jeudi 16 avril 2015

Semarang





Semarang est un grand port à quatre cent kilomètres à l'Est de Jakarta. Quand on regarde sur internet, on voit que des hommes très célèbres y ont pris naissance. Parmi lesquels l'illustre Purnomo Yusgiantoro, l'extraordinaire Hubertus van Mook, la fameuse Anne Avantie - comment, vous ne connaissez pas Anne Avantie ?!? Et aussi Einthoven, l'inventeur de l'électrocardiogramme, dont le nom m'était familier pour l'avoir lu sur des machines que j'ai longtemps utilisées, tout en pensant que c'était le lieu de fabrication de l'appareil.

A Semarang, il y a ma vieille amie Yati, que je retrouve à l'aéroport. Elle a retenu une chambre pour moi à l'hôtel de l'imam Bonjol, qui m'est familier. L'hôtel, pas  l'imam, mort en 1864 après une vie exemplaire comme chef d'un parti prônant le retour à la pureté d'un islam débarrassé de ses scories comme : le jeu, les combats de coqs, la consommation d'opium, de boissons fortes et de tabac, et le pouvoir des femmes dans certaine obscure société matrilinéaire. Comme quoi, certains critiquent cette confession, mais l'islam avec ses scories me semble une religion tout à fait acceptable. 

L'hôtel qui porte son nom est un curieux établissement où je recommanderais de ne jamais amener sa fiancée, surtout pour une première fois. Il est situé au premier étage, au dessus d'un Indomaret (ces superettes sont à l'Indonésie ce que sont les Seven Eleven à la Thaïlande). J'y prends la seule chambre qui soit vraiment lumineuse, par trois grandes baies dont deux donnent sur la rue. Évidemment, il y a du bruit pendant la journée - la perfection n'est pas de ce monde. Sinon, il y règne une atmosphère curieuse, intermédiaire entre le camp de louveteaux et l'association de malfaiteurs. Les gens, d'aspect parfois patibulaire, y sont très gentil, très polis. Si on croise leur regard, on les voit avancer la main discrètement vers leur holster. La seconde d'après, ils défouraillent un grand sourire - pan, pan, à bout portant, en plein dans ta surprise.

Cet hôtel, c'est une communauté, avec un réfrigérateur commun, une télé commune, une fontaine d'eau commune, une armoire commune où on puise ses serviettes, des douches communes (mais une personne à la fois - comme pour les ouatères) où je trouve des morceaux de savons communs, encore tièdes. En fait, c'est un hôtel en kit.

Le soir, autour d'une table, elle aussi commune, des personnages louches jouent aux cartes en fumant. Juste à côté, un appareil de musculation, énorme, encombrant, qui trouve parfois utilisateur en la personne d'un jeune américain - égaré là par le commentaire trop favorable que j'ai laissé sur Agoda.com : c'était l'époque où on gagnait des points en tirant à la ligne, lorsqu'on rédigeait ses impressions sur les hôtels. Et quand ce n'est pas le jeune américain, c'est un petit indonésien aux bras de Popeye, qui fait tranquillement ses push-up au milieu d'un nuage de fumée bleue.

Dument installé chez l'imam, j'invite Yati à dîner en ville. Elle nous trouve un endroit sympathique, où la nourriture est assez bonne. A boire, il y a une impressionnante carte des jus, et je choisis le jamboo, au nom aussi fruité que le liquide rose et épais qui baigne les glaçons - c'est du jus de goyave. J'en profite pour me faire confirmer qu'on ne trouve plus d'alcool en Indonésie depuis un an. Et je lui demande pourquoi. Sachant qu'elle n'est pas une grande fanatique de religion, j'attends une légère critique de l'islam. A mon grand étonnement, elle m'explique que le gouvernement en avait assez de compter les morts, car un nombre croissant d'indonésiens consommait de la bière mélangée avec soit des produits anti-moustiques, soit des extrémités d'allumettes, ce qui apparemment n'est pas bon pour la santé.

Suit une explication que je comprends mal, où il est question de FBI… Comme le FBI se trouve en position de détruire des réserves d'alcool, je me fais mettre les points sur les i : le FPI (et non FBI qui pour une fois n'a rien fait) est le Front de la Pureté de l'Islam. L'an dernier, des membres du FPI de Jakarta et de Solo sont remontés vers une ville de moyenne importance, pas loin d'ici, où ils ont attaqué les magasins, les restaurants, et détruit les stocks de bière et de vodka. Ils auraient laissé plusieurs morts derrière eux.

Donc oui, on ne trouve plus d'alcool ici.

Sur ces plaisantes perspectives d'avenir pour l'Indonésie, je me suis retiré dans mes appartements et j'ai dormi du sommeil du juste.


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