mercredi 6 septembre 2017

Deux exercices simples de salutations thaïes


Le "wai" implique une légère génuflexion, souvent escamotée lors de salutations ordinaires


Hier, Somsouaï, la meilleure amie de Fon, est venue à la maison pour déposer des vêtements dont elle ne veut plus, afin que Fon les vende sur le petit marché qui se tient le dimanche matin tout près de la ferme.

Fon et Somsouaï sont du même village et elles ont été à l'école ensemble. Elles sont amies depuis toujours. Somsouaï est une gentille fille, et même si cela m'agace de voir la maison remplie en permanence de sacs de fringues, je supporte... et vais encore supporter longtemps. Car elle n'en a jamais fini de revendre vu qu'elle n'en a jamais fini d'acheter, c'est une fashion addict...

Somsouaï est venue avec son mari que je connais - je les ai même invités un soir à dîner dans une gargote du marché où nous les avions croisés à l'époque où nous habitions en centre ville. Somsouaï et lui sont mariés depuis presque dix ans - Fon le connaît donc bien. D'après ce que j'ai compris et observé, ce n'est pas un ours, c'est un type "normal".

Mais là, il s'est passé quelque chose qui n'a rien à voir avec ma condition de farang. L'amie et son mari sont arrivés dans leur pick-up. J'étais dans l'entrée, invisible, mais aux premières loges. Somsouaï est sortie de la voiture et a marché vers la maison. Dès qu'elle m'a vu, elle m'a saluée et j'ai fait de même. Puis elle a directement commencé à parler avec Fon - sans transition, comme si elles s'étaient quittées il y a cinq minutes.

Ce qui m'a semblé étrange, c'est l'attitude du mari : il est parti dans le jardin au vu et au su de Fon sans lui dire bonjour - pas même un petit signe de main. Pourtant, leurs relations sont excellentes. Mais bon, il n'avait prévu aucune interaction avec l'amie de sa femme. Alors il est allé faire autre chose.

J'avoue que je n'arrive toujours pas à m'habituer. J'ai dû demander à Fon un petit rappel des règles. Je te la fais en devinettes. Avec les personnages suivants :
- Tongporn et son mari Lamoun,
- Songsi et son mari Clark (qui est farang).

Songsi, Lamoun et Tongporn se connaissent. Tongporn connaît Clark.

Devinette 1 : Songsi et Clark se promènent dans la rue et rencontrent Lamoun (qui ne connaît pas Clark). Songsi et Lamoun se sont vus il y a quatre jours. Lorsqu'ils se rencontrent, qui salue qui ?

Réponse : Personne ne salue personne. Lamoun et Clark ne se saluent pas parce qu'ils ne connaissent pas. Lamoun parle directement à Songsi exactement comme si Clark était invisible. Comme Songsi et Lamoun se sont vus récemment, ils sont dispensés de toute formule de politesse.

Version US : tout le monde se dit bonjour.
Version french :
de plus, Lamoun lèche la face de Songsi.

Devinette 2 : Tongporn était avec Lamoun (son mari) quand Songsi les a rencontrés il y a une semaine. Tongporn et Lamoun vont chez Clark pour voir Songsi. En fait, seule Tongporn a quelque chose de précis à faire avec Songsi. Lamoun reste à l'écart et ne salue personne. Que s'est-il passé ? Y a-t-il un problème ?

Réponse : Non, il n'y a aucun problème. En arrivant chez Clark, personne ne se salue. Lamoun reste à l'écart, il n'a fait aucun signe à Clark parce qu'il ne le connaît pas, ni à Songsi parce qu'il l'a vue récemment - et il n'a rien de précis à faire avec elle en l'occurrence. Il agit donc comme si ces deux là étaient transparents. Par ailleurs, Tongporn et Songsi ne se saluent pas car elles se sont vues récemment.

Version US : tout le monde se dit bonjour (y compris Lamoun et Clark qui font connaissance).
Version french :
en plus, tout le monde se lèche la face sauf les garçons (qui ne se connaissent pas).

En résumé :

Règle 1 : si on ne se connaît pas, on ne se salue pas et on s'ignore ;
Règle 2 : si on s'est vu récemment, on ne se salue pas ;
Règle 3 : l'inverse de la règle 2 n'est pas vrai : même si on ne s'est pas vu depuis un certain temps, on n'est pas obligé de se saluer. Tout dépend de ce qu'on partage avec la personne (et d'un éventuel lien hiérarchique ?)

Dans la culture thaïe règne un pragmatisme étonnant dans les relations interpersonnelles. Une grande sobriété dans les démonstrations. Tant qu'on n'est pas dans un cadre formel, il n'y a plus aucune obligation, aucun art de la conversation. Le silence n'est jamais gênant. D'ailleurs, c'est bien connu, il n'y a pas d'anges (qui passent) dans l'imaginaire bouddhiste.

Du fait qu'on les ignore complètement, certains farangs (à la susceptibilité exacerbée ?) pourraient interpréter ce comportement comme une marque de dédain. Iraient-ils jusqu'à dire que cette attitude est une marque de xénophobie, c'est possible. Les thaïs sont sans doute xénophobes - je ne connais pas de population dans le monde qui n'apparaisse pas xénophobe sur la durée - mais il faut en chercher des preuves ailleurs.

A vrai dire, les thaïs me semblent moins xénophobes que les habitants de petites communautés rurales de Basse-Bretagne.

Et je préfère les thaïs silencieux et indifférents aux thaïs mielleux ou obséquieux. Ou même tout simplement chaleureux : parce qu'alors, il y a tout à parier pour qu'ils fassent semblant.






samedi 26 août 2017

Elephant man, ou le zizi de papa


Tu t'es vu quand t'es nu...!

Je me promène généralement en slip dans la maison étant donné la température, rarement en dessous de 28 degrés. Je reconnais : ce n'est pas très digne. Mais c'est le seul moyen de survivre à cette chaleur. Et quand je reviens de la douche ou quand je me mets au lit, je suis carrément à poil.

Il se trouve que Nam (qui vient d'avoir deux ans) regarde mon zizi avec beaucoup d'étonnement. Je peux le comprendre : nous ne sommes pas équipés pareil. Et sa mère non plus, sinon ce ne serait pas sa mère mais sa tante, et sa tante ne pourrait pas être sa mère pas plus que son oncle, enfin bref, je me comprends.

Donc Nam s'étonne. Une fois. Deux fois. Dix fois. J'ai le sentiment d'être éléphant man. Ne crois pas que je sois en train de me vanter. Je veux juste dire qu'elle me regarde comme une curiosité à la limite du monstrueux.

Et ça dure. Depuis maintenant plusieurs semaines. Je lui ai expliqué plusieurs fois : les garçons ont des zizis, les filles ont des coquillages. J'ai passé la famille en revue et je lui ai dit : untel a un zizi, unetelle a un coquillage. Mais la différence entre le masculin et le féminin semble encore très floue. Aux dernières nouvelles, selon elle, son grand-père à un coquillage et sa grand-mère un zizi. Je pense que c'est faux. Sinon, on m'aurait vraiment caché des choses.

Rien de très étonnant à tout cela. Elle est encore jeune. Mais elle continue de me… dévisager, chaque fois qu'elle en a l'occasion. Elle devrait être habituée, là, non ? Autant que je me rappelle, mes ex ont mis beaucoup moins de temps à s'y faire.

Mais surtout, il y a quelque chose qui me… turlupine. Je sors de la douche dans le plus simple appareil après avoir mis la serviette à sécher. Je croise Nam. Elle regarde avec attention. Et elle rigole. Oui, elle rigole ! Il y a quelque chose de malicieux dans son regard et dans le ton de sa voix quand elle désigne l'objet du délit en disant "zizi… zizi de papa…"

Comment se fait-il qu'elle associe le sexe à quelque chose de rigolo, quelque chose qui sort du champ neutre de la vie quotidienne ?

Fon est étonnée, elle aussi. Je suis certain qu'elle ne lui a rien dit de particulier. Et pareil pour le reste de la famille. Les thaïs que je connais, la famille de Fon, tous sont très pudiques pour ce qui est du sexe (et d'ailleurs moins pour ce qui touche aux excrétions). Parler des génitoires est "maï soupape" - oui, "soupape" veut dire "poli", c'est drôle, non ?

Il se pourrait même que la nudité soit plus qu'indécente : insultante aux yeux des thaïs. J'ai souvenir d'un compagnon de pêche (anglais, mais connaissant bien le pays) m'incitant à ne surtout pas me changer parce que nous avions accosté à trois cent mètres d'un temple bouddhiste.

