dimanche 17 juin 2018

Indonesian Song : Jepara



Je suis allé rendre visite à mon ami Sylvain et à sa délicieuse épouse. Ils habitent en Indonésie. Ce matin, Sylvain m'a déposé dans la ville de Jepara avant de vaquer à ses occupations. Parti à la découverte, nez au vent, j'ignorais quelles terribles épreuves m'attendaient...

Jepara est la capitale de la fabrication de meubles en bois, après avoir été, paraît-il, celle de la prostitution. Ce qui se comprend : il y a une certaine parenté entre la pipe et le guéridon en acajou. Mais les jeparettes d'aujourd'hui m'ont l'air bien honnête…

J'adore le grand col de la fille en rose. Érotique en diable... Et que signifie la main posée de la mignonne en noir ?

Les habitantes sont charmantes, mais la ville est presque aussi laide qu'une ville thaïe. Un toit en tuiles, un mur de briques sauvent parfois un bout de rue. On a aussi quelques jolis coins le long du canal mais il ne faut pas regarder de près, l'odeur de m… est parfois suffocante.


Promenade romantique malgré les remugles - tout semble si calme... Tandis que je déambule - étrange ! - je vois un dormeur du val sans trous rouges...


Puis je croise un couple de gays. Ici, l'homosexualité est réprimée par la religion. Alors ils se cachent. Mais quel est ce totem impie et tapi (dans l'ombre) qu'ils vont adorer ?


Malgré ces rencontres déroutantes, je me sens zen. Il ne fait pas encore trop chaud. Dans la rue, les gens me sourient. Certains disent que les indonésiens ont la tête près du chapeau - préjugé dont l'origine m'échappe... En fait, ce sont les gens les plus calmes du monde.


Mais au coin de la rue, l'aventure démarre. Une jeune femme... Pourquoi a-t-elle l'air si rêveuse ? Pourquoi pose-t-elle son téléphone près de son cœur ? Elle vient de recevoir un message sur Line...


Pendant ce temps, une autre jeune femme, l'air furibond, se précipite à la rencontre de la première, accompagnée d'une affreuse sorcière. Tandis que jubile le conducteur du pousse-pousse : il va y avoir des étincelles !


Car les conducteurs de pousse-pousse, au cas ou tu l'ignorerais, appartiennent à une étrange secte extrêmement malveillante. Tiens, celui-ci par exemple : regarde bien, on croirait qu'il dort, alors qu'il reçoit des instructions d'un arbre au visage inquiétant.


Je comprends qu'une terrible histoire est en train de se nouer. Je vois arriver en trombe une famille casquée comme un car de CRS (le hidjab est, paraît-il, souverain contre les embarrures et autres fractures du crâne).


Je les reconnais, ce sont les Montagu. Mais voici venir les Capulet, dans leur splendide carrosse doré. A peine arrivés, ils dégainent leurs enfants d'un air menaçant...


Pour ne pas me trouver pris entre deux feux, je saute sur un vélo qui traine et je pédale à m'éclater les poumons vers la sortie de la ville.


Au bout de quelques kilomètres, j'arrive à la mer. Horreur ! Elle est couverte d'araignées géantes...


 Au loin, un sous-marin quantique de l'armée indonésienne fabriqué en bambou surveille la côte.


 Imagine ma terreur quand les immenses araignées ont commencé à avancer vers moi...


Je suis reparti en sens inverse à toute vitesse. Au bout de quelques centaines de mètres, je me suis trouvé bloqué devant une mosquée. Il y avait plein de monde. Un barrage filtrant ? Non, c'était le dernier jour du ramadan, tout le village était réuni et priait. Sauf une bande d'enfants qui chahutaient.

Sylvain m'avait prévenu : "les enfants sont élevés dans la haine des mécréants. Le "bulé" (l'étranger) est considéré comme un sheïtan, un Satan... Alors ils sont souvent agressifs avec nous..."

Un gamin m'a jeté une pierre. J'ai réussi à l'éviter. Mais si les autres s'y mettaient, j'étais dans un mauvais cas. Heureusement, un homme s'est interposé...


Sauvé... pour l'instant ! Je me suis ressaisi et j'ai regardé autour de moi. Devant, comme une collections d’œufs de Pâques, les femmes priaient.


Concentrées, attentives. C'est alors que...


Une jeune femme avait jeté son dévolu sur moi et me faisait de grands signes, comme si nous nous connaissions... bibliquement - le comble pour une musulmane ! Situation périlleuse ! Dans l'exaspération fiévreuse d'une fin de ramadan, pressé par la foule, c'était le mariage d'office, précédé d'une bénédiction de l'imam et d'un coup de machette sur le bout de ma quéquette !

Je me suis enfui en courant et je me suis caché au Bar-Tabac du coin, où l'on vend des œufs durs (comme au café des Sportifs où on a bu tant de coups ensemble).


Dans l'épicerie attenante, j'ai vu une jeune employée qui pesait des œufs sur une balance. Il y avait quelque chose d'irréel et de très bizarre dans cette scène - mais quoi ?

