Affichage des articles dont le libellé est le retour au pays. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est le retour au pays. Afficher tous les articles

vendredi 12 mai 2017

Suspension temporaire de l'activité, la maison est en travaux


La Baule : ici, la mousson dure toute l'année (mais on dit que la pluie ne tombe que sur les cons)


Après un an en continu en Thaïlande, sans même une petite sortie en Indonésie - bébé oblige - me voilà en France pour un bon mois. Je dois dire que ce fut une arrivée en catastrophe. A peine étais-je sorti de l'avion, j'ai été pris d'un grand malaise. Il a fallu me transporter d'urgence en réa où j'ai eu droit à une double perfusion, l'une de munster, l'autre de bordeaux 2009. Carences aigües a-t-on très vite diagnostiqué… Ouf, j'ai échappé de peu au lavement au pommes de terres sautées. Souverain paraît-il pour effacer le goût du riz…

Grâce à un régime à base de haricots blancs aux lardons, j'ai bon espoir de récupérer rapidement et reprendre le fil de ce blog. Sauf qu'en France, je n'ai plus rien à dire de la Thaïlande, qui est pas mal l'objet de mes divagations...

Peut-être l'occasion de réflexions qu'on pourrait intituler : les tribulation d'un expat en France.

En arrivant, j'ai trouvé une lettre de la préfecture dans la pile de lettres qui m'attendait. On m'y annonçait que j'avais regagné tous les points de mon permis. Par abandon ! J'avais quitté le ring, sinon j'aurais perdu... aux points ! C'est drôle comme des choses qu'on croyait importantes peuvent devenir indifférentes. J'étais exaspéré par les limitations de vitesse sur les routes, avec les ridicules successions de panneaux 90 - 70 - rappel - 50 - 30 - 50 - 70 - rappel… - 90 - 70 sur deux kilomètres, et la crainte de perdre des points. Après un an de Thaïlande, où je dépasse rarement le 100, je n'ai plus de peine à respecter les limitations, je roule même en dessous. J'essaye plutôt de me concentrer pour ne pas rouler à gauche et mettre en route l'essuie-glace au lieu du clignotant…

Mais comme il fait bon dans ce pays ! Pas besoin d'interroger le thermomètre pour savoir si on va pouvoir faire son jogging sans éclater comme une cocotte minute. Le bocage breton, ses calvaires, ses vieilles maisons et ses mille nuances de vert m'enchantent.

Au supermarché, une vendeuse me fait le coup du "BONJOUR !" agressif quand je lui demande (poliment) un renseignement. Si elle veut me donner une leçon de bonne éducation, c'est une cause perdue : je me sens lointain, amorti, je suis encore dans la rizière.

Je retrouve un ami d'enfance. De son côté, le temps est aussi passé. Il me dit qu'il souffre maintenant d'un mauvais cancer. Mais rien ne se lit sur son visage à peine amaigri par la chimiothérapie. Il est trop bien élevé pour manifester des sentiments qui pourraient gêner l'entourage. Il me confie qu'il lui indiffère de mourir : il ne comprend plus rien à notre pays, et son évolution lui semble parfaitement mystérieuse. Je me sens moins seul. Nous nous quittons en nous promettant de faire très bientôt une grande marche au bord de la mer.

La maison n'a pas été ouverte depuis un an. La pompe de la chaudière est grippée, et il n'y a plus d'eau chaude : gênant, pour le bébé. En attendant que l'homme de l'art réponde au téléphone, j'entends la ritournelle qui vante les mérites de la société : on vous dépanne en moins de quarante-huit heures, y compris le samedi et le dimanche. Aujourd'hui, c'est lundi. Mais on me propose un rendez-vous la semaine prochaine. Le temps des pubs n'est pas le même que le temps de dépannage : c'est moderne, ici on applique les lois de la relativité einsteinienne.

Même chose avec Prixtel, le revendeur de lignes téléphoniques : la carte SIM est arrivée avec beaucoup de retard, contrairement aux promesses. Et rien ne marche - en fait nous ne sommes pas en territoire éligible. Heureusement, Prixtel n'a rien prévu pour qu'on puisse entrer en contact et ne tient aucun compte de ma rétractation demandée dans les deux semaines légales. Oui, heureusement, car c'est sans doute pour eux la meilleure manière d'éviter des conflits… En Thaïlande, on peut toujours appeler quelqu'un. Il existe forcément une relation humaine entre toi et la société dont tu es client. En France, cette relation a disparu. Le nombre de plates-formes téléphoniques sur lesquelles je suis monté depuis mon arrivée - j'en ai les jambes cassées !