En tout cas je serai prudent dans ma conclusion. En observant ma fille, il me semble que de manière spontanée, le sexe est associé à quelque chose de rigolo. Est-ce parce qu'elle sent un vague interdit, qui serait balisé par ses grands parents ou sa mère ? Mais comment baliser quelque chose dont on ne parle pas, même furtivement, et qu'on ne montre pas ? Je suis la seule personne dont elle a vu le zizi. Nam n'a aucune raison de faire des recoupements entre ses découvertes anatomiques et ce que lui font sentir ses grands parents.

Donc le rire serait fondamentalement associé au sexe ? Nous serions pré-cablés pour rire de la gaudriole ?

Enfin moi, je vais finir par trouver ça gênant. Et si ça continue, je vais finir par planquer les bijoux de famille !

Caca-prout-cul-bite : LOL !


vendredi 11 août 2017

Mon oeil !



Lèèèèèèèo !

Il ne se passe grand-chose à Don Chomphu. Fon passe ses journées dans une école de conduite et je vais me baigner avec Nam dans un étang pas très loin.

Dans la voiture, je m'amuse avec elle à dire "lèo". Non, nous n'invoquons pas le nom d'une bière locale bien connue. Lèo est un mot thaï qui contient l'idée de d'accomplissement révolu, et permet donc de conjuguer des verbes au passé. Khao pai lèo veut dire : il est déjà parti.

Mais le "lè" de lèo est une syllabe longue avec un accent haut (qui ne descend pas). Si on habite la Thaïlande depuis quelques mois, on a forcément remarqué l'enthousiasme avec lequel les thaïs prononcent ce mot. En ouvrant grand la bouche, en insistant. C'est très curieux, cette petite jouissance qu'ils ont. Ils disent en fait :
paille Lèèèèo !

Alors Nam et moi, on les imite sans vergogne et ça nous fait bien rigoler.

Un autre truc qui me fait rire et qu'on remarque facilement, c'est le mot : l'œil. Je l'écris de cette manière pour qu'il n'y ait pas d'ambigüité sur sa prononciation - car c'est exactement comme ça qu'il se dit. En fait, on devrait plutôt écrire "lei", mais on est alors tenté de mettre un accent sur le "e".

Le problème, c'est que ça ne veut rien dire, l'œil. C'est juste un mot de renforcement (sauf dans l'expression pai l'œil, qui veut dire dépasser). Gros et agaçant mystère. Fon dit par exemple à Nam : yagn l'œil ! ce qui veut dire "arrête". Mais elle pourrait tout aussi bien dire yagn tout court. L'œil n'est là que pour se faire voir….

Ce qui m'attriste, c'est qu'on ne puisse pas dire paille l'œil Lèèèèèo. Apparemment, ça ne veut rien dire. Dommage ! Faudrait peut-être que je leur enseigne quelques tours, aux Thaïs !


lundi 24 juillet 2017

Double meurtre à Bronx-sur-Don-Chomphu



Je suis revenu dans l'Isan ! Par un saut presque direct de l'Amérique à l'Asie du sud-est !

Ce qui m'a frappé en arrivant, c'est la lumière de mousson, cette lumière grise tellement différente de la lumière saturée qu'on a en Bretagne… quand il ne pleut pas.

Dès le lendemain, Mai m'a traîné au marché, et là, je me suis cogné la tête contre ces p… de barres de fer qui soutiennent les barnums des marchands ambulants. Vraiment, six pieds de haut, ce n'est pas la taille réglementaire pour les thaïs !  Est-ce ce coup sur la tête qui m'a déprimé ? J'avoue que je n'ai pas pris plaisir à regarder l'étal du poissonnier, avec ses carpes qui agonisent, agitant désespérément leurs ouïes.

Ensuite, nous sommes allés porter des légumes bizarres chez la tante de Mai - comme le croisement d'un artichaut avec un chou-fleur (les légumes, pas la tante). Ces dames sont restées ensemble à bavarder. Comme je m'ennuyais, j'ai fait quelques pas, pris quelques photos.

Don Chomphu, quand on y réfléchit, c'est un petit New York. Pas convaincu ? Des images valent mieux qu'un long discours.

Tout d'abord, j'ai retrouvé la Bartow-Pell mansion : style simple, presque dépouillé, et pourtant si noble ! Mais celle de Don Chomphu n'est pas encore transformée en musée.



Dans la cour d'honneur, une immense limousine s'est arrêtée dans un crissement de pneus, attendant de prestigieux passagers.



Débouchant sur Broadway-on-Don-Chomphu, j'ai tout de suite repéré Bloomingdale's sur la gauche.


J'ai fait un peu de lèche-vitrine. Le rose semble très tendance en ce moment.


Puis mes pas m'ont conduit au MOMA, temple de l'art contemporain - avec son allure carrément avant-gardiste.


Je suis resté fasciné un long moment par une œuvre au réalisme piquant - très belle.



Je n'ai pas pu admirer les illuminations du Rockefeller, ce n'était pas la saison. Mais je me suis faufilé, et j'ai pu voir les moyens électriques mis en œuvre pour parvenir à cette merveille. De quoi fournir de l'électricité à la ville de Montargis pendant un millième de seconde, paraît-il !


Le retour a été assombri par un triste incident. Nous traversions Bronx-sur-Don-Chomphu. A un croisement, que vois-je ? De part et d'autre de la rue, deux cadavres. D'un côté, un joli petit chien blanc, pattes en l'air. Juste en face, un chaton gris étendu sur le flanc. Sans doute un règlement de compte entre bandes rivales… ou autre chose. La zone n'a pas encore été karscherisée.

Je ne sais pas pourquoi, en entrant dans la maison, je me suis senti triste.

dimanche 2 juillet 2017

Quelques cartes postales de vacances


Hello à vous tous qui me faites l'honneur de me lire !

Je suis encore au Canada pour quelques jours.

Surprenant pays ! Si cela vous dit de voir avec mes yeux, voici le lien vers Flickr

A bientôt en Isaan !


Pascal

samedi 10 juin 2017

Trouver une jeune femme thaïe quand on a déjà quelques tours de compteur…


Bangkok, en face de Pantip Plaza. On peut couper le son... Solution prudente, mais pas vraiment satisfaisante !

Quels espoirs peut-on avoir de séduire durablement une femme jeune quand on a quelques tours au compteur : telle est l'intéressante question que je trouve sur un forum, émanant d'un intervenant qui ne cache pas ses soixante-dix balais.

Les femmes pour les hommes (comme les hommes pour les femmes) représentent un marché évolutif, avec différentes parités selon l'endroit dans le monde. Ce marché soumis à l'offre et à la demande est relativement stable - plus stable que le baril de Brent ou le cours de l'euro. Certains (et certaines - ça marche dans les deux sens) prennent le risque d'une acquisition à l'étranger en espérant la bonne affaire. L'amour est un commerce où chacun se propose toujours quelque chose à gagner : cette maxime où l'on retrouve La Rochefoucauld s'applique parfaitement ici.

Comme dans tout marché, il y a des vendeurs qui bluffent et veulent vous faire acheter un mulet pour un anglo-arabe. C'est un marché libre, et il ne peut être question de retourner l'acquisition si on n'en est pas satisfait - pour des raisons évidentes : cette pratique n'a cours que certains pays musulmans. Elle n'y est malheureusement pas réciproque.


La parité de la femme en Thaïlande


Il se trouve que la parité de la femme est encore intéressante en Thaïlande pour les hommes. Ce qui veut dire que l'inverse est vrai : la parité du farang est encore intéressante pour les femmes. Mais je ne parlerai pas du point de vue des femmes, d'autres pourront mieux le faire que moi.

Malgré cette situation favorable, il vaut mieux mettre de côté coups de foudres et autres explosions sentimentales qui risquent de vous faire épouser n'importe qui, de même qu'on peut acheter une voiture hors de ses moyens ou s'amouracher d'une charmante fermette qui vous enchaîne à un crédit de vingt ans.

Pour répondre à la question, plus l'écart d'âge est grand, plus le risque de tomber sur une femme intéressée est grand : il existe un rapport inversement proportionnel entre le désintéressement moyen de la femme et la différence d'âge entre l'homme et la femme. Cette courbe est une... droite, approximativement régie par un polynôme du premier degré quand on reste dans des limites d'âge raisonnables.