C'est alors que j'ai eu une illumination. Toutes ces frayeurs, toute cette course haletante n'avaient qu'un seul but : la révélation d'un étrange secret.

Et ce secret, je vais maintenant le partager avec toi car tu es mon ami(e) !

En Indonésie, on ne vend pas les œufs à la dizaine ou à la douzaine, on les vend au kilo !


vendredi 15 juin 2018

Traité du Zen, de la gestion des moteurs Honda et des pastèques pourries


Auto-portrait nocturne

Un jour, quand j'habitais au centre de Korat, j'ai acheté une pastèque au marchand de fruits du marché, en dessous de chez nous - comme presque tous les soirs. Une fois dans l'appartement, nous nous sommes rendu compte qu'elle était bien pourrie. Nous étions des clients réguliers, il nous connaissait bien : simple coup de malchance. Suivi d'une Fon étrangement réticente, je suis retourné échanger la pastèque. Le marchand l'a examinée méticuleusement avant de m'en donner une autre. Je sentais qu'il le faisait à contrecœur mais surtout qu'il était surpris.

Était-ce une bonne idée de retourner le voir ? J'avais exprimé mes doutes sur ce blog. J'étais ignorant mais j'ai maintenant la réponse : il ne fallait pas !

Il y a quelques jours, j'ai acheté un moteur de bateau avec son arbre de sortie et son hélice. Une semaine plus tard, en pleine mer, l'hélice a commencé à devenir folle, la barre impossible à garder droite, et j'ai vu que l'arbre semblait se démancher du moteur. J'ai arrêté le moteur en catastrophe. Si je continuais, l'arbre et l'hélice tombaient à l'eau, irrécupérables même en plongeant. Je n'avais pas encore d'avirons, et j'étais en panne au large...

Finalement, voyant que je n'avais pas le choix, j'ai tenté ma chance. J'ai redémarré et réussi à rentrer très lentement, en donnant des petits coups de gaz pour avancer droit et en priant le ciel pour que l'arbre ne se démanche pas complètement.

Arrivé à terre, j'ai regardé : l'arbre était à 90° de sa position normale. Il flottait dans le manchon de sortie de moteur. Alors qu'avant de partir, j'avais vérifié les papillons. Pourquoi ne tenait-il pas ? Diamètre insuffisant, tout simplement. Le magasin spécialisé qui vendait tous les jours ce type de moteur m'avait fourni deux parties qui n'allaient pas ensemble. Pour les faire tenir, elles avaient été solidarisées avec une vague soudure qui avait cassé.

Pas cool du tout. Que faire ?

L'hélice, l'arbre et ses papillons... les rois de l'évasion !

Réponse occidentale : aller dans le magasin, râler et demander qu'on remplace le matériel qui ne va pas.

Perdu !

Réponse thaïe : aller chez un petit bricolo du coin ; pour trois euros, faire allonger la fente de la sortie de moteur avec une disqueuse afin que les papillons pincent vraiment l'arbre. Au risque de fragiliser la sortie de moteur qui se fendra peut-être complètement dans trois mois !

De manière générale, quand on te vend quelque chose, en Thaïlande, on te le vend "tel quel", comme tu le vois. A toi de te débrouiller. A partir du moment où l'argent a changé de main, tu as acheté et tu es le seul responsable de tout ce qui peut arriver.

J'ai aussi commandé une paire d'avirons chez un artisan qui ne fait que des avirons. Il m'en a livré une jolie paire d'un bois clair, solide et léger. Du teck thaï - sorti brut de l'atelier : pas de vernis, pas de protection contre le frottement du tolet, pas de garde (pour éviter qu'ils ne glissent dans l'eau. Inutilisables. Il a fallu trouver des chambres à air de vélos : pas simple, personne n'utilise plus de vélos en Thaïlande, tout le monde est motorisé. Et les enfiler de force avec beaucoup d'huile de cuisine... et de coude.

Du pneu de vélo, de la semelle de tong : la base de la sécurité à bord...

Notre plage : le Bata des unijambistes. Hallucinant le nombre de tongs qu'on y trouve. J'ai décortiqué une semelle de tong, je l'ai coupée en deux parties, j'ai fait des trous et j'ai enfilé ces rondelles percées sur les rames : splendides gardes de luxe !

En règle générale, en Thaïlande, les produits ne sont pas terminés. Beaucoup sont fabriqués par un artisan, et non par une entreprise qui prendrait en charge les finitions. Tu achètes un objet, à toi de te débrouiller pour le rendre fonctionnel.

A toi aussi de juger de sa qualité. Un fauteuil acheté dans une grande chaîne de bricolage (HomePro), qui se démantibule au bout de quinze jours : on t'explique que c'est de ta faute, il fallait payer plus cher et prendre plus solide ! Imparable…

On peut même te vendre un jouet mécanique neuf…
- Mais je n'arrive pas à le faire marcher…?
- Ben oui, le mécanisme est cassé. Mais si ta fille le veut, tu achètes quand même.
Nam le voulait. On a acheté. Pas folle, la vendeuse…

Avant-hier, le propriétaire de notre maison arrive avec une équipe de bucherons pour scier les branches d'un palétuvier qui menace notre toit : trois gars  à moto, la tronçonneuse à la main.

