lundi 30 mars 2015

Chiang Mai v/s Pattaya



La Thaïlande n'est pas un pays extraordinaire. Il y a quelques jours, nous étions à Chiang Mai. C'est censé être un endroit merveilleux, et c'est une des Mecque du tourisme en Thaïlande. Quelle déception ! Il y a aussi Pattaya, envahi par les russes au point d'y voir des rues où tous les panneaux sont en cyrilliques. A Pattaya, traînent aussi des cohortes de quinquagénaires/sexagénaires européens et bedonnants venus enrichir les vingt mille putes de la ville recensées par année dans la ville : elles donnent deux heures de leur corps pour trente cinq euros, une affaire. Peu importe que la fille regarde le plafond pendant qu'ils agitent leurs grosses fesses, elle n'a pas plus d'importance que le jet-ski qu'ils loueront demain - d'ailleurs pour le même prix et la même durée. Cela ne les empêchera pas de se vanter devant leurs potes : "oui, les filles d'ici, ce n'est pas très compliqué de les faire grimper au rideau..."

Russes et sexas sont parqués dans des quartiers différents, et on ne trouvera pas un anglais ou un français sur une plage russe - c'est Sébastopol avant la bataille de Malakoff, à peine si on y trouve un tchèque. Alors que les russes viennent avec leur femme et se jettent avec une étrange brutalité d'étonnantes quantités de vodka sur l'estomac en bouffant des crevettes, les européens sexagénaires se retrouvent par groupes de cinq ou six dans les bars, derrière des bières de 66 cl. qui expliquent leur bedaine, et échangent des propos cyniques et graveleux, clignant de leurs yeux chassieux les uns aux autres. On les retrouve aussi dans la rue, à leur bras, une jeune thaï de dix-neuf ans, parfois très belle, qu'ils payent à la journée pour la trimballer en public et ne pas dîner seuls. Lui ne parle pas thaï, elle bredouille quelques mots d'anglais utiles pour son métier. Le repas se passe dans la méditation.

Rouler des mécaniques avec une fille à cinquante euros, prête à faire une passe avec un autre si le farang a la stupidité de lui laisser deux heures de libre, est-ce vraiment glorieux ? Pas si sûr. En tout cas, c'est moins cher que de se trimballer avec une Ferrari, même de location. Les carrosseries n'ont rien à envier les unes aux autres.

Walking street à Pattaya


On voit aussi des débris paralytiques qui circulent en chaise roulante, presque aussi nombreux qu'à Berk. Ici, ils trouvent une pousseuse. Ce qui se passe la nuit dépend de l'extension des lésions cérébro-médullaires. On ne veut pas savoir.

Phuket était autrefois une plage familiale. Maintenant, la prostitution et la Russie ont envahi la côte. Le décor est plus beau qu'à Pattaya, quand on tourne le dos au mur de béton qui couvre le littoral, mais le spectacle dans les rues est aussi peu engageant. Les mêmes y boivent tout autant de vodka et de bières.

Et il y a Chiang Mai. Bien difficile d'y trouver une professionnelle. Car Chiang Mai est la ville de la jeunesse propre (juste un peu camée), qui fait de la descente en VTT, des trekkings, des ballades à dos d'éléphant, des accrobranches, du rafting. Ces jeunes n'ont pas l'âpreté des russes ou l'avarice des sexas qui vivent sur un budget retraite, ils sont souvent américains - ce qui veut dire qu'ils ne sont jamais sortis de leur pays : à Chiang Mai, les prix flambent plus qu'ailleurs.

Le soir les touristes se retrouvent dans des cafés qui leurs sont spécialement destinés, avec la musique qu'il faut. A l'entrée, il est spécifié qu'on sert des plats thaï. Mieux vaut le dire, car la nourriture qui est servie n'a plus grand chose à voir avec ce que mangent les commis du marché et le flic du coin dans un resto local.