Mais aux extrêmes, on peut observer des mouvements paraboliques. Dans le cas d'un très vieil homme et d'une gamine de vingt ans, ou d'une matrone et d'un jeune gigolo, on verra un emballement de l'avidité (je pense personnellement que le concept de couguar a ses limites). Mais jusqu'à 60 ans, on reste dans du ax + b = 0. Ensuite, la courbe dérive progressivement. A chacun de mesurer les risques !

Évolution de l'avidité (en y) d'un membre du couple en fonction de la différence d'âge (en x) : elle obéirait en fait à une courbe un peu dans ce genre.


On pourrait aussi apporter quelques perfectionnements à cette courbe en essayant d'inclure la caractéristique suivante : pour une même différence d'âge - par exemple 25 ans - on observera une accentuation de la pente si l'on descend vers la majorité légale de l'un ou l'autre partenaire. Ainsi, un couple 18 - 43 ans a plus de chance de dysfonctionner du fait d'une très grande avidité du membre de 18 ans, qu'un couple de 38 - 63 ans, alors que l'écart est le même.

Un espace à quatre dimensions


Mais la question est plus complexe. Il faut imaginer un espace à quatre dimensions dont le premier axe est la différence d'âge, le second, la différence physique (critère de la Belle et la Bête), le troisième la différence pécuniaires (critère du bourgeois et de la fille du pauvre fermier) et le quatrième le niveau d'études de la femme.

Chacune de ses dimensions porte une variable qui obéit aussi à une fonction du premier ou second degré (de type parabolique ou plus complexe). Ainsi, il y a tout à parier qu'une jolie fille accepte les approches d'un homme du même âge mais laid comme un pou pour des raisons éloignées de la pure affection.

A propos, il n'y a pas que la beauté, il y a aussi les stigmates de l'âge : il faut donc savoir se regarder dans la glace, voir que ce ventre qui rebondit au dessus de la ceinture bien serrée du blue-jeans comme une grossesse de cinq mois n'a rien de charmant (mais est plutôt ridicule), que ce crane qui se dégarnit comme celui d'un vieil oiseau ne porte pas un message de sagesse, mais de laideur ringarde, que la peau fripée n'a rien d'attendrissant et que les femmes préfèrent les abdos saillants, la peau et le muscle fermes. Malheureusement, beaucoup d'hommes semblent oublier ces faits élémentaires et continuent de se voir comme lorsqu'ils avaient vingt ans. Une vision réaliste de ce qu'on a à mettre sur le marché est indispensable. Sinon, on restera indéfiniment sur l'étal.

En ce qui concerne, le critère financier, à niveau social égal, le farang bénéficie d'emblée de la parité favorable des monnaies occidentales. Pour le reste, pas plus que la fille de François Fillon n'épousera un petit entrepreneur, une thaïe d'un milieu très aisé ne s'intéressera pas à un farang à moins qu'il ne fasse montre d'une large surface financière, soit à peu près du même âge et d'un physique flatteur. Finalement, ce n'est pas un hasard si ce sont les filles de fermiers de l'Isaan qui épousent des farangs : l'écart entre les niveaux sociaux joue cette fois en faveur du farang. A noter que les femmes thaïes ne font pas forcément de différence entre : revenus modestes mais fixes - revenus moyens - revenus confortables. Leur critère est plus fondé sur la générosité immédiate que sur la réelle richesse du farang.

Charmantes cousettes de Bangkok : comme dans Balzac en 1820...

Le niveau social et le niveau d'études sont des variables fortement liées en Thaïlande, même si elles ont un petit degré d'indépendance. Il peut être utile de faire faire quelques opérations arithmétiques à sa future avant de s'engager (divisions…) surtout si on envisage de lui offrir un commerce. Attention, je n'ai pas parlé de règles de trois ! Chacun verra quel degré d'exigence il peut avoir. Là encore, la courbe n'est pas simple : la courbe décrivant la variable différence de niveau d'étude n'a pas une pente très forte, sauf quand on arrive à des niveaux d'études très supérieures pour la femme thaïe.

Une dernière notation relative à la différence d'âge : le monde occidental déteint petit à petit sur l'Asie, et la tolérance à l'écart est de moins en moins grande chez les femmes thaïes au fil des années. Mais en cherchant bien, si on n'exige pas une différence extravagante, on trouve - à condition d'être moins exigeant sur les autres variables. Il n'y a jamais de miracle...

Dans tous les cas, il faut se donner de la peine, et prendre son temps. La probabilité de tomber sur une personne qui vous correspond est d'autant plus grande qu'on a sorti de l'urne beaucoup de boules noires...


Au total, on voit que les rapports femmes thaïes / hommes farang obéissent à des lois complexes.


J'observe avec tristesse une simplification abusive de la part des farangs qui décrivent les femmes thaïes comme intéressées et avides - ce qui est en partie dû à un biais de recrutement : ils ont été principalement en contact qu'avec des femmes thaïes sélectionnées par leur "intérêt" pour les farangs, et bon nombre sont vénales. Entrent aussi en compte dans ce jugement les particularités mentales des farangs en question... sur lesquelles je ne m'attarderai pas : certes ce blog est gratuit, mais le prix de ma consultation n'est pas donné.

La plupart des femmes - qui méritent toute notre admiration ! - se dotent assez vite (souvent avec l'aide de leur mère) d'un compteur qui leur permet de naviguer dans ces abaques avec aisance. Souvent mieux que les hommes dans l'état actuel de nos cultures - car du fait de l'inégalité hommes femmes, c'est souvent pour elle une question de survie. En cela, elle ne diffèrent pas énormément des femmes du monde occidental. Aux hommes de faire une péréquation et de savoir exactement quels critères sont importants sur ces quatre axes.

Bonne négo à tous !


Joli visage et des avantages en nature... A toi de voir. Moi, je ne m'y risquerais pas.


lundi 22 mai 2017

Café, maroille et huile de moteur (la France vue par un farang II)




Un morceau de baguette fraîche tartiné de maroilles et trempé dans le café au lait du matin. Mais oui, autrefois, un ami m'a initié aux plaisirs du nord !

Un bon jogging sur la plage à marée basse. La mer au loin et les îles. Puis la terre remonte, c'est un champ dont les herbes mouillent sournoisement mes Asics. Dans les écouteurs, Aurélien Barreau fait une conférence sur l'entropie des trous noirs. Je ne sais plus quoi faire - je décroche de l'horizon du trou noir, happé par celui du ciel - ils sont tout aussi profonds. Mais quand je reviens aux trous noirs, je n'y comprends plus rien !

Plus tard, je téléphone à un gus dans un magasin qui vend des chambres à air aux professionnels. Je veux acheter une de ces grosses bouées noires avec lesquelles on peut jouer dans les vagues. Pour ma fille bien sûr… Le type est sympa. Il me demande le nom complet qui figure sur la carte de crédit. Et quand il le sait, il m'appelle par mon prénom. Pas une fois, par accident, mais plusieurs fois. Cool.

Ça me rappelle une histoire quand je vivais à Paris. Je circulais exclusivement à moto, et un jour, j'ai dû plonger mes mains dans le cambouis. Je ne suis pas doué, mais j'aime bien bricoler. Et ça fait très longtemps que je me suis acheté un bleu de garagiste. Tout remonté, impeccable, la bécane tourne nickel. J'ai juste le temps d'aller chez le coupe-tif de ma rue - la rue Etienne Marcel dans le deuxième - avant d'aller dîner chez une amie. Le coiffeur avise mon bleu et me tutoie. Je regarde le prince Albert dans Voici en attendant, avant qu'il ne me fasse signe de m'asseoir sur le grand fauteuil qui tourne. Qui, "il" ? Mais le prince Albert en personne, bien sûr ! Il est gentil, mais un peu condescendant. Il parle à d'autres et ne me prête pas attention - comme s'il daignait me couper les cheveux. Pourtant, je suis très content d'être là : atmosphère d'un salon de coiffure parisien à cinq heures du soir, un samedi, totale excitation. Les plaisanteries fusent. Et puis comme il veut être poli, le figaro finit par me demander dans quel garage je travaille.
- Je travaille à l'hôpital
- Ah oui, tu entretiens le parc de l'hosto…
- Euh non, je suis médecin...
Le coiffeur se recroqueville littéralement. Comment faire pour qu'il se sente mieux ? Mais c'est trop tard… Il m'expédie… et maintenant, il me vouvoie!