Ici, la possession d'un outil tient lieu de compétence... Un quart d'heure après, j'entends un grand crac. Je sors et je vois qu'une assez grosse branche est tombée sur le toit.

Les bucherons ont tiré, la branche a terminé sa descente, emportant un petit morceau de toiture.

Un quart d'heure après, une branche tombe sur la cabane à recyclables et enfonce la taule.

Pendant ce temps, le propriétaire est là et regarde. Moi, il me paraît incroyablement zen. Mais Fon me dit qu'à sa tête, on voit qu'il n'est pas du tout content ! C'est ça l'Asie : on ne comprend pas tout...

Notre propriétaire regardant s'effondrer l'arbre sur le toit de la maison. Jamais je ne l'aurais cru en colère !

Mais que faire ?

Réponse occidentale : dire au chef des bucherons qu'il est responsable, qu'il a une assurance et que de toute manière, il doit se débrouiller pour réparer ou faire réparer.

Une assurance ? Et puis quoi encore ?

Le propriétaire n'a rien dit aux bucherons. Car ils ont fait de leur mieux, même si leur mieux n'est pas terrible... Et de toute manière, ça ne servirait à rien de dire quoi que ce soit.

Tout ce que je décris, ce sont des règles de fonctionnement de la vie courante - pas des exceptions. Il vaut mieux les connaître car il faut faire avec ! Le vendeur ou l'artisan sont souvent de bonne foi - c'est juste que le curseur responsabilité n'est pas au même endroit qu'en occident.

Le problème, c'est quand des grosses compagnies utilisent le fatalisme asiatique (on va l'appeler comme ça pour simplifier) afin de tromper les clients.

Certaines, malgré tout, se sont occidentalisées. J'ai eu une assez bonne expérience avec le service après-vente de Mitsubishi. Comment ça se passe ? En cas de problème, on va tenter de bricoler une solution (en te faisant quand même un peu sentir qu'on te fait une faveur). Attention, le concept de geste commercial n'existe pas en Asie. On t'a vendu un produit un peu pourri. On a quand même réussi à le faire marcher à moitié après quatre retours au magasin : estime-toi heureux !

D'autres compagnies tablent sur le manque d'éducation et le fatalisme local. Lion Air et Air Asia en profitent largement pour abuser leurs clients : politiques tordues pour les bagages, petites lignes à n'en plus finir, site web conçu pour tromper le consommateur - pas besoin de chercher longtemps pour trouver une quantité de plaintes sur internet émanant des occidentaux… D'autant que ces compagnies n'ont qu'un service client bidon : adresse mail où on ne te répond pas, téléphone où on te dit plus ou moins poliment que tu l'as dans le… dos !

Mais là, je me sens en terrain familier car... j'ai les mêmes à la maison ! Pire que Ryan et Easyjet réunis : sors de ce corps, hot-line de Free !



vendredi 1 juin 2018

Quatre petits nègres...


Le nez dans la poudre à la sortie de l'école ? Je m'interroge...

Il y a quelques temps, une famille de chats est venue s'installer chez nous. Une famille ? Pas tout à fait : sans doute une divorcée, arrivée seule avec ses trois petits. Comme nous avons l'esprit large, nous l'avons accueillie.

Je n'ai pas tout de suite vu les trois chatons. L'un deux se cachait dans les broussailles, très craintif. Mais il s'est décidé, et on les a trouvés tous ensemble vautrés dans le périptère (à moins qu'il ne s'agisse d'un amphiprostyle ?)

Le lendemain, il n'y avait plus que deux chatons. La mère vaquait à des affaires très importantes, on ne la voyait que par éclipse. On a supposé que le troisième était reparti se cacher derrière la maison, du côté de la mare.

Mais on ne l'a plus revu. Même pas eu le temps de lui soulever la queue pour savoir si c'était un garçon ou une fille.

La mère faisait des apparitions de plus en plus brèves. Avalant sur le pouce le rata de riz et de poisson déposé par Fon derrière la maison et repartant à ses occupations, l'air soucieux, le cul bien serré dans sa jupe grise stricte (à moins que je ne confonde avec mon ex).

En revanche, les deux petits semblaient bien s'habituer. Ils dormaient sur la planche à voile - bonne affaire pour éviter les salissures : les oiseaux prennent possession dès qu'on a le dos tourné et ils conchient tout.

Les chatons commençaient à faire partie de la famille. J'ai dû expliquer à Nam qu'on ne les prend pas par le cou (en les secouant...) pour les transporter. J'ai fabriqué un jeu de la bobine et tout le monde a fait courir les chats dans tous les sens jusqu'à ce qu'ils deviennent fous. En fait, j'adore les chats. Et j'aime particulièrement quand ils font  des petits sauts de côté en prenant l'air effrayé.

Mais la mère a disparu. Je me disais, pour me consoler, qu'elle était partie s'occuper du petit qui avait peur, qu'elle lui apportait de la nourriture puisqu'il était trop trouillard pour s'approcher de la maison.

