samedi 9 mai 2015

Bye-bye Indonesia





Me voici à l'aéroport de Jakarta, sur le départ. Quelques réflexions en vrac à propos de l'Indonésie avant mon départ. Pour autant que je puisse en parler, car je n'en connais qu'une très petite partie.

D'abord, deux nombres pour situer le décor : sept millions de touristes pour vingt mille îles indonésiennes, dont une bonne partie s'agglutine à Bali, contre vingt sept millions pour la Thaïlande. Évidemment, c'est plus calme… Le tourisme est adapté au goût local. L'inconvénient, c'est que ce n'est pas toujours très confortable. Alors qu'il fait très chaud sur les côtes, et qu'on aurait justement envie d'un peu de confort. L'avantage, c'est le prix. Même si le logement coûte plus cher en Indonésie qu'en Thaïlande, à prestations égales, la vie y est très peu chère, et les salaires très bas. Une femme de ménage au bas de l'échelle gagne soixante dix euros par mois, travaillant six jours sur sept. Une caissière d'un Indomaret en gagne cent quatre-vingt. Un plat qui te cale, pris dans un warung, coûte moins d'un euro.

Grasse matinée en Indonésie ? Non, sauf avec les boules Quies de l'avion, pour passer le cap du premier des cinq appels à la prière, crachés par le haut-parleur nasillard de la mosquée voisine. Dommage, les quarts de ton de certains muezzins mériteraient une meilleure sono. Quant à boire une bière fraîche en regardant la mer (et plus encore, une pression), oublie. Si, peut-être dans les hôtels vraiment destinés aux bulés… Et c'est de la Bintang : il faut aimer la pilsen[1], genre bière hollandaise - évidemment.

Surtout, jamais de came, même du léger : on risque des mois de prison pour un joint, et sa vie pour un peu plus. On pourrait penser se rabattre sur la vie saine, les vitamines et les fruits. Bizarrement, je n'ai jamais trouvé de très bons fruits en Indonésie. Problème de saison ? Outres les bananes, les pastèques, les cantaloups, les papayes, souvent médiocres, ils ont des fruits bizarres que je ne connais pas. L'un d'eux, très beau, avec une écorce en peau de serpent. Mais le goût… pas terrible. Et un autre, avec un nom guerrier, le rambutan, un genre de lychee avec plein de poils durs dessus - assez bon. Ah oui, il y a le durian : un truc vert plus gros qu'une tête d'homme, et qui ressemble à un énorme virus. Gerbant. Il pue tellement que sa consommation est interdite dans un certain nombre d'hôtels : no smoking, no pets, no durians. Il y a pourtant des amateurs, et même des gens qui meurent pour en avoir mangé trop, car le fruit est saisonnier, et l'on se jette dessus quand il réapparaît. En fait, c'est le mélange avec l'alcool qui serait létal, une molécule qu'on trouve dans la chair du durian laissant le foie sans défense devant certains dérivés de la dégradation alcoolique.

Mais l'Indonésie est avant tout un beau pays.

Certes je n'ai pas trouvé grand-chose à faire à Jakarta. Peut-être pour ceux qui veulent trouver de la bière et des filles ? C'est une ville pénible du fait du trafic (et de l'absence de métro - un débat municipal vieux de vingt ans), pas vraiment jolie. Quelle est la distraction des habitants quand ils ont des loisirs ? Se promener dans un des nombreux malls de la ville. Enfin quand je parle de promenade… Il y a un trait distinctif chez les indonésiens : ils n'aiment pas marcher. Soit préjugé social, soit particularité culturelle - en tout cas, rien n'est fait pour le piéton. Ni trottoirs, ni passages cloutés. Ni temps accordé au piéton pour traverser à un feu (à un croisement, une voiture peut tourner à gauche même si le feu est rouge ; je dis bien à gauche, car on conduit à gauche en Indonésie, comme en Thaïlande). C'est peut-être pour cette raison que les indonésiens donnent trop souvent des indications erronées sur les distances - ils ne les ont pas éprouvées dans les jambes. Ils te diront jauh !, "c'est loin", alors que ce n'est qu'à un ou deux kilomètres.