Avant-hier, nous sommes allés dans un restaurant thaï. Je voudrais que Fon se lie un peu. La fille a une drôle de touche, avec sa casquette à l'envers, ses cheveux courts et son "long nez" de farang. Elle m'explique que son père est français et sa mère thaïe. Et qu'elle a passé son enfance en Thaïlande. Elle regarde Nam, qui a la peau mate :
- C'est bien pour la France, elle est bronzée. Alors que c'est le contraire en Thaïlande, ils aiment bien les peaux blanches.

Tant mieux pour Nam, si c'est vrai. En quittant le restaurant, Fon me dit que notre hôtesse est tom, elle est lesbienne. Une lesbienne moitié thaïe dans un village français, cela ne doit pas être simple tous les jours. Mais elle a l'air relax, et semble connaître beaucoup de gens du coin.

Le problèmes administratifs finissent par se régler. Parfois, il faut laisser tomber… J'étais libre cet après-midi, j'ai gréé une voile à sec et vérifié mes pieds de mats. Demain, promis, je sors en planche.

La vie n'est pas désagréable en France. Pendant ce temps, en Angleterre, un fou tue des enfants.



vendredi 12 mai 2017

Suspension temporaire de l'activité, la maison est en travaux


La Baule : ici, la mousson dure toute l'année (mais on dit que la pluie ne tombe que sur les cons)


Après un an en continu en Thaïlande, sans même une petite sortie en Indonésie - bébé oblige - me voilà en France pour un bon mois. Je dois dire que ce fut une arrivée en catastrophe. A peine étais-je sorti de l'avion, j'ai été pris d'un grand malaise. Il a fallu me transporter d'urgence en réa où j'ai eu droit à une double perfusion, l'une de munster, l'autre de bordeaux 2009. Carences aigües a-t-on très vite diagnostiqué… Ouf, j'ai échappé de peu au lavement au pommes de terres sautées. Souverain paraît-il pour effacer le goût du riz…

Grâce à un régime à base de haricots blancs aux lardons, j'ai bon espoir de récupérer rapidement et reprendre le fil de ce blog. Sauf qu'en France, je n'ai plus rien à dire de la Thaïlande, qui est pas mal l'objet de mes divagations...

Peut-être l'occasion de réflexions qu'on pourrait intituler : les tribulation d'un expat en France.

En arrivant, j'ai trouvé une lettre de la préfecture dans la pile de lettres qui m'attendait. On m'y annonçait que j'avais regagné tous les points de mon permis. Par abandon ! J'avais quitté le ring, sinon j'aurais perdu... aux points ! C'est drôle comme des choses qu'on croyait importantes peuvent devenir indifférentes. J'étais exaspéré par les limitations de vitesse sur les routes, avec les ridicules successions de panneaux 90 - 70 - rappel - 50 - 30 - 50 - 70 - rappel… - 90 - 70 sur deux kilomètres, et la crainte de perdre des points. Après un an de Thaïlande, où je dépasse rarement le 100, je n'ai plus de peine à respecter les limitations, je roule même en dessous. J'essaye plutôt de me concentrer pour ne pas rouler à gauche et mettre en route l'essuie-glace au lieu du clignotant…

Mais comme il fait bon dans ce pays ! Pas besoin d'interroger le thermomètre pour savoir si on va pouvoir faire son jogging sans éclater comme une cocotte minute. Le bocage breton, ses calvaires, ses vieilles maisons et ses mille nuances de vert m'enchantent.

Au supermarché, une vendeuse me fait le coup du "BONJOUR !" agressif quand je lui demande (poliment) un renseignement. Si elle veut me donner une leçon de bonne éducation, c'est une cause perdue : je me sens lointain, amorti, je suis encore dans la rizière.

Je retrouve un ami d'enfance. De son côté, le temps est aussi passé. Il me dit qu'il souffre maintenant d'un mauvais cancer. Mais rien ne se lit sur son visage à peine amaigri par la chimiothérapie. Il est trop bien élevé pour manifester des sentiments qui pourraient gêner l'entourage. Il me confie qu'il lui indiffère de mourir : il ne comprend plus rien à notre pays, et son évolution lui semble parfaitement mystérieuse. Je me sens moins seul. Nous nous quittons en nous promettant de faire très bientôt une grande marche au bord de la mer.

La maison n'a pas été ouverte depuis un an. La pompe de la chaudière est grippée, et il n'y a plus d'eau chaude : gênant, pour le bébé. En attendant que l'homme de l'art réponde au téléphone, j'entends la ritournelle qui vante les mérites de la société : on vous dépanne en moins de quarante-huit heures, y compris le samedi et le dimanche. Aujourd'hui, c'est lundi. Mais on me propose un rendez-vous la semaine prochaine. Le temps des pubs n'est pas le même que le temps de dépannage : c'est moderne, ici on applique les lois de la relativité einsteinienne.

Même chose avec Prixtel, le revendeur de lignes téléphoniques : la carte SIM est arrivée avec beaucoup de retard, contrairement aux promesses. Et rien ne marche - en fait nous ne sommes pas en territoire éligible. Heureusement, Prixtel n'a rien prévu pour qu'on puisse entrer en contact et ne tient aucun compte de ma rétractation demandée dans les deux semaines légales. Oui, heureusement, car c'est sans doute pour eux la meilleure manière d'éviter des conflits… En Thaïlande, on peut toujours appeler quelqu'un. Il existe forcément une relation humaine entre toi et la société dont tu es client. En France, cette relation a disparu. Le nombre de plates-formes téléphoniques sur lesquelles je suis monté depuis mon arrivée - j'en ai les jambes cassées !

Oui, la France me paraît incompréhensible, comme à mon ami. Pour bien d'autres raisons, certes, mais au moins aussi incompréhensible que la Thaïlande. Reste le fromage. Faut que je fasse attention d'ailleurs. Je me demande ce qu'on risque si on fait une overdose au comté vingt-quatre mois...


L'île au fond est appelée "le camembert". Oui je sais, je fais une petite obsession en ce moment...

vendredi 28 avril 2017

Marine et les putes




Un ami m'a envoyé les résultats du premier tour du scrutin - communication de l'ambassadeur de France lui-même.

Ils sont bien différent des résultats nationaux. Comme il n'existe pas d'étude sociologique des expatriés en Thaïlande, j'ai décidé de faire du reverse engineering et d'essayer de dresser un portrait sommaire de ces expatriés à partir de leur vote. Je remercie par avance ceux qui apporteraient des correctif - techniquement argumentés - à cette modeste ébauche.

Je ne dispose pas du nombre d'abstentionnistes par bureau de vote, juste de l'abstention globale, qui est de 56%. Ce qui limite aux votants ces observations et introduit une grosse incertitude.

Quand on vit à Bangkok, c'est un effort de traverser la ville… mais rien à voir avec l'habitant d'un petit bled aux confins de l'Isan, situé à 150 km du bureau de vote de Khon Kaen. On pourrait penser que l'abstention est proportionnelle à la difficulté d'aller voter. Et qu'en fait, seul le facteur distance différencierait les votants des 33% d'abstentionnistes supplémentaires par rapport à la métropole (78 - 45 = 33). C'est une hypothèse sur laquelle on ne peut tabler, le risque de biais est bien trop grand. Ces 33% - un tiers des électeurs potentiels - constituent donc une boîte noire bien mystérieuse. Le candidat qui pourrait mettre la main dessus toucherait le jackpot !

Au final, avec les suffrages exprimés, on se retrouve avec deux candidats à 30%, François Fillon et Emmanuel Macron. Suivent Marine Le Pen à 20% puis Jean-Luc Mélanchon à 10%. On arrive à 90%. Les 10% restant, c'est la poussière des petits candidats, y compris le malheureux Benoît Hamon, qui a apparemment morflé pour le Parti Socialiste, outre qu'il n'a pas été assez démagogue, loin s'en faut (ce qu'on appelle une "mauvaise campagne" dans les médias).

Le premier constat, c'est que les expats qui votent ne sont pas extrémistes. Certes, Marine Le Pen se maintient quasiment à son score national, mais Jean-Luc Mélanchon prend un rude coup. Peut-être n'aime-t-on pas les staliniens ici. Pourquoi ? L'expat ne serait-il pas plus individualiste que la moyenne - et donc par principe éloigné des idéologies communistes ? Je le croirais volontiers. Autre abord du problème : Jean-Luc Mélanchon a fait une belle campagne, avec un succès tout particulier auprès des jeunes. Or la structure des âges des expatriés ne lui est pas favorable.