Au fond, je n'y croyais pas.

Et puis il est arrivé un évènement terrifiant. J'étais en haut quand j'ai entendu des hurlements. Nam. Je suis descendu en courant. Dans un coin, Fon accroupie et Nam la tête sur ses genoux, protégée dans les bras de sa mère. Et un énorme chien-loup. Pas un chien jaune, un bâtard local, non, un animal qui semblait tout droit sorti d'un chenil allemand, sinon de l'enfer : énorme.

Il sautait de tous les côtés, laissant partout des traces de boue, incapable de fixer son attention - même sur la gamelle des chats. Il était très excité mais ne semblait pas agressif.

Je l'avais déjà vu au village. Accroché par une longe à un fil de six ou huit mètres de long courant sous la poutre d'un porche. Aboyant à tous les passants. J'avais soigneusement arrondi mon trajet pour l'éviter.

Il avait rompu sa laisse. Et comme il ne sortait jamais, il était tout fou - impossible de le calmer. Et trop imprévisible. Alors j'ai pris un bâton, j'ai commencé à crier, je lui ai donné quelques coups sur l'échine qui n'ont pas semblé l'émouvoir. Il continuait à tourner dans tous les sens dans le naos et l'opisthodome (nous hébergeons aussi ces animaux-là).

Un homme est venu en l'appelant. A sa voix, le chien a filé sur la route, à l'opposé du village et de l'homme. Je l'ai revu un peu plus tard dans sa maison, solidement attaché - pas l'homme, le chien. Triste.

J'ai pensé qu'il avait définitivement fait fuir les chats. Mais non. Une demi-heure après, ils ont surgi de nulle part. Et la vie a continué.

Quelques jours passent et je m'inquiète: le blanc a disparu, il ne reste plus que le rouge. Que s'est-il encore passé ?

J'ai mené l'enquête. On aurait entendu des cris du côté du mur de l'usine… sans certitude.

Il faut dire que nous vivons dans une niche écologique très riche, entourés de mares et d'herbes, isolés de l'humanité par le mur d'enceinte du terminal d'huile de palme désaffecté. La diversité des oiseaux est impressionnante. Les crapauds font tant de bruit que la nuit, on croirait une grosse machine qui tourne en grinçant. Il n'y a presque pas de chiens, nous sommes à l'écart du village. Alors il y a sans doute d'autres bêtes... de grosses bêtes... En Thaïlande, il n'y a pas si longtemps, il y avait même des tigres !



Tu sais ce qu'est un varan : comme un lézard géant, un petit dinosaure avec des dents pointues. J'en ai vu d'énormes dans le coin. Il y a aussi des serpents - dans les campagnes, on voit couramment des pythons de trois mètres qui traversent la route.

Carnivores qui ont fait des chatons un déjeuner de soleil. La vie est dure pour les petits d'animaux. Parvenir à l'état adulte est une chance, et le résultat d'un long combat.

Il nous reste un chat. Pour combien de temps encore ? Le soir, il miaule misérablement derrière la porte. Je le ferais bien entrer, mais Fon ne veut pas - les thaïs sont très stricts sur la différence dedans dehors, même les voleurs retirent leurs baskets en pénétrant dans une maison.

En y réfléchissant, je me dis que les bols de riz au poisson posés derrière la maison ont servi d'appâts. Nous avons attiré les chats, nous les avons exposés en terrain découvert - bref nous les avons littéralement donnés à manger aux prédateurs. Responsables à cent pour cent.

Quatre heures du matin, Fon me pousse du coude : il y a d'étranges cris tout près de la maison. Je me redresse d'un coup et tends l'oreille.

Non, pas des cris de chats, des cris d'oiseaux, mais on pourrait s'y tromper. Je descends pour voir où se trouve le rouge. Il a disparu. Je cherche des touffes de poils, les signes d'un dernier combat. Rien. Le varan ou le python l'aura emporté et dévoré tout cru.

J'appelle, j'appelle... Et finalement, j'entends de faibles miaulements : apeuré, le Dernier des Mohicans sort de sa cachette derrière le réfrigérateur. Ouf ! Ce soir, il dormira dans la maison.


Niche écologique entre mer et forêt, avec la maison dont tu auras forcément remarqué le pronaos...



lundi 21 mai 2018

Le lugubre hurlement de l'huître quand arrive le Muscadet



Hier la marée découvrait plus qu'à accoutumée. Je suis allé me promener sur les rochers devant la maison et j'ai ramassé quelques bigorneaux. J'ai rencontré trois pêcheuses de coquillages du village. Et comme on ne trouve ni laurier ni de bouquet garni ici, j'ai abordé l'une d'entre elles et lui ai demandé comment on accommodait les bigorneaux à la mode thaïe. La dame m'a répondu avec une grande civilité. Il y avait deux gros bigorneaux juste à l'endroit où nous bavardions. Elle les a ramassés et les a mis dans mon seau. Et elle a ajouté une grosse palourde qu'elle a prise dans son sac - par parenthèse, ici, les palourdes sont moins appréciées que les coques, mais le geste était là.