Dans chacun des malls, il y a des karaokés. Les indonésiens te regarderont avec des yeux ronds si tu leur dis que tous les européens ne pratiquent pas, loin s'en faut. Eux y vont régulièrement, en famille ou avec des amis. La famille semble si importante ici qu'un jeune pourra te dire sans mentir qu'il préfère sortir avec ses parents, frères et sœurs plutôt qu'avec ses amis. Les enfants ont d'ailleurs un fort devoir d'assistance envers leurs parents - comme en Thaïlande. Mais si ces derniers sont défaillants, ce n'est pas à la fille de s'en occuper - elle restera chez son mari, tandis que le fils devra déménager chez eux avec son épouse.

Si tu veux séjourner à Jakarta, la question galère du taxi va se poser à l'aéroport. Toujours prendre un taxi Bluebird (bien lire Bluebird sur la portière, maintenant il y a plein d'imitations de taxis de couleur bleue). Exiger la mise en route du taximètre, sinon, descendre. S'assurer que le chauffeur accepte d'aller à l'adresse souhaitée (pas toujours le cas).  Même si le coût est très bas - une dizaine d'euros pour dix-huit kilomètres - tellement d'embrouilles ont été décrites qu'on peut préférer la sécurité d'un bus Damri[2]. Mais je reste persuadé que la probabilité de survenue d'un problème est très exagérée.

Ce bus t'amènera vers le centre, pas loin de ton hôtel. J'aime bien descendre dans une executive du Take's mansion, même si l'internet n'y est pas toujours aussi stable que souhaité pendant les heures de pointe. Il est vrai que je n'ai JAMAIS trouvé d'internet rapide en Indonésie. Alors que le Take's mansion est de construction assez récente, il a un air vieillot sympathique. C'est sans doute ce qui explique la modicité des prix - les indonésiens ne jurent que par le neuf. "Vous autres, les bulés, vous aimez ce qui est ethnique", me dit finement une indonésienne. J'aime aussi la piscine du Take's, souvent déserte, avec une belle vue, au sommet de l'immeuble. Et le personnel est arrangeant, agréable au-delà de tout éloge. Derrière l'hôtel, il y a un quartier populaire, animé le soir, qui vaut une petite ballade. Contraste entre les tours froides qu'on voit s'élever dans la nuit, et les petits commerces de rue d'où montent des bribes de conversation.

Partout ailleurs en Indonésie, c'est beau dès qu'on s'écarte des villes. La végétation est magnifique. J'ai évité Bali, sans doute à tort, par phobie du tourisme de masse. Mais je n'ai toujours pas projet d'y aller. Je ferai mon possible pour revenir dans quelques mois, peut-être dans une petite île de l'Est (Timur oriental), pas trop loin de l'Australie. Ce sera en saison sèche, et j'espère avoir une eau claire pour sortir mon arbalète et tirer quelques poissons. J'ai vu qu'il y avait une montagne de trois mille mètres au milieu de l'île : de quoi pouvoir se rafraîchir si besoin. L'avantage de ce pays, c'est qu'il y a du relief.

A propos, je connais une fille qui peut servir de guide en Indonésie, pour une vingtaine d'euros par jour (pour deux ou trois personnes). Elle ne parle pas très bien anglais, il faut toujours s'assurer d'avoir été bien compris, et elle est parfois un peu space. Mais c'est quelqu'un d'extrêmement gentil, honnête et dévoué, qui arrangera les situations, fera de son mieux pour t'emmener là où tu veux aller, particulièrement hors des sentiers battus par les bulés. Elle connaît très bien les montagnes de Jawa. Fais-moi signe si tu es intéressé, je transmettrai. En espérant qu'elle soit disponible.




[1] "pilsen" est une contraction du néerlandais ancien "pils aan", qui veut dire "pisse d'âne" ; non, ne me remerciez pas, je sais que je suis un puits de science et j'aime en faire profiter les autres.
[2]  ces bus circulent le jour, et aussi la nuit, mais espacés ; sortir du bâtiment d'arrivée (le 3, je crois), faire vingt mètres sur la gauche, traverser deux voies avant d'arriver à l'aubette où on vend les tickets ; quant à ma référence sur les problèmes avec les taxis à Jakarta, voir : http://www.expat.or.id/info/taxisafety.html

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