interventionniste : aux murs, des cathéters de tous diamètres et de toutes formes pour épouser l'anatomie vasculaire.

Transport en commun : hommes et femmes sont mélangés, ce qui n'est pas toujours le cas.


Mariage. Lui fait bonnard, mais la daronne n'a pas l'air baisant ! Si on regarde attentivement, on voit qu'elle a (en blanc) la même coiffe que la mauvaise fée de Blanche-Neige version Disney. Ça fait peur... Pourvu qu'il ne soit pas veuf avec des enfants !

L'orgue de Staline de la pêche à la ligne. Détail délicat : les manches des cannes sont des pieds de chèvres.


A quoi peut rêver une jeune fille musulmane, qui porte le voile même dans sa chambre ?


Dans un village perdu : une fois n'est pas coutume, j'ai senti des regards hostiles. La corne de la petite fille en dit long...


Ils n'ont quand même pas inventé le moteur à air...?



Il habite un genre de cabane tout près du centre ville dans un trou de verdure.

Vous attendez quelqu'un ?

Dans un Indomaret, la jolie vendeuse m'a trouvé ce que je cherchais : kacang ijo, du jus de haricot vert. Il y a aussi la version petits pois. Les deux sont (trop) sucrés et vendus au rayon jus de fruits. On sent vraiment le goût légumineux - très rigolo !

Paris, août 1792 : on pend des aristocrates à la lanterne, on leur coupe la tête, on l'accroche au bout d'une lance. Les islamistes n'ont pas fait pire. Pourquoi ce souvenir devant les mannequins sinistres plantés sur leur piquet ? Le nom ARI...?

Le dernier repas du condamné... à quitter le pays ! Mie Goreng et thé au jasmin à volonté dans une belle bouilloire. Pour une fois (c'est rare en Indonésie) il y a de quoi s'essuyer : le rouleau de PQ dans la boîte blanche. Le tout pour moins d'un euro.

Aéroport de Jakarta. Ah ces gamines scotchées à leur téléphone !

Je remets le lien vers les photos en plus grand au cas où... So long Indonesia !