Je ne me lasse pas de répéter à quel point les thaïs sont gentils dès qu'on quitte les pistes touristiques.

Autre exemple (?) Ce matin à l'aube, le pêcheur à la barque est revenu à terre. Il a une petite prame, et tous les matins, il relève un filet qu'il pose en travers de la baie. Je me demande ce qu'il peut bien prendre, car l'eau n'est vraiment pas profonde. Je vais donc le voir. Il passe son filet en revue. Pas de poissons mais plein de crabes dont les pattes sont empêtrées dans les mailles.  Il les extirpe et en rejette la majorité. Quand le crabe est assez gros et de la variété qui va, il l'attrape par les pinces, les casse au ras de la carapace, les met dans un seau et rejette le crabe désarmé sur le sable. La pauvre bête se redresse et court vers la mer vers un destin incertain.

Mais qui mange du crabe - à part toi ? Les poulpes, les poissons, les tortues… et les crabes se mangent entre eux, les forts dévorent les faibles et les mutilés !


Le crabe n'est pas considéré comme un intellectuel. Son système nerveux rudimentaire se réduit à deux groupes de ganglions en rapport avec ses organes sensoriels essentiellement. Il n'y a pas de télencéphale, donc pas d'amplification télencéphalique de la douleur. Si même douleur il y a, ce qui est contestable car il n'a pas de thalamus.

L'évolution n'a pas d'autre but que… l'évolution. Les crabes qu'elle sélectionne sont ceux qui se battent ou fuient à bon escient, ceux qui se nourrissent bien et ceux qui se reproduisent avec générosité. La douleur n'est pas une condition obligatoire pour survivre : il n'est pas certain qu'elle existe chez les crabes, d'autres signaux peuvent palier son absence.

Autrefois, Dieu nous disait qu'il ne fallait pas faire de mal à ses créatures. Maintenant, ce sont les végans. Ils justifient cet interdit par deux arguments. Le premier est écologique : l'élevage aurait un effet désastreux sur la terre. Intéressant, et sans doute à vérifier avec soin. Le second est éthique. Il transpose massivement le fonctionnement humain à l'espèce animale. Sa capacité à souffrir par exemple. Mais là, on a un problème de définition et de limite. D'abord parce que l'espèce animale a des confins flous. L'introduction des archées il y a moins de trente ans montre que le domaine est encore fluctuant. Donc définir l'interdit par l'appartenance au règne animal ne convient pas.

Bien sûr je suis hostile à tout traitement cruel envers des animaux dotés d'un système nerveux élaboré (encore faudrait-il pouvoir définir avec précision ce mot). Mais dès qu'il s'agit d'animaux chez lesquels les mécanismes de douleur, de stress, de mémoire durable ne semblent pas exister, j'ai des doutes. Les insectes par exemple - qui ne sont guère éloignés du crabe sur le plan phylogénétique, et dont les thaïs font une consommation importante, larves ou cafards. Ou les coquillages.

J'ai déjà fait ici l'apologie d'un livre de Franz de Waal qui nous incite à plus de prudence dans notre évaluation de la notion de conscience chez les animaux. Je maintiens. Encore faut-il qu'il y ait un minimum d'équipement neurologique chez l'animal pour qu'on puisse le créditer d'une conscience - même différente de la nôtre. Et ne pas faire l'erreur de penser que des comportements élaborés signifient automatiquement que le monde de l'affectif lui est accessible. Sensation n'équivaut pas à sentiment, et les voies neurales de la douleur sont totalement distinctes des voies de la sensibilité.

Thaïlande, exploitation du singe par l'homme : cinq heures de travail épuisant par jour dans les cocotiers, pas de congepés

Je considère le refus systématique de toute nourriture animale comme une démarche éthique plus fondée sur un dogme que sur l'état actuel de la science. La morale utilitariste (Mill, Bentham etc.) me semble beaucoup plus à même de faire du bien à l'humanité et à la terre que l'éthique vegan. Dommage, elle n'est ni cool ni funky.

Pourtant, les préoccupations de morale alimentaire et d'écologie ne sont pas que sympa. Elles sont fondées. Elles ne sont pourtant qu'un leurre toléré (sinon encouragé ?) par les puissances multinationales pour nous détourner du vrai problème - la mise en place d'une organisation politique unique, sociale, écologique, humaniste capable de légiférer à la tête de notre planète. Sans cette organisation, les meilleures causes seront toujours récupérées. Un but lointain - raison de plus pour s'en préoccuper le plus tôt possible.

Je lisais il y a peu un article listant l'appartenance des "petites sociétés" proposant des produits bio à des multinationales alimentaires et chimiques : retour à la case départ. Les consommateurs peuvent toujours changer leurs préférences, le marché s'adaptera. L'action doit être menée à un niveau plus élevé - au niveau politique, et certainement pas au niveau de la bonne conscience individuelle d'activistes bien sympathiques. Le problème, c'est que la politique, pour beaucoup de gens qui prônent des comportements alternatifs, c'est pas tendance, c'est pas mode, c'est caca et ça ne connote pas assez élite.

