mardi 5 mai 2015

Sendang Biru : vue sur mer imprenable (journal de route 3)





Hier, il n'y avait qu'un seul guest house d'ouvert. Ce matin, en partant à la chasse (sous-marine), je vois du monde à côté du guest house qui était fermé la veille. Je demande, je regarde, je me fais préciser que j'aurai  une serviette (!) Au départ, évidemment, ils demandent un prix très excessif. Je négocie un peu au dessus du prix local que je devine, et l'affaire est conclue.



Ce guest house, c'est un gros plus par rapport à l'endroit où je me trouvais hier. Ce n'est pas la question du prix moins élevé. Mais des nombreux avantages. Je dispose d'une salle de séjour avec une table, qui donne droit sur la mer et les bateaux. Il y a même une méridienne tournée dans la bonne direction : on voit un peu plus loin l'île Sempu, qui se termine par une falaise abrupte. Au large, à la pêche, quelques barques à voile et balanciers. La vue est magnifique.

La salle d'eau est vaste. Les robinets s'allument électriquement : on met en marche la pompe en branchant une prise sur un mur. Le réseau électrique fait d'ailleurs peur, comme dans l'autre maison. Je m'imagine, venant de me laver, débranchant la prise électrique avec les mains dégouttant d'eau… Il y a deux bacs, et je peux laver mon linge dans l'un d'entre eux. Le séchage se fait à l'extérieur, dans une rue perpendiculaire à la mer. Je ne suis pas écrasé d'angoisse à l'idée qu'on me vole mes t-shirts, qui commencent à être pourris.  Dans cette salle d'eau bien sympathique, avec une fenêtre qui donne sur la campagne, je pourrai aisément rincer et étaler mon matériel de chasse.

Quant à la chambre, je constate que le matelas n'est pas une galette. Qui plus est, il y a deux matelas, et je peux mettre l'un sur l'autre. Mais il n'y a pas de drap. Est-ce qu'ils attendent de moi que je m'emmitoufle dans un pyjama en pilou pour éviter de salir le matelas par ma transpiration ?

La fille de la maison est un plaisir des yeux. Elle semble extrêmement jeune, quinze ou seize ans, mais s'occupe d'une petite fille avec tant d'assiduité qu'on doit penser qu'elle en est la mère. Je demanderai à l'occasion (en plus, c'est agréable à prononcer: "apa anda ibu anak ini ?")

Seul inconvénient, l'épicerie d'à-côté met la musique à brailler, et je n'avais pas pu m'en rendre compte quand je suis parti chasser, l'épicerie était encore fermée. J'explique mon souci à mes tôliers… Ils sont sans doute intervenus, car maintenant, c'est la mer qui fait le plus de bruit. Je croise l'épicière devant la maison, elle me tire manifestement la gueule. Je m'en remettrai.

Un homme a récupéré du poisson en abondance, dans une caisse. Plusieurs personnes affluent. Je suis persuadé que le poisson est la base du régime de la population locale, avec le riz. Est-ce le même régime que celui de ces populations de pêcheurs nippons qui ont une longévité exceptionnelle ? Là-bas, ils consomment le poisson cru. Ici, il est cuit. Je n'ai pas connaissance qu'on vive particulièrement vieux ici. La cuisson explique la différence ? Ou la nature des poissons (ici, je vois thons, bonites, aiguillettes, maquereaux) ? Ou une autre différence dans le régime qui ne m'apparaît pas (cuisson du riz, nature du riz, présence d'autres ingrédients) ? Ou une prédisposition génétique différente ? Un mode de vie différent ?

Dans le village, il y a des chiens. Je suis étonné, il me semblait que les musulmans n'aimaient pas (et craignaient) les chiens. J'ai encore en tête l'insulte persane "pedar sag", fils de chien (exactement : ton père est un chien). Je crois me rappeler que l'islam considère cette bête comme impure. Hier soir et ce matin, j'ai bien entendu l'appel à la prière. Ils sont bien présents.

Mon tour dans l'eau a été décevant. Je n'ai vu qu'un seul poisson présentant un intérêt comestible, un assez beau perroquet. L'eau est trouble, et quand je suis descendu, j'ai vu le perroquet au dernier moment, il a pris la fuite et n'est pas revenu. J'ai tiré au jugé sur un poisson gris, sans vraiment le voir, et je l'ai raté. La visibilité est vraiment médiocre. Demain, je traverserai, j'irai à l'île Sempu, et on verra bien.

Pour l'instant, j'occupe mes loisirs. Apprendre un peu de vocabulaire indonésien, écrire ce blog, regarder une série américaine. Il n'y a pas internet, je me sers de mon téléphone, le débit est très lent, et je crains de me trouver à cours de "pulsa", dont la moitié, jusqu'à présent, a servi à trier et jeter les junk mails. Ah, société d'abondance…

La chaleur est étouffante, et j'ai la tête qui tourne quand je me lève. Ce soir, j'irai faire un tour, en espérant qu'il fasse moins chaud. J'irai rendre visite à ma coreligionnaire. Je lui dois le prix du repas d'hier - elle n'avait pas la monnaie.


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