Continuons notre analyse. Il ne faut pas oublier que Bangkok représente plus de 60% des votants. Les expatriés - et surtout les expatriés qui peuvent et veulent voter s'y concentrent. En voyant la différence de votes entre Bangkok et les autres villes, il me semble qu'on a affaire à des sociologies très différentes. Je pressens l'expat de Bangkok comme plus jeune, mieux formé que celui des autres villes : c'est sans doute un expat entreprenant, actif et non un retraité, et il est là pour le boulot. Il a une vision moins "révolutionnaire" ou extrême de la politique, puisqu'il vote à 70% pour les deux candidats les plus proches du centre (moyenne nationale 44%).

Ce poids numérique de Bangkok efface le vote très Le Peniste des autres villes: Chiang Mai à 26%, Pattaya à 35%, Phuket à 36% et Khon Kaen à 38%.

Ce que je retiens en fin de compte, c'est l'hypothèse d'une fracture importante entre deux groupes d'expats, d'un côté les actifs de Bangkok, cadres qui votent plus pour Emmanuel Macron ou François Fillon, d'un autre, un groupe éparpillé dans le reste de la Thaïlande, plus âgé, retraité, avec des revenus moins élevés, individualiste et donc assez peu communiste, où se retrouve plus volontiers la revendication populiste représentée par Marine Le Pen. Ces deux groupes étant un peu trop âgés pour abonder le vote mélanchoniste.

Un ami facétieux m'a demandé d'étudier le rapport entre le nombre de putes dans la ville du votant et le vote Le Péniste. Je l'ai déçu en lui disant que je n'avais pas réussi à mettre en relation ces deux variables. Il existe pourtant une corrélation entre le vote Marine Le Pen et le nombre de putes dans la ville du votant quand on examine les chiffres bruts. Mais cette corrélation passe par des variables intermédiaires : ce n'est pas un lien de cause à effet. En conséquence, un statisticien digne de ce nom ne dira jamais que ceux qui votent Marine Le Pen sont des fils de putes... mais ne peut exclure qu'ils en soient les clients !


Un mot sur la méthode :

Pour obtenir des significations statistiques, il était nécessaire de poser des hypothèses et de faire des regroupements.

Il y avait six bureaux de vote, dont deux à Bangkok. J'ai pris sur moi de les regrouper en un seul, en émettant l'hypothèse que les votants de Bangkok avaient a priori des caractéristiques proches (ce n'était pas comme si j'avais fusionné les résultats du neuf cube avec Neuilly-Auteuil-Passy).

J'ai aussi observé que les "petits" candidats avaient une représentation tellement faible qu'ils risquaient de faire basculer dans l'incertitude statistique l'ensemble des résultats. J'ai donc pris sur moi de les fusionner.

Juste avant de faire disparaître François Asselineau dans le pool des petits, j'ai eu le temps de voir qu'il réalisait un score étonnant, quasiment à égalité avec Benoît Hamon. Il faut dire que Benoît Hamon recueille 3%, ce qui n'est pas beaucoup. Mais François Asselineau fait trois fois plus en Thaïlande qu'en métropole. Pourquoi un candidat décrit par Wikipedia comme potentiellement "souverainiste, antiaméricain et conspirationniste" a-t-il autant de succès ici, c'est une intéressante question sur l'état d'esprit qu'on peut parfois trouver ici. 

lundi 24 avril 2017

Les charmes de l'administration française…



Il y a quelques mois, j'ai indiqué au consulat que je déménageais, et j'ai demandé s'il était possible de m'attribuer un bureau de vote conforme à ma nouvelle adresse.

Réponse positive, par mail - noir sur blanc.

Mais bon, de là à les croire, non. Je ne suis pas bête à ce point. Certes, j'ai une bonne opinion de l'ambassade de France à Bangkok. Je les trouve plus civils, plus réactifs, plus efficaces que leurs équivalents métropolitains. Après tout, ils sont des nôtres, ce sont aussi des expats !

Mais le corps des fonctionnaires a des règles très particulières. Le roman de Balzac qui les décrit - les employés - est toujours sinistrement d'actualité. C'est un corps qui interdit les critiques - la fameuse obligation de réserve, et qui poursuit si sévèrement les fautifs. Autant dans l'armée où doit prévaloir l'obéissance absolue, le droit de réserve a du sens, autant dans l'administration, je peine à en comprendre l'utilité pour la collectivité.

De plus, l'administration bénéficie de tribunaux spéciaux, les tribunaux administratifs, dont les juges ne sont pas recrutés parmi les élèves du concours de la magistrature mais dans son propre corps : ce ne sont pas exactement des professionnels de la justice. Les statistiques sur les décisions que rendent ces tribunaux montrent qu'en règle générale, c'est l'administration qui gagne (même si une légère amélioration de la situation de l'administré se dessine). Autant dire qu'elle cultive largement la culture de l'impunité et donc, tout naturellement, de l'irresponsabilité.

Il y a pourtant d'excellents fonctionnaires.  J'en compte parmi mes amis proches. Mais que de maladresses, d'erreurs et d'incohérences dans la gestion quotidienne !

Quand j'ai rempli pour la première fois le document qui permet d'obtenir une carte consulaire,  on m'a demandé une adresse. J'ai répondu que je n'en avais pas, j'étais itinérant à l'époque, je découvrais le pays. Mais j'ai proposé un email et un numéro de téléphone. En vain. La carte m'a été refusée. Sans discussion possible.

Il se trouve qu'une publication semi-officielle se plaignait récemment du nombre de français qui ne se font pas recenser par le consulat. Cette question a été soulevée devant moi par un administratif , et je lui ai fait part de mon étonnement :
- Est-ce qu'il n'y a pas contradiction ? D'un côté, vous vous plaignez de ne pas avoir un recensement réaliste des expatriés, de l'autre, vous dressez des obstacles à leur inscription consulaire. Car honnêtement, le fait de ne pas avoir d'adresse fixe quand on voyage n'est pas une aberration, si…?
- Oui, mais vous comprenez, en cas de catastrophe, s'il n'y a plus d'électricité, l'email, le téléphone ne marchent plus…

Je comprends bien qu'il soit nécessaire à l'ambassade de localiser les ressortissants français. Mais… faute de grive, on mange des merles : il eût été préférable de pouvoir me joindre au téléphone ou par mail s'ils fonctionnaient encore - ce qui était le cas il y a trois ans, par exemple, quand il y avait des troubles à Bangkok. Mon interlocuteur a préféré ne pas répondre...

J'ai fini par avoir une adresse. Une vraie. Pas comme certains que j'ai croisés et qui ont donné l'adresse d'un hôtel où ils étaient restés trois jours, avec un certificat d'hébergement acheté au  tôlier quelques centaines de bahts : un faux largement induit par l'administration…

En remplissant le formulaire, j'ai vu qu'on me demandait si je voulais être inscrit sur les listes électorales de l'ambassade. J'ai répondu non. Facile : une case à cocher. Mais j'ai découvert par la suite que j'avais été inscrit d'autorité. Tout en continuant de recevoir des courriers de ma résidence principale en France disant que j'étais bien inscrit au pays.

Mais bon. J'ai accepté de voter ici. Et j'ai clarifié la situation.

Il se trouve que la période des élections coïncidait avec un voyage dont les dates ne dépendaient pas de moi. J'avais encore deux mois devant moi. J'ai jugé plus prudent de donner mandat à un ami de Bangkok qui a les mêmes idées que moi. Oui, mais Bangkok…? Cela ne correspondait à aucune de mes adresses, ni l'ancienne ni la nouvelle.

Je relis le formulaire, et je vois que la personne mandatée doit être inscrite sur la même liste consulaire que moi. Je recherche la définition d'une liste consulaire sur le site de l'ambassade et ailleurs. Rien. Impossible de trouver l'information. Mais bon, comme c'est le consul lui-même qui recevra ma procuration, il saura me dire si la procuration que je donne est valide. Et puis un consul, il n'y en a qu'un seul - un consul, une seule liste consulaire - logique, non ?

Je rencontre le consul qui parcourt le pays pour recevoir les procurations, il valide mon mandat sans broncher.

Puis je reçois un mail me donnant l'adresse où je dois voter à mon ancienne adresse. Persévération administrative, sans doute - il s'agit d'un mail circulaire, et non d'un mail à mon intention expresse, comme celui qui m'avait indiqué que je pourrai voter à ma nouvelle adresse. J'ai le tort de ne pas m'inquiéter.

