jeudi 24 septembre 2015

Médocs, whisky thaï et petites pépées…



Le "wat" de Donchompu, tout près de chez moi



L'autre jour, je suis parti seul en bus à la ville. A l'arrêt suivant, une fille s'est assise à côté de moi, avec un grand sourire. Elle s'est tournée vers moi et m'a immédiatement demandé si j'étais marié avec une thaïe. Je lui ai demandé en retour pourquoi elle me demandait cela. Je n'étais pas du tout certain de la réponse, car les thaïs sont d'une curiosité qu'ils ne tentent pas de masquer. Mais à coup sûr, ma question la mettait dans une position embarrassante. Soit elle avouait cette curiosité, ce qui était gênant, soit elle avouait un quelconque intérêt pour moi, ce qui était impensable. Il y avait d'autres réponses possibles, mais sans doute trop dans l'esprit d'un marivaudage que les thaïs ne semblent pas avoir. Résultat, elle a baissé le nez, et elle a boudé pendant tous le reste de la route.

Plus tard, j'ai demandé à Fon ce que j'aurais dû faire. "Ne pas répondre à cette question, faire comme si elle n'avait pas été posée". Bien sûr… Tu sais comme moi qu'il n'y a pas de questions indiscrètes, il n'y a que des réponses indiscrètes.

Je suis arrivé à Korat trop tôt, et j'ai décidé d'aller lire dans l'espèce de jardin public (mais ce n'est pas un jardin) qui se trouve dans le centre commerçant, près de la statue de Yamoo, l'héroïne de la ville. J'ai trouvé un banc. Une jeune femme y était déjà assise et elle m'a fait un sourire - ce qui ne veut strictement rien dire. Sauf que… Sauf qu'un genre de mère maquerelle s'est approchée, et m'a proposé la fille (pour exactement douze euros cinquante). J'ai décliné poliment mais piqué de curiosité, j'ai regardé la fille de plus près : une figure banale, plutôt agréable ; des petites dents de devant genre lapin, sympathiques et presque sexy ; un corps juvénile ; une allure vestimentaire évoquant une jeune personne allant faire son marché le dimanche matin, très relax, et autant de maquillage que moi au réveil. Le degré zéro de la sophistication péripatéticienne.

Je suis ensuite remonté vers le but de mon voyage, la piscine olympique que j'affectionne. Passant devant une rangée de serruriers ambulants qui, pour certains, font encore les doubles de clé à la lime. Puis devant une rangée de couturières, avec leur machine à coudre sur le trottoir, abritée sous un parasol-parapluie. Dans dix ou vingt ans, ces métiers n'existeront plus. Le savent-ils ?

Ensuite j'ai longé le marché, avec ses profusions de fleurs dressées en bouquets sculptés, jaunes d'or et pointes blanches, ses fruits du dragon en tas, ses ngos rouges et hérissés. Et ses marchandes de poisson et de viande, aux étals couverts de mouches, aux parfums forts.

En passant devant le magasin Yamaha, je me suis surpris à penser très sérieusement à l'achat d'une moto. Un farang m'avait déconseillé en raison du danger que présentent les chiens. Et j'avais fait une très mauvaise expérience dans le sud, sur une plage, à l'aube : en faisant mon jogging, j'avais été poursuivi par une meute de clébards vraiment enragés, vingt au bas mot, qui dormaient sur la plage et la considéraient comme leur territoire pendant la nuit. Les plus avancés retroussaient les babines, montraient les crocs, et semblaient prêts à mordre, j'ai dû quitter la plage en panique et faire des moulinets avec un bâton pour me débarrasser des plus obstinés qui m'ont suivi sur une quinzaine de mètres. Mais ici, près de Korat, j'ai circulé avec la moto de Lamoun dans les chemins de campagne, passant près des fermes, et j'ai pu observer qu'on avait plus de problème en faisant son jogging qu'en circulant à moto. Alors pourquoi se priver ? Demain je m'achète une bécane.

A la piscine, l'eau était vivifiante. Les pluies récentes torrentielles avaient descendu la température d'un bon quatre degrés. Une eau un peu fraîche est plus agréable pour faire des longueurs. Comme d'ordinaire, il n'y avait presque personne - juste cinq filles qui apprenaient la brasse, en travers du bassin, mais sans aller jusqu'à ma ligne d'eau. La pluie s'est mise à hacher l'eau pendant que je nageais. Somptueux.

En sortant, j'ai retrouvé Fon qui voulait aller à la pharmacie. Elle m'a emmené dans une étrange officine, où l'on vend des herbes, des médicaments, et diverses choses, notamment du "Cygne d'Or", ce faux whisky que les thaïs consomment massivement : un nouvel antidépresseur d'action rapide ? Imagine un rayon Pastis dans une pharmacie française…

Le potard, un petit homme calamistré et doucereux a commencé une longue conversation avec Fon. Plutôt que d'attendre, je me suis éclipsé pour acheter des bouteilles d'oranges pressées dont je connaissais un point de vente fiable pas loin (fiable, car le jus peut être coupé d'eau, ou sucré - ou les deux ; or cette vendeuse presse les oranges devant toi - je te dirai l'endroit si tu veux).

Quand je suis revenu avec mes bouteilles, Fon s'était fait refiler un médicament dont j'ai regardé la composition : essentiellement du curcuma. Cher, pour cette épice banale aux vagues effets digestifs : le prix d'une passe avec la petite prostituée de ce matin !



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