mardi 31 janvier 2017

Accrochage avec un thaï



Rester zen en toute occasion...


Hier, je suis allé à la chasse - la chasse sous-marine. Comme d'habitude, j'ai garé le pick-up dans un vague parking - un endroit qui sert de zone de transit pour un hôtel. Je m'étais rangé sur la route la première fois, mais on m'avait fait observer que le chemin était étroit, et qu'il valait mieux pour tout le monde que je me gare à cet endroit. Depuis, j'y ai laissé mon engin sans me poser de question - cette place en plein soleil n'a rien de spécialement intéressant.

Après une chasse longtemps infructueuse - trois prises en trois heures - la chance a tourné et j'ai tiré cinq poissons durant la dernière heure. Rien de bien gros, mais de quoi servir de bonnes fritures pendant deux jours. J'avais passé beaucoup de temps dans l'eau, j'étais fatigué, et je n'avais qu'une envie, rentrer.

J'ai pris l'habitude de mettre mes poissons dans un sac pour les protéger du soleil - on ne peut pas savoir ce que j'ai attrapé à moins de l'ouvrir. Je suis arrivé près du pick-up, je me suis déshabillé rapidement. Un type m'a hélé avec une désagréable familiarité, me demandant ce que j'avais pris. Je lui ai répondu que je n'avais rien pris d'intéressant, que des petits poissons. Il a demandé à regarder. Je lui ai dit que je préférais que non, je voulais rentrer, ma femme m'attendait… mais pour atténuer mon refus, je lui ai dit en plaisantant (à moitié) que je n'avais pas envie d'avoir noi na, la honte, parce que je n'avais pas pris de gros poissons. Je ne sais pas s'il m'a compris. Quand il a vu que j'entrais dans la voiture et que je m'apprêtais à démarrer, il s'est précipité sur ma portière, que j'étais en train de fermer, et l'a retenue...

Je pense être comme tout le monde, j'ai horreur qu'on me force la main. De plus, je supporte assez mal l'indiscrétion - sans doute plus mal que d'autres. En Thaïlande, il faut pourtant s'habituer à répondre avec le sourire quand on vous demande mille fois notre nationalité. Les thaïs sont d'une curiosité qu'aucune politesse ne semble modérer. On leur doit de dire d'où on vient, où on habite, éventuellement si on est marié avec une thaïe, depuis combien de temps on habite ici. Ne pas répondre (ou répondre "What the fuck, is that your business !!!" - grosse tentation) serait très mal considéré. Il existe une obligation de présentation qui n'existe pas en occident. D'autant plus vivace qu'avec un régime militaire, le contrôle fait partie de la vie quotidienne.

On pourrait considérer ces questions comme un signe d'intérêt. Non, et je suis catégorique. La plupart du temps, c'est une simple curiosité, et il n'y a pas la moindre lueur d'intérêt - sinon parfois vénal. Il m'est arrivé de supporter ce type de question en Indonésie, et la tonalité est différente. Par exemple, j'ai souvenir d'étudiants qui m'ont interrogé à brûle-pourpoint sur le mode de vie occidental : j'ai répondu avec plaisir. Mais cette espèce de fichage sommaire auquel on est soumis parce qu'on est farang, ça ne passe pas.

Bref, une violente irritation m'est tombée dessus quand l'homme a retenu la porte. Irritation qui a encore augmenté quand il m'a expliqué qu'il était le propriétaire de l'hôtel - laissant entendre que cela lui donnait des droits sur les gens qui se trouvaient sur ses terres. S'il avait eu un ton moins comminatoire, j'aurais pris cinq minutes, et je lui aurais montré les poissons. Mais il avait une sale gueule, un sale comportement, et j'étais fatigué.

J'ai donc répondu que je m'excusais, et que je ne reviendrai plus me garer ici puisque cela semblait poser problème - même si c'était quelqu'un de l'hôtel qui m'avait invité laisser la voiture sur cet emplacement. Là-dessus, je lui ai dit bye-bye, et j'ai commencé à tourner la clé de contact.

Il a alors poussé ma main, et mis la sienne sur la clé, comme s'il allait la prendre. Alors là, je l'ai repoussé assez vivement, et je l'ai regardé d'un air qui a déjà fait reculer un prof de math et un prof de philo quand j'étais lycéen - ne rigole pas, ne me demande pas quel air : je ne fais pas exprès, mais je te dis qu'en voyant mon regard, ces profs ont reculé de deux mètres, ils ont pris une grande respiration et m'ont renvoyé à ma place. C'est vrai, ces profs, ce n'était pas des mecs de la mafia. Je ne dis pas que je fais peur - juste que quand je ne suis pas content, ça se lit assez bien sur ma figure.

Il a senti qu'il était allé trop loin. Il a commencé à faire son mielleux, à dire qu'il fallait rester calme, qu'il demandait juste à regarder mes poissons, parce qu'il y avait une espèce que je n'avais pas le droit de chasser, et qu'il voulait s'assurer que je n'en avais pas pris. Et du baratin du même genre. Mais toujours insistant et bloquant la porte.

Je lui ai répondu que pour le poisson interdit, je savais (cf. l'anecdote que je raconte ici), et que je n'en avais pas pris. Et que je n'aimais pas qu'on me force - chan mai chop mi khon ti ban kap chan. Et que non, je ne voulais pas qu'il regarde, je voulais partir immédiatement.

J'ai vu dans le vide-poche de ma portière le solide couteau que j'y laisse comme outil - et une pensée m'a traversé l'esprit en éclair, aussitôt repoussée. Mais c'est dire à quel point j'étais agacé.

Je passe sur d'autres détails. Au cours desquels j'ai appris qu'il n'était pas le propriétaire, mais le fils du propriétaire. Finalement, il a gueulé qu'il ne voulait plus que je me gare ici, qu'il ne voulait plus que je pêche ici (au nom de quoi ?) Il a dit qu'il allait appeler la police. Très bien, parfait, lui ai-je répondu. Il y a eu un gap. Sans doute, il ne pouvait pas imaginer que j'aie le cul propre et que je refuse de me soumettre à son contrôle. Il a claqué ma portière en gueulant je ne sais quoi.

Je suis reparti. J'ai raconté l'épisode à Mai, qui m'a recommandé de ne rien faire - ma tendance naturelle aurait été d'aller au commissariat pour évoquer l'incident, ou peut-être d'aller voir le père sous le prétexte d'avoir utilisé une place sur son terrain, et de m'excuser pour amener l'affaire au jour...

J'ai aussi réfléchi à l'épisode. J'ai eu la malchance de tomber sur un petit chef, genre cacique local qui se croit tout permis. La réalité de son pouvoir est une vraie question, dans une petite île où tout le monde se connaît, c'est le fils d'un notable, sans doute - car être propriétaire d'un hôtel doit vous donner ce statut. Il y avait d'autres employés de l'hôtel dans le secteur. J'étais sur "son" terrain. J'ai bien fait de rester zen et de ne pas sortir de l'auto.

Mai a raconté l'histoire à une connaissance - la propriétaire d'un autre hôtel - qui lui a dit qu'un cas de dispute analogue s'était produit, et qu'à titre de rétorsion, le type s'était fait casser la jambe.

Comme quoi, le pays des mille sourires…

Non, je n'ai pas pris de photo - c'est juste un portrait-robot que j'ai fait après



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