mardi 5 mai 2015

Charité chrétienne à Sendang Biru (journal de route 4)





La route qui traverse le village, entre la rangée de maisons et la ligne d'arbres qui la sépare de la plage, est une route en terre, avec quelques pierres, recouverte par endroit d'une fine couche de sable. Le matin, hommes ou femmes balayent la route devant la maison. Ils balayent la terre… Je vois les traits sur le sol. Qu'est-ce qui les pousse à faire ça ? En fait, ils font une chasse acharnée aux feuilles mortes.

Je suis allé chez la coreligionnaire pour m'acquitter de ma dette. Son mari est là aussi, mielleux. Dans l'intervalle, les prix ont été multipliés par trois. Charité chrétienne sans doute. Je m'acquitte de ce qui m'est demandé, non sans leur faire comprendre que je ne suis ni dupe ni charmé. L'avidité chez l'espèce humaine est un spectacle lamentable.

A propos, un conseil. Quand tu te promènes en Indonésie, il faut toujours avoir la poche bourrée de ces petits billets crasseux et froissés (à force de passer de main en main), qui servent de pièces. Ils ressemblent à des billets de Monopoly (le billet de 10 000 roupies a d'ailleurs la même couleur que son homologue), et ils ne valent guère plus. Casse tes billets de 100 000 et 50 000 roupies dans les Indomarets, car sauf à l'hôtel, on ne te demandera jamais des sommes pareilles. Mieux vaut présenter de la petite monnaie, plutôt qu'une coupure que certains auront tendance à garder en otage quand tu seras pris par l'urgence...

En revenant, je m'arrête chez la voisine, celle qui met la musique à fond. Je lui achète une bouteille de soda. Elle semble se radoucir. Devant chez elle, des petites filles jouent aux billes comme des garçons.

Je regagne mon appartement. Il fait nuit avant six heures du soir. La mer est remontée, et j'entends le tonnerre des vagues contre la plage. Il se met à pleuvoir - pluie tropicale. Et l'électricité se coupe. C'est la deuxième fois de la journée. Le fils de la famille vient m'apporter un genre de bougie - une heure de lumière tout au plus. Que faire sans pouvoir lire ? Dormir ?

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Ce matin, j'ai testé ma connexion internet sur mon téléphone. C'est mort. Manque de pulsa ? Interruption de la communication. Je ne sais pas, je réessayerai plus tard.

Mes hôtes sont plutôt sympathiques. Ils me posent quelques questions, famille, enfants. Je leur rends la pareille. J'apprends que la jolie fille n'a pas quinze ans, mais vingt, elle est mariée - et elle a disparu de la circulation.

L'endroit est plus couru qu'il n'y paraît : ils me disent qu'ils ont eu un jour un suisse chez eux. Quand, combien de temps…? Pendant que je prends mon petit déjeuner - un solide riz au thon - un homme à la peau claire passe devant la maison, je ne vois pas son visage. "Un bulé ?" je demande ? Non, un coréen, me répond la patronne, qui distingue bien entre asing, un étranger, et bulé, un occidental (y compris les aussies, comme on les appelle - les australiens, très nombreux du fait de la proximité).

Il a tellement plu hier soir qu'il est inutile d'imaginer voir quelque chose sous l'eau. Je vais profiter de la fraîcheur pour me promener, et peut-être faire quelques photos. Je vais aussi essayer de trouver l'arrêt du bus - car il y a, paraît-il, un microlet qui emmène jusqu'à Touren, la "grosse" ville située à trente kilomètres, située sur la route qui relie Malang à Jogiakarta. De là, je pourrai partir dans un sens ou dans l'autre. Rien ne m'oblige à retourner à Malang.

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