mercredi 20 juillet 2016

Erlkönig


Le vert clair Caran d'Ache...

La semaine dernière j’ai acheté une citerne de deux mille litres (la semaine dernière ou il y a deux semaines ? Je crois que mon temps est tombé en panne, et comme il est déjà vieux, je ne suis pas sûr que cela vaille le coup de le faire réparer). Un objet impressionnant qui tenait à peine sur le plateau du pick-up. Le dispositif pour récolter l’eau du toit est installé, avec l’énorme entonnoir en fer blanc, enrobé d’un morceau de moustiquaire pour faire filtre. Il ne reste qu’à enfoncer le tuyau dans l’opercule. Je ne l’ai pas encore fait, il manque un petit montage pour puiser l’eau dans la citerne, deux coudes, un demi-mètre de PVC et un robinet.. Mais pour couper le tuyau, il faut la scie que La-Moun a emportée  chez des amis.

Ce n’est donc pas encore aujourd'hui que nous allons remplir la citerne d’eau de pluie, ni la boire - alors qu’elle sera certainement délicieuse, mis à part le petit goût de colle à PVC qu’elle ne manquera pas d’avoir les premiers jours. Dommage.

Ce matin, il fait un jour gris, menaçant.  Avant qu’il ne pleuve - car nous sommes au cœur de la mousson, il va certainement pleuvoir - je vais faire un petit tour à moto. J’emmène Nam dans le harnais que Fon a acheté, et dont nous n’avons jamais eu vraiment l’usage. Il est maintenant un peu trop petit, mais comme Nam est assise sur mes genoux, le harnais la maintient à peu près. Nous partons, tous deux tête nue. C’est si agréable de rouler à moto sans casque, avec ce petit vent qui siffle dans les oreilles et fait voler les cheveux !

En ce moment, la campagne est très belle. Les rizières sont inondées, le riz est vert, comme le crayon vert clair de chez Caran d’Ache, saturé à l’extrême. C’est la période où les paysans sont les plus actifs, ils enlèvent les mauvaises herbes avant la récolte, ils transvasent l’eau du champ dans le petit canal qui le longe, ils coupent du fourrage pour les gnous.




Nous allons jusqu’au pont. En amont, en aval, les eaux calmes et vert-de-gris ne font pas de remous. C'est une rivière que ne borde aucune maison, aucun sentier, et qui se termine de chaque côté par un mur vert.

La campagne thaï est à nulle autre pareille : elle est en désordre, avec des arbres n’importe où, et aussi n’importe quelle sorte d’arbres, des palmiers comme des acacias ou des prunus. Bien que ma région soit plate comme le dos de la main, elle ne manque pas de charme, surtout sous cette lumière grise.

L'eau est partout pendant la mousson
Tandis que nous roulons paisiblement, je pense à ce beau poème de Goethe, le Roi des Aulnes (der Erlkönig). L’histoire d’un homme qui chevauche dans la nuit avec son fils serré dans les bras. L’enfant voit des ombres effrayantes, il croit entendre des chuchotements menaçants, et le père tente de dissiper ses craintes. Ni l’adaptation de Nodier, ni la traduction de Porchat n’en rendent le charme mystérieux et terrible. Tu ne te rappelles peut-être pas la fin :
In seinen Armen das Kind war tot
(Dans ses bras, l’enfant était mort) 

J’aime la musique de Schubert, mais je n’accroche pas aux lieder, je trouve le chant artificiel et la voix ne m’émeut pas. Je préfère le poème récité à l'allemande, avec sa scansion, une syllabe sur deux.

Au retour, nous croisons un de ces curieux véhicules colorés, sans vitesses, qui sont utilisés par les agriculteurs. Il y a un chien dedans, et son maître coupe des herbes. Je le prend en photo - il ne lève même pas la tête pour voir ce qui se passe. Et nous repartons.

Le chien sous le volant regarde son maître avec désespoir

Nam aime bien se promener. Elle regarde le paysage défiler, sans rien dire. Ce n’est qu’à l’arrivée qu’elle s’anime et fait des commentaires - des vocalises qui ne sont pas encore un langage, mais expriment sans aucun doute son bonheur.

Et le mien.


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