Le jour du vote, mon ami m'appelle catastrophé. Il ne peut pas voter pour moi. On a refusé de prendre sa procuration. Des mois que je m'occupe de mon inscription… Tout ça pour ça ? Frustration…

J'écris un courrier (mesuré) à l'administration avec copie de leur mail indiquant que je devais voter à l'ancienne adresse, copie de l'autre mail indiquant que je devais voter à la nouvelle adresse, et m'étonnant de ce que le consul ait reçu ma procuration alors que l'adresse de mon ami figurait clairement sur la procuration.

J'ai reçu une réponse. Enfin, peut-on appeler ça une réponse ? Aucune référence aux éléments que j'ai fournis. Aucune excuse :

Votre bureau de vote est à Pattaya.
Le bureau de vote de M. XXX est à Bangkok.
Il ne lui a donc pas été possible de voter pour vous.

Une phrase pour dire que je dois refaire une procuration. Et pas de signature.

Tout le monde peut se tromper. J'avoue que ça m'arrive tous les jours. Et si mon erreur aboutit à léser quelqu'un, je m'excuse. N'est pas ce qu'on t'a appris à faire ? N'est pas un signe de respect de l'autre et de bonne éducation ?

Sur le site Service Public, on lit d'ailleurs : L'usager doit savoir le prénom, le nom, la qualité et l'adresse administrative de l'agent en charge de traiter sa demande. Les courriers adressés à l'usager doivent les mentionner. L'anonymat de l'agent ne peut être invoqué que pour des motifs de sécurité publique ou des personnes.

Je ne serais pas étonné qu'une partie de ceux qui votent pour des candidats promettant de dégraisser le mammouth administratif aient l'idée de diminuer le nombre gens par qui ils se sont fait un jour maltraiter...

L'administration française se grandirait de reconnaître ses erreurs, de se montrer civile, ou simplement de manifester un peu de sollicitude. Elle aurait aussi tout à y gagner.

[Il y a une suite : arrivé en France, j'ai trouvé dans mon courrier une carte de vote. Je suis allé à la mairie où on m'a dit que j'étais inscrit. J'ai expliqué la situation. On m'a dit que je pouvais voter moyennant le remplissage d'un formulaire où j'attestais n'avoir pas fait de procuration. Le dimanche suivant, je votais en France après avoir rempli un formulaire où on ne me demandait aucune attestation. Si j'avais voulu, j'aurais aussi bien pu faire voter quelqu'un à ma place à Pattaya... et plaider l'innocence. J'aurais voté deux fois !]

mercredi 12 avril 2017

Maléfice


Lam Chamuak, j'en ai déjà parlé ici


Je suis retourné à cet endroit que j'aime tant, Lam Chamuak.

Si on n'y prête pas attention, c'est un endroit banal. A part le lac et ses alchimies de couleurs : car c'est là qu'on fabrique les teintes du ciel et de l'eau pour tout le royaume de Thaïlande. Mais parfois les pots se mélangent - tu les connais, les thaïs, ils ne s'attardent pas aux petites choses.

J'y suis attaché par un lien magique. Peut-être maléfique, je ne sais pas encore. En tout cas, de temps en temps, j'entends un appel, et sans résister, je prends les petites routes qui m'y emmènent.

Comme la vie est étrange ici ! Semblable à la vie dans la Creuse dans les années cinquante. Il y a bien l'électricité qu'amènent de gros câbles noirs - électricité goudronneuse, qui ne doit pas bien passer dans ces tuyaux ! Et quelques antennes satellites. Mais pour la plupart, les gens ici ne se sont jamais éloignés de plus de quinze kilomètres de leur maison.

La ramasseuse de coquillages


Quel est leur horizon mental ? Arrête-toi. Prend le temps et essaye d'imaginer. Ou de compter ce qu'il y dans leur vie ? Dix doigts suffisent…

Il y a l'eau du lac avec la pêche et les poissons. Les champs qu'il faut gratter pour se nourrir. La maison en bois surélevée sous laquelle on a monté d'ignobles murs de parpaings bruts pour agrandir. Il y a les voisins et le chef du village. Il y a l'homme qui vient de Phimai à moto pour faire payer l'électricité et qui est un cousin. Il y a les bêtes : le zébu unique de la famille gardé par les uns les autres avec le troupeau du village, les poules, les canards, le chien de la maison. L'école pour les enfants et tout près, le wat, le temple où va parfois la femme, tôt le matin. Et la petite moto à vitesses, seul objet moderne avec le téléphone des jeunes sur lequel ils regardent inlassablement les selfies des amis qui font le V de la victoire et quelques images de devantures de magasins ou d'accidents de la route avec des cadavres sanglants, mutilés, photos glanées sur facebook.

Et puis sans doute l'amour. Mais l'amour thaï, je n'y comprends rien.

Le monde leur apparaît comme un brouhaha assourdi : existe-t-il vraiment ? Forcément puisqu'il y a des images sur l'écran de la télévision… Et même parfois des étrangers qui viennent de si loin qu'on ne sait pas, des farangs à qui ils sourient et qu'ils regardent à la dérobée en se répétant l'impérissable : comment peut-on être persan ?

Je tourne autour du lac sur des routes que la dame du GPS appelle highways en leur attribuant des numéros à rallonge : ce sont des chemins avec des nids de poules.

Fragment d'une route...


Halte. On ne passe pas ! La grande (!) route qui traverse le village est coupée en plein milieu. Des tables, des bancs, pour l'instant vides. Un banquet se prépare. Il faut faire demi-tour.

Car demain, c'est songkran, le nouvel an et la fête de l'eau : personne ne travaille, les enfants ne vont pas à l'école. Au bord du lac, quelques pêcheurs, de rares promeneurs, et même des baigneurs avec leurs bouées : ils ne savent pas vraiment nager, bien qu'ils vivent à l'année au bord de l'eau. Passent des filles à trois sur leur 115 Honda, le visage charmant croisé d'un grand sourire : elles rejoignent des garçons près des arbres.

C'est l'heure du bain. L'eau est orange, trop chaude pour la natation sportive, sans doute proche de trente degrés. A quatre cent mètres du bord, je plonge et là surprise, la température descend si vite, l'eau est fraîche à quatre mètres - fraîche et sinistre.

Mais le fond est inaccessible. Il faut aller plus bas. Et l'eau orange devient brune, puis noire. Plus profond encore. Je suis entouré d'un noir de glace. Je ne vois plus mon corps, même ma main que j'approche du visage. Je suis plongé dans l'encre.

Et à six mètres, le contact du fond, douce vase qui caresse les genoux. Pourtant, il faudra remonter. Un jour, Lam Chamuak, un jour... Je sais, je t'appartiens. Je sais bien qu'il faudra un jour rentrer au port.






jeudi 6 avril 2017

Les plaisirs de la punition...


 Un air d'insecte ?



Désolé, ce n'est pas un post sur les pratiques sadomasochistes en Thaïlande !

Il y a quelques jours, je reçois une prune (comment dit-on ici, j'ai reçu une mangue, une goyave ?)

Le document donne la preuve flagrante de mon inconduite - passage à l'orange à un feu - avec une photo globale, une photo détaillée et la photo de ma plaque d'immatriculation. Huit cent bahts d'amende. Soit environ 21 euros. Je m'en tire à bon compte.

Sans arrière pensée, je charge Fon d'aller payer au commissariat et je l'attends dans la voiture. Elle revient dix minutes plus tard et me dit qu'elle a payé cinq cent baht.

- Comment ça, cinq cent baht ? De la main à la main ? Il n'y a pas de récépissé ?
- Si, si, official.
- Alors je peux voir l'attestation ?
- Non, ils n'avaient pas de facture sous la main. Mais ils m'ont dit qu'ils allaient faire le nécessaire.

Quand on connait les problèmes qu'engendrent les retards à payer en France, il y aurait de quoi être inquiet. Mais Fon semble parfaitement sereine. Elle me dit qu'on pourra retourner un autre jour pour récupérer la facture si on veut. Il est possible qu'elle ait raison. Il y a parfois une absence de formalisme… qui contraste avec l'hyper-formalisme auquel on se heurte parfois.

