samedi 3 octobre 2015

Sexe par procuration à Phitsanulok


Au fond, derrière les rizières, la montagne de Phetchabun

J'ai connu Christian par internet, en cherchant un compagnon de chasse sous-marine. C'est un ancien fonctionnaire de bon rang, avec une pension qui lui permet de vivre confortablement ici. Christian fait un peu tache dans le milieu des farangs français en retraite : il n'est pas aigri, il ne se plaint pas des thaïs, il en est même curieux, et depuis dix ans qu'il vit parmi eux, il a fini par accumuler une bonne connaissance de leurs mœurs. Il est vrai qu'il s'est donné la peine d'apprendre le thaï. Je note qu'il n'est pas frontiste : une certaine cohérence dans tout cela.

Nous avons sympathisé, et il m'a invité à venir chez lui à Phitsanulok voir son matériel de chasse - qui est très impressionnant. Il a notamment plusieurs fusil en bois, parfaitement équilibrés, et des flèches en titane d'une étonnante légèreté, d'un diamètre tel que la plus grosse carangue ne pourrait pas les tordre. Le mécanisme d'un des fusil, sculpté dans de l'inox médical, luit doucement quand on l'extrait de son logement - comme un bijou.

Le premier soir, Christian et sa jeune et jolie femme thaïe Noï, ont prévu d'aller en centre ville, dans un club de pétanque. Ils me proposent de les accompagner. Je ne suis pas féru de pétanque, mais la curiosité m'incite à accepter. En route, Christian m'explique qu'on joue pour de l'argent - de grosses sommes pour un thaï, cinq cent bahts par personne et par partie, soit cinq pour cent d'un salaire mensuel moyen qu'on peut facilement perdre plusieurs fois dans la soirée.

Il fait nuit noire lorsqu'on arrive. Les joueurs nous saluent et je mesure à quel point Christian a su s'intégrer - et à quel point la famille de Noï est implantée dans la ville. On dégage un banc pour nous et nous nous installons. Il n'y a qu'une seule piste, et tout autour, une vingtaine de passionnés.

Pendant le jeu, pas un mot plus haut que l'autre. Pas de "ah" ni de "oh" lorsqu'un coup particulièrement difficile est réussi. Le niveau des joueurs semble excellent. Aucune boule n'est à l'abri d'un "carreau", coup qui consiste à faire jaillir hors de la piste la boule adverse et à se mettre à sa place par un tir de précision. Ils font mouche à presque tous les coups. Le résultat, c'est que la partie n'est jamais gagnée avant la dernière boule, le suspens reste total jusqu'à la fin. Deux gradés de l'armée brillent par leur adresse. La nouvelle génération fait presque aussi bien que l'ancienne. J'ignorais qu'il y avait une telle passion pour cette activité en Thaïlande.

Christian désigne un jeune homme mince habillé en noir : "Noï va jouer avec lui un peu plus tard, c'est son partenaire habituel. Mais nous ne sommes pas obligés d'attendre. Moi, je ne veux pas jouer - je ne joue jamais à l'argent, et on rentre dès que tu veux, elle se fera ramener."

Au bout d'une bonne heure, je suggère de retourner à la maison, car la nuit s'avance et j'ai sommeil. Nous quittons l'assemblée - et là encore, c'est un assaut de salutations qui contraste avec l'extrême indigence des civilités à la ferme des parents de Fon.

Le supermarché du coin
La journée suivante se passe agréablement. Nous allons nous promener dans la campagne, près d'un lac, et je me baigne dans un petit torrent qui s'assagit en passant sous un pont, devant une auberge où viennent déjeuner les thaïs le week-end, après une petite marche.

Le soir, Noï, nous a préparé des patates douces au curry vert, avec du vrai lait de coco. Je demande plusieurs fois du riz pour ne pas perdre une once de sauce… Un peu plus tard, Noï part regarder son feuilleton favori tandis que Christian me raconte des histoires thaïes. Nous buvons du jus de citron vert - qui exige qu'on le noie de vodka pour que son acidité soit supportable. Après deux verres, le jus finit par nous attendrir.


"Ce que je vais te dire maintenant est aussi confidentiel que surprenant…" commence-t-il. Il me raconte que sa femme a eu un problème gynécologique grave, qui a nécessité des soins longs et des séances rapprochées de curiethérapie. Séjours à l'hôpital, visites régulières au centre de soins ambulatoires. Pendant toute cette période, impossible d'imaginer le moindre rapprochement intime. Christian en est réduit à la portion congrue. Mais Christian adore Noï, et supporte son abstinence sans se plaindre.
 