Sur la plage, nos pauvres crabes désarmés filent vers la mer. Ils n'ont pas conscience d'être mutilés. Ils ne souffrent sans doute pas. Ils ne sont pas tristes - ils ne sont pas outillés pour. Ils partent vers leur abri naturel sans états d'âme.

Ce qui n'est pas mon cas ! J'ai des sentiments partagés envers ce pêcheur. Mais il pense sans doute qu'après avoir arraché les pinces du crabe, ce serait cruel de le tuer pour rien. Car dans sa tête, il respecte la vie.



mercredi 16 mai 2018

Une belle histoire d'amour à l'horizon…


Sistership...

Comme elle est belle !

Je l'ai rencontrée sur catalogue. Son père m'a montré une photo de sa sœur. J'avoue avoir hésité. Plusieurs étaient jolies et semblaient pleines de qualités. Mais j'ai opté pour celle-ci. Avec son franc-bord élevé, sa tonture marquée, sa coque pas trop plate, elle semblait plus marine, prête à affronter les vagues et un vent grincheux sans mouiller son marin. Une jolie barque pour laquelle j'ai commandé une robe blanche à l'extérieur, grise à l'intérieur, pas salissante.

Pour le moteur, dilemme. Hors-bord, à l'européenne, avec un arbre coudé, ou bien "long tail" ? Le long tail, c'est un bête moteur dont on prolonge directement l'arbre jusqu'à l'hélice. A Bangkok, j'ai vu des moteurs de voitures énormes, des V8 montés sur des barques. Avec échappement libre… et la fumée… L'hélice attaque l'eau selon un plan un peu incliné au bout d'un arbre immense - la longue queue qui produit un beau panache d'écume comme la traîne d'une comète.


J'ai choisi un 13cv Honda dont j'ai vu qu'il était utilisé dans des scieries dans l'Ontario, des tondeuses dans le Connecticut, des karts aux Émirats, des nettoyeurs haute pression au Pakistan, des pompes à eau en Inde... Il y a une version inox pour la mer. Monté en long tail, il est très utilisé par les pêcheurs locaux, et sa revente sera simple. Il pèse 33 kg à vide, comme un hors-bord de la même puissance à refroidissement à air - il n'est donc pas très lourd.

Pas bruyant en image... et dans la réalité

La question des avirons n'est pas simple : ici, les gens se fient exclusivement à leur moteur. Il faut donc que j'en commande du côté d'Ayutthaya, l'ancienne capitale de l'empire, car dans cette région couverte de marais, on en fabriquerait encore. Le problème, c'est qu'ils ne font que des tailles minuscules, pas au-delà de 1.8 mètre, alors qu'il faut 2.2 mètres minimum. Vais-je être obligé d'en apporter dans ma valise ?

Je n'ai pas pu résister. J'ai demandé au constructeur de fixer à la verticale un bout de tube de PVC dans de la résine à l'avant du bateau, contre le coffre : une parfaite emplanture pour un mat de planche ou une tige de bambou sur lesquels j'enfilerai une vieille voile. Le fabriquant trouvait l'idée sympa, on ne lui avait jamais demandé. Il est vrai qu'on ne voit jamais de voiles sur l'eau, ici. Comment faisaient-ils autrefois ? Le mot voile existe pourtant, c'est baï leua, feuille de bateau - comme une feuille d'arbre.

J'ai dit au constructeur que je ne pourrai faire que du grand largue et du vent arrière, et il m'a tout de suite proposé de fabriquer un petit safran en résine. L'idée est bonne - on verra pour la réalisation. De toute manière, je n'aurai pas de dérive, juste une pagaie que j'enfoncerai sous le vent. Alors le près, ce sera forcément : "une fois la route, deux fois le temps, trois fois la grogne".

Pour la ligne de mouillage, on ne trouve ici que des ancres plates. Elles sont efficaces dans le sable mais médiocres dans les rochers. Il faudra aller la vérifier en plongeant. Dans l'eau à 28°, ce n'est pas trop pénible.

J'ai demandé qu'on prévoie quatre trous pour installer un toit en toile. Je verrai si j'en ai vraiment besoin. Je n'ai pas l'intention de rester pêcher des heures sous le soleil - je ne pêche pas. Mais pour la chasse et le snorkeling, il y aura une échelle en inox à l'arrière avec un seul longeron, de manière à pouvoir remonter avec des palmes.

Échelle à (hommes -) grenouilles. Il suffisait d'y penser.

La longueur que j'ai choisie permet encore de charger le bateau sur le plateau du pick-up, même s'il va largement déborder. En l'arrimant bien et en roulant régulièrement, on devrait pouvoir le transporter sur des longues distances. Mais pour le monter et le descendre, je n'ai pas encore de solution. Il faudrait une rampe, un treuil et des rouleaux, ou quatre bonnes volontés musclées.
J'ai demandé au chef du village si j'avais le droit de mettre un corps-mort devant la maison pour mouiller le bateau. Il m'a répondu qu'il n'y avait aucun problème. Quand on voit le bordel que c'est en Bretagne ! Je le mouillerai tête et cul, ça devrait tenir. Avec un marnage d'un mètre cinquante, il n'y aura pas trop de mou dans les aussières. Et je l'aurai devant les yeux en permanence - de ce bureau où j'écris maintenant.
Quand j'en serai complètement propriétaire, je devrai le déclarer aux affaires maritimes. Je devrai passer un petit examen théorique, genre balises et signaux. Il parait que j'aurai un an pour le préparer - avec le droit d'utiliser le bateau pendant ce temps. C'est un peu étrange mais sympathique...

