lundi 30 mars 2015

La vallée de Pai



Enfin j'ai trouvé un endroit selon mon cœur. C'est un petit éden, situé dans les montagnes du nord, pas très loin de la frontière birmane. Je pense qu'il se trouve dans le triangle d'or, maintenant nettoyé de ses cultures papavérines, au moins du côté thaï. Un cours d'eau traverse le village, enjambé par deux jolis ponts en bambou et un en ciment. De tous les côtés, c'est une montagne assez haute mais pas très escarpée, couverte d'une végétation dense.

C'est l'hiver. Il ne pleut plus, la saison sèche s'est installée, un peu tardivement, mais de façon durable. Et la température est idéale. Fraîche le matin, elle permet de faire un petit jogging et d'apprécier la douche chaude. Douce dans la journée, c'est une caresse quand on circule à moto en t-shirt.

Le tourisme a fait quelques ravages à Pai, comme partout en Thaïlande. Le centre ville en rempli d'hôtels, guest houses et de restaurants. On imagine une bourgade du sud de la France, près de la mer, en été. Le soir, la longue rue piétonne grouille d'une foule principalement occidentale (où de Hong Kong), à l'exception des vendeurs de street food ou gadgets touristiques alignés les uns derrière les autres. Les touristes sont plutôt jeunes, et il y a pas mal d'américains. L'invraisemblable quantité de panneaux "organic ceci", "organic cela", "vegan", "peace", etc. montre l'importance des courants de pensée parascientifiques sinon mystiques auxquels ces touristes se réfèrent. L'esprit hippy n'est pas mort. Là où c'est drôle, c'est qu'en Thaïlande, pour avoir un label "bio", il suffit d'avoir soit :
a/ un stylo
b/ une imprimante
c/ un pinceau et un pot de peinture
Et pour avoir un label bio certifié, il faut savoir écrire le mot "certified".

Les abords immédiats de la ville sont un peu pollués par la construction, mais les locaux ont eu l'excellente idée de construire (pour l'essentiel) des maisons en bois, bambou et tresses végétales qui ne dénaturent le paysage que par leur nombre.

Après deux essais, j'ai atterri dans un endroit un peu bizarre, assez baba cool, en campagne. En arrivant, je dénombre trois chats, deux chèvres, une vachette, un chien noir. Et je découvrirai plus tard dans le lit un troupeau d'insectes, au demeurant inoffensifs.

Au "foyer" de ce guest-house atypique, de nombreuses pancartes pour organiser la vie commensale. Café en libre service, vingt baths. Eau "organic", remplissez écologiquement votre bouteille, cinq bath. Bananes gratuites (mais il n'y en a pas). Une guitare sur une paillasse. Un fond de musique jamaïcaine. Je remplis la fiche d'hôtel dans un grand cahier, sans personne pour contrôler. Il y a juste un jeune thaï qui m'a dit : "faut remplir ça, mais je sais pas comment ça marche". Je lui ai dit que je savais, alors il est parti, content. C'est cool. Quand je suis revenu à l'accueil pour payer, deux heures plus tard, le patron était allongé sur un grand lit de bambou, sous un auvent. Il n'est même pas venu encaisser : "donnez l'argent au garçon qui est là !"

Deux jeunes américains travaillent aux champs. L'un arbore un chignon, l'autre une épaisse barbe rousse. Onze heures et demie du matin. Celui qui a une barbe rousse semble sortir du lit, et il a la gueule de travers. "Pourquoi tu m'as pas réveillé ?" lance-t-il à son compatriote. Un peu plus tard, le propriétaire passe : "Maintenant, j'ai de l'argent pour payer ma chambre, dit le barbu, mais je vais encore travailler un peu."

Ici, je me sens en vacances, une impression que je n'ai pas eue depuis bien longtemps. J'ai loué une petite moto. Nous partons explorer les environs. Il y a des cascades disséminées à tous les coins cardinaux. L'architecture locale ne présente pas d'intérêt, mais quand on s'éloigne, on peut quand même retrouver quelques maisons traditionnelles, avec le "V" incurvé de bois qui surmonte le pignon, comme d'immenses élytres d'insectes. Plus loin, je suis tombé sur un temple bouddhiste un peu original, avec d'étranges personnages. Il y a des chiens bâtards partout et de toutes les couleurs, qui ne courent pas après les motos - ils restent vautrés au milieu de la route, et se relèvent au dernier moment pour ne pas se faire écraser. Trop lymphatiques, beaucoup ne marchent plus que sur trois pattes. Les champs sont encore couverts d'andains, comme autrefois. Je me baigne dans les tourbillons de la rivière. Les oranges ont un goût de paradis.

Ce matin, en allant courir, j'ai trouvé les marches qui permettent de descendre dans une retenue d'eau, au pied de la montagne. Personne. Eau fraîche. Je nage. En hiver, quand le jour se lève, tout est baigné par la brume. Les feuillages des arbres flottent dans des bandes grises molles plus ou moins claires selon la distance. Très beau. En faisant la planche, j'ai vu un papillon magnifique qui m'a paru aussi grand qu'une feuille d'érable. La vie est simple et douce.

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