Au bout de quelques mois, Noï va mieux, bien mieux. Elle est manifestement tirée d'affaire. Mais elle a toujours des douleurs, la zone est sensible - et elle n'a plus de désir. Christian ne se plaint pas. Un jour, Noï lui propose d'aller ensemble se faire masser. Ça tombe bien, il a justement un peu mal à l'épaule. Il accepte volontiers.

Noï connait la patronne d'un établissement. C'est une honorable maison... mais dont l'enseigne est écrite en caractères noirs sur fond blanc et surmontée d'un gyrophare rouge : deux signes qui indiquent qu'on peut s'y faire masser de façon plus intime.

Ce n'est pas la première fois que Christian et Noï vont dans un salon de massage. En Thaïlande, le massage est un soin relaxant banal, une distraction qu'une grande partie de la population s'offre une fois par semaine si elle en a les moyens. Christian et Noï y vont ensemble, toujours pour un simple massage. Ils n'y sont pas allés depuis longtemps. Christian se voit proposer le massage à l'huile, favori des farangs. La séance est agréable. Avant de partir, Noï discute un peu avec la patronne, on se sépare, et ils rentrent à la maison.

Au cours de la semaine suivante, Noï fait des phrases... Pour dire qu'elle est désolée de ne pas pouvoir être disponible pour lui, du fait de sa santé. Elle finit par lui proposer d'aller de nouveau se faire masser. Elle ira avec lui, comme d'habitude... mais elle lui explique qu'elle a demandé des soins spéciaux pour le détendre… Quand il sera dans la zone réservée aux hommes, il devra demander qu'une nommée Pin You s'occupe de lui.

Pin You a à peu près le même âge que Noï. Elle a un physique agréable et masse bien. Ses mains se font insistantes dans des zones qui émoustillent… Christian est sur le ventre. Quand il se retourne, son trouble est nettement visible. A peine la masseuse mesure-t-elle... l'ampleur du problème que ses vêtements tombent d'un coup. Ce qui doit arriver arrive : selon l'expression thaïe, ils font "toc-toc".

Quand le massage est fini, Christian se rhabille. Il lui faut attendre encore une heure, car Noï a demandé - comme d'ordinaire - un massage complet qui dure trois heures.

"Voilà", conclut Christian, "elle ne pouvait pas remplir ses obligations maritales. Elle a trouvé ce moyen pour que je n'en sois pas malheureux. Jusqu'à sa guérison, j'ai eu le droit à des séances... Du sexe conjugal par procuration. Si j'avais été chercher une autre femme dans Phetsanulok, elle aurait perdu la face devant sa famille, ses proches. Mais elle aurait aussi perdu la face si elle m'avait imposé cette longue continence. Alors elle a trouvé cette solution…"

Nous restons méditatifs quelques temps, le temps de boire une nouvelle rasade de citron vert.

- Au fait, Noï a gagné hier soir, à la pétanque ?

- Non, elle est revenue assez mécontente. Elle a perdu cinq cent bahts. Elle n'a pas arrêté de gagner et perdre tour à tour toute la soirée. Elle n'avait pas eu son partenaire habituel, et le type avec qui elle a joué était bon, mais pas au mieux de sa forme - tu sais, le petit jeune en noir que je t'ai montré. Il était stressé de jouer de si grosses sommes.

- Elle est rentrée tard ?

- Assez… Je me suis réveillé pour regarder le match de rugby, il était deux heures du matin largement passées, elle n'était pas encore rentrée, j'ai commencé à m'inquiéter… Le match s'est terminé. J'ai eu de la peine à me rendormir… je tournicotais dans le lit quand elle est arrivée - il était plus de cinq heures…

Je regarde Christian, et il lit dans mes pensées.

- Après ce qu'elle a fait pour moi quand elle était en soins, je ne peux que la laisser libre… je ne peux lui interdire de faire ce que moi-même je… j'ai… Mais de toute manière, non !... Elle est rentrée avec l'un des militaires et sa femme…

Yeux ronds. Là encore, Christian lit mes pensées.

- Je le sais par ce que je me suis levé, j'ai regardé par la fenêtre pour savoir qui arrivait et j'ai reconnu sa voiture... Oui, sans ambiguïté - je la connais quand même, la voiture du militaire !... N'oublie pas qu'elle perdrait la face si elle faisait quoi que ce soit devant tout ces gens qui connaissent sa famille… Et puis j'aurais pu décider de retourner à la pétanque... et si je n'avais trouvé personne, tu imagines !... Non... je ne pense pas… En plus, tu sais, il a plu cette nuit, et même quand il pleut, ici, les boulistes continuent de jouer. Et elle était toute mouillée quand elle est rentrée…

- Mais il pleuvait quand le militaire l'a déposée ?

- Non. Je te dis que je me suis levé et que j'ai regardé par la fenêtre…

Je le crois. A moi aussi, Noï inspire confiance.

Un silence s'installe. Nous terminons nos verres de citron.

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