Dans huit jours, la coque sera moulée et j'irai la voir - juste pour le plaisir. J'ai hâte...

Ici, les mats servent à tenir les perches couvertes de lampes : on pêche l'encornet au lamparo - on a le droit.


samedi 21 avril 2018

C'est aussi ça la Thaïlande !


Le matin, au balcon. Il y a du grain, forcément, le jour se lève à peine. Je prévois qu'il va faire beau (comme tous les jours...)

L'autre jour au Big C (c'est l'enseigne Casino rachetée par un thaï), Nam fait un caprice : elle exige de porter les bouteilles de shampoing, les savons, les tubes de dentifrice… et je n'ai pas résisté. Il faut dire qu'elle est équipée d'un appareil à normo-sons tout à fait remarquable, et qu'elle peut faire rendre gorge à des adversaires très aguerris. Après tout, si cela lui fait plaisir… Arrivée à la zone de jeux, elle laisse discrètement tomber le sac pour monter sur une baleine électrique qui zone entre une voiture de sport et une locomotive. Résultat, quand nous arrivons à la maison, nous ne trouvons plus les savons, ni le shampoing etc. Fon téléphone au Big C, on nous dit qu'on va chercher, Fon rappelle un peu plus tard pour s'entendre dire qu'on n'a rien trouvé.

Une semaine après, nous retournons au Big C. En entrant du côté des jeux, nous tombons sur les femmes de ménage. Comme d'habitude, Fon regimbe à demander si elles ont vu le sac. En Indonésie comme en Thaïlande, on ne demande jamais de renseignements. Par exemple, on préfère tourner une heure plutôt que de demander sa route. Tu me diras que si la personne qu'on questionne ne sait pas répondre, elle inventera n'importe quoi pour ne pas perdre la face. Exact. J'ai déjà expérimenté… et j'ai tourné une heure !

Mais Fon sait que si elle ne fait rien, je m'adresserai aux femmes de ménage avec mon thaï de vache espagnole, et elle sera obligée d'intervenir. La mort dans l'âme, elle demande. Et on lui dit qu'on a bien trouvé le sac et qu'on l'a soigneusement mis de côté en pensant qu'un jour ou l'autre, le client oublieux reviendrait ! Des femmes qui gagnent sans doute moins de deux cents cinquante euros par mois…

Autre morale de l'histoire : en Thaïlande, on ne peut jamais avoir un renseignement fiable par téléphone. L'organisation thaïe est trop "complexe" (pour être gentil) pour qu'on puisse obtenir une info sur laquelle on puisse s'appuyer. Il faut toujours se rendre sur place - pour n'importe quoi.

Cette fois-ci, il n'y a pas du grain, il y a UN grain. C'est moche, le mauvais temps ! Mais ça arrive...

Avant-hier, j'ai bien raclé le fond avec mon aileron de planche - c'est l'enfer, ces rochers devant la maison. Résultat, il est plus que… fripé. Il y a de la résine dans l'air, il faut réparer ! Mai demande au resto du coin. On lui indique un garage de moto. Nous y allons. Trois jeunes thaïs sont en train de glander. Nous montrons l'aileron : "Oui, je peux le réparer. Ce sera 1500 bahts" dit l'un des glandeurs. Soit près de 40 euros, presque le prix d'une occasion. Croyant bien faire, Mai suggère 1200 ce qu'il accepte avec enthousiasme. Mais je tourne les talons - je sais que 400 bahts est le prix maximum qu'on pourrait demander. Je pars agacé : c'est ça aussi la Thaïlande.

Le lendemain, nous demandons au chef de notre village qui nous indique un magasin sur la route de la ville. Nous y allons. Ou plus exactement, Fon y entre, et je l'ai briefée pour qu'elle en dise le moins possible, ni que c'est un aileron de planche à voile, et encore moins la propriété d'un farang. Deux minutes plus tard elle ressort et me dit que le type fera le travail pour 200 bahts - ce qui est exactement le prix "normal".

Champ de riz. Une colonie de"becs ouverts indiens" y trouve les escargots d'eau dont l'espèce se nourrit. Ici, la monogamie est la règle, mais dans les ménages polygames, le succès des couvées est plus grand car tous les parents participent...

C'est encore ça la Thaïlande. Tu me diras qu'en France, il y a aussi des gens très honnêtes. Et de très malhonnêtes. Certes. Mais en France, la mentalité ordinaire voudra qu'on embarque le sac avec le shampoing en se disant que le propriétaire l'a passé par pertes et profits, et que si on ne le prend pas, quelqu'un d'autre mettra la main dessus. En France, on raisonne, et le raisonnement sert à rationaliser la malhonnêteté. En Thaïlande, on a moins d'éducation, on se borne à suivre les principes.