Je lui demande comment elle a obtenu une réduction de l'amende.
- J'ai dit que je souhaitais avoir un discount et j'ai demandé si c'était possible.
- Pas donné de raison ?
- Non. Enfin, j'ai juste fait observer que je venais personnellement payer. Si j'avais envoyé l'argent par la poste, ce n'était pas possible.
- Et ils ont accordé le discount sans barguigner ?
- Oui, l'homme a aussitôt répondu que c'était "OK". J'ai demandé combien. Il a répondu cinq cent, sans hésiter.
- Tout le monde obtient le discount ?
- Non, ceux qui demandent… à la discrétion de la police. En fait, je n'en sais rien.

Difficile d'avoir une certitude absolue quant à la manière dont l'infraction sera traitée. S'agit-il d'un pouvoir d'appréciation du fonctionnaire de police ? Et difficile d'être sûr à cent pour cent que la perception de l'amende ne sera pas exigée malgré tout. Mais je ne suis pas inquiet. Si par le plus extraordinaire des hasards, il y avait eu malversation, ce ne serait pas du tout l'intérêt du prévaricateur de casser le système.

Quatorze euros, c'est un cadeau. Dans un sens, profondément injuste. Mais je ne vais pas me plaindre de la parité de l'euro, qui reste très favorable aux occidentaux, malgré sa récente baisse. Je peux dire que dans un sens, ça compense les tarifs discriminants entre étrangers (même résidents) et locaux dans les musées, zoos et autres organismes publics. Ce que dans ma parano au quotidien, j'ai tendance à interpréter comme un déplaisant signe de xénophobie.

Mais non, au contraire, je suis plutôt joyeux. Quatorze euros ! A ce tarif, j'en demande tous les jours… Enfin peut-être pas quand même !


 Les tuk-tuk : mignons... mais ils se croient tout permis à Bangkok !

lundi 27 mars 2017

Sécurité en Thaïlande : la grande illusion ?


 Association de malfaiteurs dans l'Isan

Tout à l'heure, je suis allé nager à l'étang de Nonsung. Il y avait une bande d'ados en train de jouer en haut du petit escalier qui permet de se mettre à  l'eau. J'ai laissé mes Crocs sur les marches en me disant : pourvu que je les retrouve en revenant ! Et aussitôt après : mais non, rien à craindre, on est en Thaïlande.

Ici, j'ai un sentiment de sécurité - que ne partage pas Fon. Elle vérifie que les fenêtres de la maison sont bien fermées quand nous partons en voiture. Elle a peut-être raison… A moins qu'elle ne se fie aux nouvelles qu'on passe sur les chaînes populaires, où le fait divers… justement - le fait divers fait diversion. Il occupe l'esprit des gens à d'autres problèmes que ceux auxquels ils sont réellement confrontés : précarité, insuffisance de la protection sociale, etc. Monter en épingle les exactions d'une minorité délinquante permet de détourner les regards des problèmes de fond. Il peut en résulter pour les thaïs une impression négative et inexacte de leur exposition réelle au banditisme.

Il y a sans doute des différences importantes selon les secteurs géographiques - on devine une cartographie en rouge des concentrations urbaines et touristiques, tandis que l'essentiel du territoire et ses 65% d'agriculteurs vivent dans la pax bovina.

J'ai déjà évoqué sur ce blog différents types de violence qui sont banalisés par la culture thaïe. La boxe thaïe en est le premier exemple. La violence faite aux femmes apparaît aussi dans les soaps que tout le monde regarde le soir. Je n'aime pas le terme de violence routière : il est inexact car il n'y a pas de volonté d'agression. Reste l'invraisemblable quantité de corps de motocyclistes gisant sur le bitume… Quant aux armes qu'on trouve en vente libre sur les night markets, elles montrent un certain état d'esprit.

Un regard statistique...

Les statistiques qu'on trouve sur le net, aussi difficiles à vérifier et interpréter soient-elles, donnent une impression négative du pays. Ainsi, selon Refworld citant un article paru le 6 juillet 2009 dans The Nation, et reprenant des données réunies par l'Association des chroniqueurs et des photographes judiciaires de Thaïlande, les statistiques des services de police montreraient un nombre de délits et crimes impressionnant avec une augmentation sensible - plus de 8% entre 2007 et 2008. Selon Numbeo, le crime index thaï fait passer le pays devant l'Algérie, le Maroc, les États-Unis, le Kazakhstan, la Russie… Selon l'UNODC, le taux d'homicides place la Thaïlande devant les États-Unis, l'Iran, l'Algérie… La France est toujours loin derrière.

Il faut évidemment prendre ces données avec des pincettes. Outre qu'on peut suspecter la qualité des sources (pays truquant ses données pour des raisons touristiques par exemple), il faut tenir compte du mode de criminalité : un taux élevé d'homicides perpétrés au sein d'une mafia très violente peut donner une fausse impression de dangerosité alors que la population est épargnée.

Reste que la Thaïlande n'est pas le paradis sécurisé qu'on imagine en regardant les cartes postales. Il y a un banditisme important. La violence est profondément intégrée dans la culture. Et l'aggravation de la situation est difficilement contestable. Pourtant, ce pays ne donne pas l'impression d'être un coupe-gorge. Pourquoi ?

Malveillance ?

Il y a un élément qui donne une impression trompeuse de sécurité : apparemment, il n'y a pas beaucoup d'actes de malveillance gratuits en Thaïlande : pas beaucoup de graffitis, de dégradations des espaces publics ou de vandalisme. D'après ce que je comprends, les thaïs considèrent de tels actes comme ceux d'esprits dérangés - et non d'anars romantiques ou de révoltés nihilistes.

Il n'y a pas non plus de légitimation institutionnelle de la délinquance genre "normal qu'ils cassent, vous avez vu les conditions dans lesquelles ils vivent !"

La délinquance aurait donc pour seuls buts le profit illicite ou le fait de sauver la face. Il en résulte l'impression subjective de quelque chose de compréhensible, de logique. Et donc de beaucoup moins effrayant et dangereux, car on peut l'éviter en prenant ses précautions.

La psychologie joue pour beaucoup dans l'impression de sécurité qu'on ressent... La malveillance, les actes gratuits de nuisance font vivre les gens dans un climat de psychose. Dans Orange mécanique, c'est la malignité d'Alex et de ses complice qui dérange, bien plus que leurs exactions. Mais en Thaïlande, on ne ressent pas d'hostilité de l'ambiance ou d'agressivité gratuite parce qu'il n'y a pas de malveillance visible. On peut avoir à tort l'impression d'être chez les bisounours.

Bref, j'ai retrouvé mes Crocs en sortant de l'étang. Quand même... ce soir, je vérifierai minutieusement que toutes les fenêtres sont bien fermées avant de me coucher… on n'est jamais assez prudent... et je dors avec une bombe sur ma table de nuit... Maintenant, qu'ils y viennent ! J'ai pas l'intention de me retrouver saigné à blanc par ces salauds de moustiques !


Thaïlande : le Far-Est ?


lundi 13 mars 2017

La machine à être poli : seuls les thaïs pouvaient l'inventer


 Distributeur automatique de friandises - modèle thaï

Hier, je suis allé au Mall de Korat. Mission commandée : Fon voulait y retrouver des amies, montrer comme Nam avait grandi, et surtout, papoter - que du bonheur pour moi... Mais je fais mon pisse-vinaigre : j'aime bien le Mall, pourvu qu'on n'y traîne pas trop longtemps.

L'air conditionné, les allées propres, un petit air de commerce moderne avec des produits mis au goût asiatique - je n'ai pas la nausée qui me saisit en France devant les marques connues depuis mon enfance et leur retape. L'immonde réclame qui mobilise les désirs banals et les rêves médiocres de l'homo occidentalis à travers les images trop léchées des photographes de pub : je suis cet homme jeune, beau et désinvolte avec cette élégance faussement négligée ; je suis cette jolie femme un peu blasée à l'élégance subtile, qui s'amuse avec condescendance ; je suis ce couple aisé qui se promène tard dans les rues pour prendre un coup de flash, car je suis vaguement célèbre…

Tu sais trop bien ce que connote ce mot "réclame". Réclamer : d'abord clamer, donc faire beaucoup de bruit - bien trop. Ensuite réclamer - une exigence, un dû dont on n'a été privé par une injustice. Ou pire, une réclamation sportive : se plaindre du non-respect des règles par son adversaire. Car on n'est pas capable d'accepter une défaite, même imméritée : pas assez fair play… Quel vilain mot !

Ici, je ne suis pas une cible marketing et je ne comprends pas ce qu'ils veulent - je ne comprends rien. C'est si bon de ne pas comprendre, des fois. C'est pour cette raison que je vis ici.