Oui, la France me paraît incompréhensible, comme à mon ami. Pour bien d'autres raisons, certes, mais au moins aussi incompréhensible que la Thaïlande. Reste le fromage. Faut que je fasse attention d'ailleurs. Je me demande ce qu'on risque si on fait une overdose au comté vingt-quatre mois...


L'île au fond est appelée "le camembert". Oui je sais, je fais une petite obsession en ce moment...

vendredi 6 mai 2016

La phyto et le voyage en Administratie


Un coin de Normandie près de Cherbourg. Trouve d'aussi jolies vieilles pierres en Thaïlande...

J'ai retrouvé ce cher vieux pays pour y accomplir quelques démarches administratives.

Quels paysages ! Quelle magnifique végétation ! Quelle charmante architecture dans les villes ! Quelle température vivifiante !
Quelle propreté dans les rues ! 
 
Telles sont les réflexions que je me fais, tandis que j'actionne avec énergie mes essuie-glaces chaque fois que je dépasse quelqu'un ou que je tourne - j'ai gardé les réflexes de la conduite à gauche.

Ah oui, à propos de conduite, il faut que je renouvelle mon permis international (afin de pouvoir conduire en Indonésie et au Laos). Je vois sur un site très sérieux que certaines mairies se chargent des démarches. Cela m'arrangerait bien, car je suis loin de la préfecture. Je téléphone à la maison-mère. Une dame outrée, indignée me répond : "A la mairie, mais comment est-ce possible ! (et là, la voix devient suraiguë) Vous n'y pensez pas !... Tous à la préfecture !..."

Dans l'administration, le dernier qui parle a toujours raison. C'est plutôt farce. Il y a plus rude. Il faut que je fasse certaines démarches auprès de la sécu. Un téléphone payant à la minute : on m'assure qu'on me rappellera lundi ou mardi afin d'éviter que je fasse les cinquante kilomètres qui me séparent de la caisse pour rien. Délicate attention sur laquelle insiste mon interlocutrice. Bien sûr, ils auraient pu traiter l'affaire tout de suite. Mais pourquoi être efficace quand on travaille à la sécu ? Je te rassure tout de suite, ni le lundi, ni le mardi, ni même le mercredi je n'ai eu de rappel. Et le vendredi, j'ai fait les cent kilomètres pour rien.
- Tu veux dire qu'ils t'ont quand même appelés le jeudi ?

- Non. Le jeudi était férié...

Rien à voir avec les impôts, que j'apprécie, paradoxalement. Je dois leur reconnaître une disponibilité, une ouverture, une compétence légale et informatique qu'on ne trouve pas dans les autres administrations. On aura beau dire, la sélection par les maths, il y a du bon. Mais quand même… Les excellents et très sympathiques impôts de R, où j'habitais avant de retrouver mon Morbihan d'origine, ont voulu la jouer subtile. Comme j'avais fait ré-expédier mon courrier dans le Perche, chez une amie, pendant mes absences, ils en ont conclu que j'habitais là-bas. Les gros malins ! Très vite, mon amie a été inondée de courriers. Je devrais maintenant payer les impôts locaux de son domicile. Elle aussi, par parenthèse !

Je leur ai fait observer leur erreur. Ils m'ont juré (et écrit) la main sur le cœur, qu'ils avaient tout corrigé. La semaine d'après - allo, le Perche ?... On continue d'être arrosé - mais une fois sur deux seulement, je ne reçois que les demandes avec pénalités. Les autres, je ne sais pas dans quelles limbes administrativo-postales elles disparaissent.

A vrai dire, ce n'était pas la première fois qu'ils me tracassaient pour ce déménagement fictif que j'avais déjà vu inscrit en première page de ma feuille d'impôts. J'avais alors protesté que je n'avais jamais déménagé, mais ils ont répondu textuellement qu'il ne s'agissait que d'une "commodité". Commodité pour qui ? Certainement pas pour mon amie, très malade, et distraite par d'autres préoccupations. Certainement pas pour moi, car un an et demi après, on continue d'envoyer des documents dans le Perche, et maintenant, on me menace de saisie. Saisie où ? Chez mon amie ? Ce serait le comble. Malgré tout, je les aime bien, les impôts, ils répondent vite et sont habituellement assez efficace. Un ami psychiatre me dit que j'ai un syndrome de Stockholm…

