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lundi 31 octobre 2016

Chroniques de Ko Kut (IV) : meurtre avec témoins


L'un des nombreux charmes de la série "Lost" : le décor, un lieu de rêve, comme ici.

On a tous rêvé de ce genre de plage, avec l'eau turquoise, les cocotiers, le sable blanc et… personne dans l'île ! J'en ai rêvé, Koh Kut l'a fait. Mais pas pour longtemps.

Cette plage magnifique cerclée de collines, bordée d'arbres, est encore préservée. Il n'y a que trois hôtels, tous les trois ont la sea view, mais pour deux d'entre eux, les bâtiments sont en retrait, bas, à peu près cachés par les arbres. Celui du milieu, d'un standing bien inférieur, s'étale sur la plage. Est-ce pour cette dernière raison qu'il est au même tarif que les autres (alors qu'il n'a pas de titre autorisant les constructions) ?

Au bout de cette plage, il y a une ria, avec un petit pont - j'ai déjà utilisé cette photo, mais je la remontre - juste pour le plaisir.


Sur la ria, des pêcheurs ont construit des maisons sur pilotis - donc sur le domaine public. Ils n'ont pas de titre de propriété, juste le tapian baan, document administratif qui les localise, comme tout citoyen thaï. Les pêcheurs sont pauvres, ils n'ont pas de bateaux pontés comme à Ao Yaï, juste des barques - des "long tails". Ils pourraient se faire déloger par l’État d'un jour à l'autre, sans indemnité. Ça s'est vu à Pattaya.

Au-delà de la ria, il y a un terrain à vendre, en bordure de mer (rectangle jaune-vert ci-dessous). Le terrain est grand, 6400 m2, mais la moitié n'a pas un vrai titre de propriété, il n'est donc pas possible d'y construire une maison. Il est en vente plus de 460 000 euros, ce qui n'est pas considéré comme exorbitant.

Plan plus qu'approximatif. En rouge, les terrains lotis, en noir, une maison de pêcheur. Et les 3 hôtels.

Entre la ria et les hôtels, il y a un terrain planté de cocotiers qui aurait été vendu à quatre hôteliers, associés pour tout acheter. Il serait divisé en quatre bandes allant vers la mer, et on devrait y construire des "homestays". Tout au conditionnel, car dans l'île, l'ennui aidant, les bruits les plus ridicules peuvent courir.

Maisons de pêcheur, sur le klong. Ça fait rêver. Mais il y a beaucoup de maintenance.

L'un des quatre propriétaires a déjà commencé à construire, et la densité des bâtiments est importante - je l'ai personnellement constaté. Il projetterait de construire un mur pour séparer son terrain de la route qui longe la ria - mur qui priverait donc les pêcheurs de la vue de la mer. Si ça t'intéresse, il y en a sept qui vendent leur maison... mais sans titre de propriété. Les maisons à vendre, ça, ce n'est pas au conditionnel, c'est sûr. Pourquoi ils sont si nombreux à vouloir s'en débarrasser, mystère...

Il paraîtrait que les pêcheurs ne seraient pas contents de perdre la vue sur la mer. Si maintenant les pêcheurs se mêlent d'esthétique, où va la Thaïlande ?

Tu vois mon hôtel au bout du wharf ? Il est totalement invisible, caché dans les arbres. Bravo au concepteur !


lundi 10 octobre 2016

Chroniques de Koh Kut (I) : une jolie fille



Derrière l'épicerie, la lagune.

Tu prends un mètre-ruban, tu le jettes en vrac dans une petite boîte, et tu auras une idée de ce que sont les routes à Koh Kut : des montées et des descentes, des virages dans tous les sens. Le tout est encaissé entre deux murs d'arbres de chaque côté, qui montent sur la montagne, avec des troncs immenses pour gagner en lumière. Tu circules au fond de la gorge du géant vert.

A vrai dire, je parle de routes, mais je devrais plutôt utiliser le singulier : la route qui va de l'embarcadère au nord jusqu'à un dernier hôtel, au sud, et se termine en un chemin difficile dont je ne connaitrai jamais la fin. Sans doute dans la forêt vierge qui couvre tout l'Est de l'île.

Il paraît qu'autrefois - il y a trente ans - des îles comme Koh Samui étaient comme Koh Kut : boisées à 97%. Quel désastre ailleurs ! Quel privilège ici !

On me dit qu'il n'y a que deux mille habitants originaires de l'île. Les autres seraient des continentaux venus pour travailler dans les hôtels et les restaurants, et des farangs. Deux mille habitants pour une île dont on me dit qu'elle est la quatrième en taille des îles thaïes, ça ne fait pas beaucoup, on se rapproche de la densité du paradis originel.

Nous sommes logés au sud de l'île, et comme ce n'est pas la saison, nous sommes seuls dans l'hôtel. Pas la peine de se dépêcher le matin pour le petit-déjeuner, la table devant la mer sera toujours disponible. Nous avons soigneusement évité le petit bourg de farangs au centre, sans doute plus animé, probablement moins cher, mais d'une grande laideur et banalité, avec ses boutiques pour touristes et ses restaurants les uns à côté des autres.

A l'hôtel : la plage
On raconte qu'avec les militaires, il n'est plus trop question de construire. Que le maire de l'île a décidé de la préserver et exerce une surveillance farouche. Que les prix au bord de l'eau ont pris une ampleur astronomique. Je vois une grande maison sans étage, en bois sur pilotis, qui semble "dans son jus". On m'annonce qu'elle a été vendue soixante quinze mille euros à des australiens. Pour un tas de planches qui prend l'eau, avec les moustiques qui font Woodstock tous les soirs, c'est cher. D'autant qu'elle est d'un accès très difficile. Mais vu l'emplacement - à l'embouchure d'une petite rivière donnant sur une baie charmante - on peut réfléchir.

Si le bord de mer est devenu cher, c'est à cause des farangs, car les thaïs n'aiment pas la plage en général. Ils se baignent mais ne nagent pas : ils ne savent pas. Comme les bretons d'autrefois - je l'ai lu dans Bécassine, une source fiable. En revanche, les thaïs aiment les terrains et les maisons au bord de la route, là où il y a du passage, cela ne les dérange pas, et ils payent très cher pour avoir le bruit des motos dans les oreilles !

Une chose étrange : ici, beaucoup de filles sont très jolies. Comparativement aux filles de l'Isan. C'est surprenant. Hier soir, nous dînons dans un petit restaurant sur la route. Une fille splendide est entrée dans le magasin-cuisine de l'auberge. Je ne vois que la partie gauche de son visage, elle est à moitié cachée par un poteau. Elle s'avance un peu, et maintenant, je vois la partie droite. Oui, vraiment charmante ! Elle achète ce qu'elle doit acheter, revient à sa petite Honda, l'enjambe : je vois alors son visage de face, et complètement. Elle louche comme ce n'est pas permis, elle louche comme on louchait en France avant que tous les strabismes ne soient opérés. Mais elle reste belle...

Encore une autre...