Au second étage, il y a un genre de marché improvisé qui durera une semaine. On y vend entre autres du poisson qui sent très fort et embaume tous les rayons alentours, étoffes, thé, cosmétiques… merveilleuse Thaïlande !

A l'entrée comme à la sortie du parking, des guérites. Les employés ont pour mission de tendre une carte de stationnement ou de la reprendre, et d'appuyer sur le bouton qui commande la barrière. Il se passe quelque chose d'à la fois drôle et bizarre : l'ouverture du passage à niveau s'accompagne d'un remerciement enregistré avec une voix caverneuse : khop khun khrap...

C'est quand même très curieux, une machine à dire merci, non ? Je comprends bien que ces garçons soient fatigués de répéter la même chose toute la journée. Mais un merci automatisé peut-il remplacer un merci personnel ? Dire merci n'a pas d'utilité directe, comme "excusez-moi" ou "bonjour", qui jouent le rôle d'ouverture du dialogue. Il n'a de sens que parce qu'il est prononcé par un autre être humain actant qu'on lui a rendu un service. Et de manière très ténue, très secondaire, qu'il rendra peut-être la pareille dans des temps ultérieurs.

La question de la politesse commerciale se pose soudain avec une violence inouïe !... On comprend que ce n'est pas l'homme qui est poli, mais le magasin. Qu'attendons-nous des relations humaines, même les plus banales ? Y a-t-il tromperie sur la marchandise, et ce merci vaut-il quelque chose ? N'eût-il pas mieux valu un silence ? Que veut nous faire croire the Mall ? Ce subterfuge serait-il possible en Europe ?

Pendant que je m'agite sur mon siège et que j'élucubre, une idée triste me vient. Les garçons pourraient facilement être remplacés par des machines - qui afficheraient "merci" sur leur écran. Bien moins sympathique que la voix enregistrée de Belphegor. Mais ici, les machines valent plus cher que les hommes. Pour l'instant. Alors on garde les hommes, mais ils seront remplacés un jour prochain…


 The Mall : il y a toujours de bonnes affaires au rayon des soldes

dimanche 26 février 2017

Comment ne pas rapporter de thé à ses amis : le thé en Thaïlande


Résultat de la recherche avec les mots-clés "tea pot" sur un des plus grands sites thaïs de vente en ligne : c'est fort de café !

On s'imagine volontiers l'asiate austère et rasé buvant du thé du matin au soir (ce qui lui donne une grande sagesse). On a même suspecté la consommation de thé brûlant d'être l'explication de la plus grande prévalence des cancers de l'œsophage dans cette région du monde. Fausse piste. Mais les précieux services à thé de nos grand-mères (ignominieusement rapportées de la guerre des boxers avec quelques ivoires) ont assis la réputation du thé : un genre de chinoiserie, avec un rituel un peu étrange pratiqué par des geishas japonaises, qui concerne tout ce qui se trouve à l'Est de l'Oural.

La Thaïlande est un pays producteur de thé. Pourtant, ceux qui espèrent trouver des thés exceptionnels en Thaïlande seront déçus. La Thaïlande cultive le thé et n'en boit pas ! Tout pour les autres ! Je n'ai jamais vu un thaï une tasse de thé à la main, parole d'honneur ! J'ai cru comprendre que la culture du thé dans le nord du pays - dans la partie thaïe du Triangle d'Or - était une culture de substitution produite pour remplacer le pavot - papaver somniferum. Donc une culture récente, sans grande tradition ni support populaire.

Dans les hôtels pour étrangers, même luxueux, on te proposera des sachets jaunes de thé Lipton, poussière de thé sans finesse qui vient d'on ne sait où après un passage dans les usines d'ensachage d'Angleterre ou de Pologne. Merci pour le dépaysement.

Dans les boutiques, tu tomberas sur des thés verts à bon marché, avec beaucoup de branchages - pas terrible - mais une intéressante particularité : ils ne deviennent pas amer même quand ils ont longtemps infusé.

En montant la gamme des prix, tu trouveras beaucoup de thés oolong, de production thaïe. On ne sait pourquoi, ces oolong ont bonne presse ici comme en France - c'est considéré comme le top du top. C'est un thé pâle, délicat, avec un goût bien à lui. Personnellement, je ne lui trouve pas d'intérêt - je suis mauvais juge car ce n'est pas du tout mon "type" de thé.

C'est quoi tout ce vert ? C'est pas du tout du thé et c'est pas du tout en Thaïlande. Mais c'est beau.

Dans les villages où on produit l'oolong et parfois dans les malls des grandes villes, on verra des hôtesses habillées de tenues chinoises traditionnelles ou totalement fantaisistes - incapable de faire la différence - qui proposent des dégustations. Elles jouent avec des petites théières, des petites tasses, elles jettent la première et la deuxième eau du thé et laissent infuser une minute ou deux, pas plus. Elles versent, reversent, renversent à toute vitesse, comme un joueur de bonneteau, avant de poser le produit de leurs manipulations devant toi. Fasciné, tu t'attends à trouver sur la langue toutes les subtilités et les fragrances de la mystérieuse Asie. Résultat fade, décevant - j'ai essayé plusieurs fois.

Heureusement, il y a des importateurs de thé dans le quartier chinois de Bangkok. Je vais chez Mister Qing, comme c'est écrit sur sa carte de visite. J'ai déjà raconté comme il me plonge la tête dans d'immenses bocaux remplis de thé, et comme je ressors de ce magasin les poches immanquablement vides, mais les mains pleines de paquets parfumés (clic ici).

Chez Mr. Qing, la palette des thés est large, avec des thés jusqu'à mille euros le kilo. Le plus surprenant, c'est qu'on n'y trouve ni lapsang ni tarry souchong - des thés fumés largement diffusés en France, en Allemagne et aux États-Unis. Mr. Qing n'en a jamais entendu parler - sauf depuis mon passage.

La marchande indonésienne chez qui j'ai acheté du "thé de montagne"
On ne risque pas non plus d'y trouver ces thés drus, bruts, rustiques que j'ai achetés pour goûter - au prix invraisemblable d'un euro le kilo - dans des villages de montagne au cœur de l'Indonésie. Rudes mais intéressants, ils valent largement le Lipton jaune.

Ni de ces mélanges mystérieux, sucrés à l'avance, qu'on trouve dans toutes les supérettes et qui sont destinés à la préparation du thé glacé thaï - boisson sucrée, rafraichissante, mais sans grand rapport avec les décoctions de camélia qui sont l'objet de ce post.

Je n'utilise pas la méthode chinoise pour faire le thé. Je vais au plus simple. Mes théières sont en métal - il paraît que c'est mal. Elles sont grandes, plus d'un litre et demi - il paraît que c'est mal. J'utilise de l'eau ordinaire - il paraît que c'est mal. J'évite de faire bouillir cette eau, mais je n'ai pas la bouilloire allemande qui s'arrête automatiquement à une température précise réglée d'avance - il paraît que c'est mal. Je laisse infuser mon thé sans chronomètre à la main - il paraît que c'est mal. Enfin je n'abattrais pas ceux qui mélangent le thé à la bergamote, au jasmin ou même à la menthe. Certes, je poignarderais tous les autres (oh que je hais le thé à la fraise !) - mais c'est encore, paraît-il, la marque d'un laxisme coupable.

Bref, j'ai tout faux… Tant mieux si certain trouvent des délices indicibles à la préparation minutieusement ritualisée du thé - je n'ai pas le goût assez fin pour apprécier ces subtiles différences. Mais j'adore le thé de Mr. Qing, thé valeureux qui surmonte par son excellence les vicissitudes auquel je le soumets...

Le plus drôle, c'est quand Dave, mon ami anglais de Ko Kut, grand buveur de café, s'étonne de me voir verser du lait dans mon thé : "Quoi ! Et tu dis que tu es français !" Il s'imagine que verser du lait dans le thé, c'est une perversion réservée aux anglais !

Si tu veux rapporter du thé thaï à des amis, tu en trouveras dans n'importe quelle épicerie : pour le charme de la boîte, avec ses caractères nouilles, la curiosité de ceux à qui tu destines ce cadeau ou... l'épargne de ton porte-monnaie si tu as beaucoup de cadeaux à faire. Mais si ce sont des amateurs, il faudra aller chez Mr. Qing ou un des nombreux importateurs du quartier chinois. Le quartier est agréable...


Paris, une épicerie thaïe : la fille a l'air charmante, mais la recherche du mot "thé" oriente clairement vers l'empire du milieu.