A Chiang Mai, il y a la vieille ville, l'intra-muros. Les maisons n'ont pas plus de deux étages, et datent pour la plupart des années soixante à quatre vingt. D'où l'idée qu'il s'agit bien d'une vieille ville. Certes on trouve parfois un tas de briques noircies empilées en forme de socle, et on comprend que les briques sont restées là plusieurs centaines d'années. Mais un tas de brique reste un tas de brique, et qu'il soit très vieux ne le rend pas autrement intéressant.

C'est dans cet intra-muros, et particulièrement sa partie Est, que sont parqués les tourismes. Les hôtels succèdent aux guest houses, qui succèdent aux locations de motos, qui succèdent aux cafés-restaurants cool et aux agences de tourisme. Plusieurs loueurs de motos sont paraît-il affiliés à la mafia locale. Le jeu est de louer une moto à un touriste, de retrouver la moto dans le parking d'un endroit où les farangs se retrouvent - moto facile à repérer, avec les macarons du loueur, de la déplacer à l'aide du double de la clé de contact et de celle de l'antivol, puis de faire payer au touriste le prix fort pour la bécane qui reviendra au magasin quelques semaines plus tard. Sur le site de Lonely Planet, on recommande aux voyageurs d'apporter leur propre antivol - de quoi déchaîner les portiques à l'aéroport...

Les hôtels, les restaurants, les loisirs, tout est taillé sur mesure pour occuper les touristes - qui semblent tous, ici, dans un état d'hystérie incompréhensible. Chiang Mai intra-muros est bidon. Il n'y a que l'architecture urbaine et les serveurs thaï qui soient authentique. Tout contribue à créer de futurs souvenirs de carton-pâte pour ces touristes en quête d'aventure exotique. On est à Disneyland - version thaï.

Comment faire pour ne pas mourir d'ennui ? Sortir de la ville et aller dans la montagne toute proche ? Traverser une forêt qui n'a rien de vierge ni d'exubérant et faire vingt kilomètres de virages pour arriver à un conglomérat d'échoppes où on attend le touriste pour lui vendre des porte-monnaie brodés et d'improbables bonnets de laine ? Visiter le "village traditionnel" et rencontrer la vieille femme en habits folkloriques qui refuse de se faire prendre en photo si on ne lui achète pas un châle ?

Ou bien aller dans les temples bouddhistes, nombreux, et toujours agréables quand ils ne sont pas envahis, même s'ils se ressemblent comme des jumeaux : mêmes décors clinquants rouges et or, même dragons furieux à la langue en zigzag, trois ou quatre positions du Bouddha, même décorations florales, même figurines en plastique mou disséminées partout et représentant des petits personnages obèses, femmes aux gros seins, petits bonhommes potelés, joufflus et hilares qui se moquent - mais de qui ?

Nous sommes allés dîner deux fois chez ce petit vendeur de nouilles qui opère dans la rue, de son triporteur.
La seconde fois, j'étais un peu réticent, mais Fon m'a forcé la main, d'ailleurs sans le savoir. La patronne est une solide thaï, courte sur pattes et un peu ventrue. Elle a une assistante, thaï aussi, qui est aux cuisines. Un américain hors d'âge, au visage ridé et rosé, aux yeux bleus délavés, fait le service. Il arbore un t-shirt avec des inscriptions new age, et des dessins de s.f. des années 80. Son visage a du être très beau autrefois, et il arbore encore une impressionnante crinière de cheveux bouclés, d'un blanc éclatant. Il est grand, mince, et dans son expression, il y a une sorte de fureur et de folie discrètes et rentrées.

C'est lui l'under-under-assistant dans cette entreprise nomade. Il sert l'eau avec les glaçons, sans qu'on lui demande, avec soumission. Il se trompe dans les commandes, parce qu'il ne parle pas thaï. On ne le rudoie pas, mais il est visible qu'il est la quatrième roue de ce carrosse triporteur.

Son expression ne change jamais. Il garde le silence. On dirait Sisyphe derrière son rocher. Il fait un peu peur, il est pathétique, il me rend triste. Quelle étrange histoire l'a amené ici ? Peut-être un ancien junkie qui a abusé des sauces ?

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