Quant aux thaïs délirants qui prennent les farangs pour des billes - oui, bien sûr, j'ai les mêmes à la maison. Naguère, les sympathiques chauffeurs de taxi qui faisaient subrepticement visiter Paris aux américains, braves américains qui débarquaient à Orly et voulaient juste qu'on les conduise à leur hôtel… Mais ce n'est pas aussi systématique - le farang est l'objet de tentatives d'arnaques incessantes. Dont l'État montre le déplorable exemple en taxant trois à cinq fois plus cher toute visite dans un musée ou une ruine publique !

Toujours du balcon, le matin. Je ne suis pas encore blasé...


vendredi 13 avril 2018

Sans panty... mais en tout bien tout honneur !


Le mage de Chumphon m'a dit qu'il fallait que je mette plus de photos sur mon blog. Ici, devant la maison, à droite...

On n'imagine pas à quel point la Thaïlande, sur certains points, est à la traîne. Après plusieurs années de vie ici, je suis encore surpris.

Il y a peu, je racontais mes difficultés pour obtenir une carte précise des limites du parc naturel régional où il est interdit de pêcher. Entrer les coordonnées d'un lieu sur son GPS marine, et savoir ainsi si on est dans le périmètre où hors limites - quoi de plus simple ? Mais là, impossible de mettre la main sur une vraie carte.

Ici, toujours sur la plage, devant la maison, à l'extrême droite. Marée basse. La terre de la falaise est couleur betterave !

J'ai envoyé plusieurs mails à l'administration du parc pour avoir une information fiable - mails restés sans réponse. J'ai donc décidé de prendre le buffle par les cornes - vaste programme - et j'y suis allé.

Là, je ne vais pas tirer à la ligne. En bref, personne n'a de carte. Sinon la carte en ciment qui orne le mur extérieur du bâtiment administratif. Dessinée à quatre pieds d'éléphants près...avec la queue du quatrième !

Ici, devant la maison en regardant à gauche.

L'idée de parc est un concept : on protège les coraux et les nids d'hirondelles, point à la ligne. J'ai parlé d'écrire à l'administration centrale à Bangkok pour en savoir plus. On m'a poliment ri au nez.

Nous sommes tombés sur un type jeune qui semblait à l'écoute, et normalement outillé sous le toit. Il m'a dit avec beaucoup de gentillesse qu'il comprenait mon point de vue. C'est là où j'ai compris à quel degré ce point de vue était relatif. Il faut qu'un type intelligent fasse un effort d'imagination pour comprendre qu'une carte des limites du parc pourrait être utile.

Ici, devant extrême gauche. Oui, j'ai dû descendre un peu sur la plage - c'est fatigant.

Imagine un Macintosh sur lequel on a installé un émulateur de Windows. Si tu essayes d'échanger des données entre Mac et Windows, par un copier-coller par exemple, tu risques de rencontrer de gros problèmes. Sauf si les formats sont très simples, du texte ASCII par exemple. Échanger avec un thaï, c'est pareil. Il y a toutes les chances pour que le contenu soit altéré et irreconnaissable. Le problème fondamental, c'est qu'on n'a pas la même boîte à outil, on n'a pas les mêmes routines pour gérer l'info qui nous arrive.

A présent, je ne suis plus du tout certain qu'il existe une carte. Il faudrait des relevés pour la dresser. Est-ce que les civils disposent des outils permettant de faire des relevés en mer ? Pas certain. Ont-ils le personnel formé ? Pas gagné.

Là, c'était avant-hier, quand on a eu du vent. Mais à droite, la cabane, ce n'est pas là où l'on habite !

Alors des administratifs, peut-être en lien avec une ONG écolo américaine, auraient un jour décidé que tel chapelet d'îles serait protégé - sachant que cela ne gênerait ni le tourisme ni la pêche professionnelle. On aurait griffonné sur une carte (routière) les contours rectangulaires du parc. On aurait mis à la signature du ministre. Et vogue… Est-ce que c'est fou, cette hypothèse ?

Là, c'est au dessus. 6 heures du soir : le pauvre, il doit être dévoré par les moustiques...

L'hypothèse alterne étant qu'une carte a bien été dressée avec précision, mais qu'il existe un tel écart culturel et éducatif entre les sphères élevées de l'administration et les exécutants sur le terrain que ces derniers en ignorent l'existence. Autre hypothèse : rétention d'information, purement et simplement. Encore une autre hypothèse - plus neutre - il y a d'énormes problèmes techniques de circulation de l'information du haut vers le bas. Toujours aussi étonnant…

Au fait, tu te demandes peut-être pourquoi le titre, "Sans panty" ? Simplement parce que "carte" en thaï se prononce panty - traduction littérale : la projection de l'endroit. Je n'ai pas pu résister - désolé.

Là, c'est ce que j'aurai ce soir dans mon assiette - cuit, je te rassure. Quand je te dis qu'il ne faut pas venir en Thaïlande !