dimanche 31 décembre 2017

Une mauvaise affaire…



Le gobelet assorti aux oreilles du chapeau : faubourg St Honoré, on n'aurait pas fait mieux.

Aujourd'hui, jolie brise à Lam Chamuak : excellente session de planche à voile. Je me suis donné à fond, maintenant, mes bras trainent par terre comme ceux d'un orang-outan. En plus, j'ai une soif de damné, et dans la voiture, il n'y a que de l'eau chaude, à la mode thaïe.

Sur la route du retour, nous avisons un genre de marché, ou de fête : quelqu'un fait la circulation, il y a beaucoup de monde, on voit des tentes de marchands. Normal, aujourd'hui, c'est dimanche 31 décembre. Pourquoi ne pas s'arrêter (et trouver une boisson froide) ?

Nous trouvons une place pour nous garer sans trop de difficulté : une voiture s'en va et nous permet d'entrevoir un parc agréable (et juste devant, un mignon petit dépôt d'ordures).

Bienvenue à la fête !

Nous faisons quelques pas, et Fon attire mon attention sur des théières en porcelaine comme j'en ai longtemps cherché avant de renoncer. La théière en porcelaine est un must pour l'amateur de thé car elle est neutre au goût. Celles-ci ont la forme des théières en métal argenté autrefois fabriquées à Sheffield : cool !

Voici ce que nous emportons pour deux cents bahts (cinq euros) : un cadeau ! On croirait du Villeroy et Boch...

En m'éloignant, je me dis que j'ai bien fait de m'arrêter. Lourde erreur…

Tout près, il y a un temple. Dans son enceinte, un type qui vocifère dans un micro branché. Je ne comprends rien de ce qu'il dit, mais Fon va droit sur lui comme un zombie.

Pendant toute l'heure où j'étais là, le type ne s'est pas arrêté une fois. Les panneaux, traduction sommaire : du fric !
OMG ! En m'approchant, je constate que ce que je prenais pour des guirlandes festives, ce sont en fait des chaînes de billets de banque, certaines de plusieurs mètres.

Des billets de 20 et 100 baht : une fortune pour un thaï. La "liane" monte jusqu'en haut du temple grâce à des poulies.
De l'argent, il y en a partout. Il y a les guirlandes de billets, il y a aussi une myriade de petits présentoirs dans lesquels ont peut planter un bâton (inclus dans un kit de piété vendu à l'entrée du temple : il faut payer pour pouvoir donner). Et dans la seconde enceinte du temple, il y a un circuit de "tham boon" où on se recueille (et donne de l'argent) à chaque station.


Le tham boon, faire du mérite, consiste (entre autres) à donner de l'argent pour obtenir un bon karma : comme un compte en banque, plus il est rempli, mieux c'est (et plus ton banquier est content).  Ça fait penser aux "indulgences", rejetées par les luthériens mais toujours reconnues par l'église catholique.

N'étant pas thaï, j'ignore ce que ressente les thaïs (souvent pauvres) devant cette orgie d'argent. En tant qu'occidental, je suis vaguement écœuré (et j'ai l'impression d'un ratissage systématique). Je faisais une remarque parallèle en Russie où les églises orthodoxes reconstruites, souvent magnifiques, contrastent avec la pauvreté de moujiks. On me répondait que ces moujiks, à défaut d'avoir une belle maison, avaient au moins un beau lieu de culte. Pas totalement convainquant.

Fon décide de faire le circuit : le bénéfice sur les théières va sans doute passer en tham boon et ça m'agace. D'autant qu'il n'y a de Fanta vert glacé nulle part. Je fais le pied de grue, je m'ennuie, je regarde les gens, une foule sympathique et joyeuse. Manifestement le fond de l'Isan est de sortie, des gens qui n'ont jamais dû entrer dans un cabinet de dentiste de leur vie.


Une thom avec une bonne tête et son amie se font un selfie : je les photographie et elles me sourient. Peut-être tu ne sais pas ce que c'est, une thom ? Une lesbienne thaïe qui adopte un look masculin normé, et d'ailleurs plutôt seyant. Les thom sont parfaitement intégrées ici. Même en pleine cambrousse.

 Coupe courte au rasoir, raie, pattes longues et un peu de gel. J'aime, car ça ne fait pas hommasse, ça fait homme

Fon sort enfin. Je l'arrache à ces lieux de perdition. Sur la gauche, une loterie à l'ancienne, avec des barbies et des peluches vraiment pas terribles : pourvu que Nam ne voie rien. Je presse le pas...

Le lien entre le ticket et le lot est-il parfaitement déterminé ? Il y a quelque chose de bon enfant - et de terrifiant dans la confiance des thaïs dans leur karma.

Ouf, nous voilà repartis. Dans la voiture, Fon examine une théière et me montre le fond : c'est écrit Villeroy et Boch. "Ce sont sans doute des copies", me dit-elle.

Flûte ! Je ne pourrai même pas en rapporter une en France !




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