En faisant la route pour la sécu, j'écoute la radio. Inimitable émission de Julien Courbet. Tu sais, il prend la défense de personnes qui se disent victimes d'un préjudice sinon d'une arnaque : voiture qui tombe en panne quatre mois après l'achat, avec facture astronomique, sèche-linge qui menace d'exploser mais que la maison-mère ne répare pas, etc. Tu connais trop bien. Curieux comme cette émission réchauffe le cœur.
Elle caresse dans le bon sens ce circuit de l'équité, qui se situe au dessus de l'orbite, dans le lobe préfrontal du cerveau. Raison pour laquelle elle serait la plus écoutée de toutes les émissions de radio.
 
En Thaïlande, il y a une forme sommaire mais formalisée d'équité. Tu as certainement remarqué, quand tu achètes quelque chose, on te tend ce que tu achètes, et ils ne le lâchent pas tant qu'ils n'ont pas l'argent en main. Possession vaut titre ! Il y a comme un contrat qui s'écrit quand les deux mains de chaque côté donnent et prennent. Et ce contrat dit : "maintenant, dém…-toi !" Tu sais que tu es désormais tout seul. Ils t'ont vendu une pastèque (ou une voiture) pourrie jusqu'au trognon, et dès qu'ils ont l'argent en main, ils considèrent que c'est trop tard pour toi...

Julien Courbet - notre Julien des Bois - défend les pauvres consommateurs contre les sociétés abusives, les marchands escrocs. Quelle revanche pour nous, qui nous sentons si impuissants. Mais quelle triste leçon sur notre société, où seule, une armada d'avocats, d'huissiers et de célébrités médiatiques peuvent obtenir justice en trois coups de téléphone.

Au passage, Julien envoie un coup de patte au garagistes et aux plombiers, deux professions chez lesquelles il semble régner une totale méconnaissance de la Loi… Le suspens est total. La pauvre petite dame va-t-elle récupérer ses arrhes ?...

Mais je me lasse et je zappe. Sur France-Cul(ture), une distrayante émission sur les vidéos amusantes de chats sur le web, dont on parle très savamment. Alerte ! Je viens de voir un Gamm Vert où j'espère pouvoir trouver du désherbant. Je freine en catastrophe et je réussis à prendre la bretelle.

Zut, deux heures moins le quart, ils n'ouvrent qu'à deux heures. J'ai une pensée émue pour les employés de Thaïlande, occupés à regarder la télé pour les garçons, à s'épiler les sourcils pour les filles - de sept heures du matin à onze heures du soir… mais toujours disponibles quand je pousse la porte. De l'autre côté de la vitre, les vendeurs de Gamm Vert ont l'air de s'ennuyer comme des rats morts - au moins autant que nous. Enfin, la porte s'ouvre. - ils ont attendu l'heure pile avant d'appuyer sur le bouton. Et dire qu'on se plaint de l'absence de ponctualité des thaïs...

Je m'adresse à un vendeur pour avoir un conseil. Une vendeuse s'interpose : "Surtout, ne répond pas…" Elle insiste : "même si tu sais, ne dit rien !"
Je la regarde, assez surpris.
"C'est Duchenoque qui va vous répondre…"

Duchenoque lâche enfin son portable qu'il cramponnait comme un savon dans des douches interlopes, et m'aide efficacement. Mais je reste intrigué par le comportement de la vendeuse, et en partant, je pose la question. Elle me répond très gentiment :
"Le problème, c'est qu'il n'est pas diplomé phyto, il ne devait pas répondre. Il n'y en a que deux qui sont diplomés phyto dans le magasin, le chef et Duchenoque. Si par hasard la maison-mère apprenait, par une enquête à notre insu qu'un non diplomé avait répondu, nous perdrions notre licence !"

T'es diplomé phyto, toi ? Non ? Alors marche à l'ombre…

Heureusement, il reste la bouffe. Une cure de fayots, de lentilles, de bordeaux, de pain, de comté 12-18 mois,
de munster et autres fromages qui puent, et de poisson qui ne pue pas. On a beau dire, ça requinque. Je perds généralement trois kilos en cinq mois en Thaïlande. J'en regagne trois durant le mois que je passe en France. Douce mère nourricière… Dommage, maintenant, quand il n'y a pas de piment dans le cassoulet, ça manque…


Chez moi