lundi 30 mars 2015

Objet de cul(te) : une étude ethnographique



Toi qui as voyagé dans les pays musulmans, tu as remarqué que les ouatères étaient munis d'un tuyau d'eau froide partant du mur et terminé par un robinet, ou plutôt une lance permettant d'envoyer un jet assez puissant. Même le modeste chiotte turc en est souvent muni - plus souvent que de papier toilette.

Cet ustensile n'est pas l'apanage des pays musulmans. Chacun sait que la Thaïlande est un pays bouddhiste. Or je pratique régulièrement l'outil en Thaïlande (quotidiennement ou plus, car avec la nourriture épicée, le voyageur occidental est délivré du grand malheur de la constipation).

A quoi sert donc ce mystérieux tuyau ?

Aucune maman ne nous en a enseigné l'usage quand nous étions petits.

Invité par le Bey du coin, ou par le consul de France, je trouverais délicat de demander, entre la poire et le fromage, comment on s'en sert. Et aussi de prier la petite amie locale d'en faire une démonstration, à moins d'avoir convenu avec elle de prestations très spéciales.

Il faut donc faire de la Science, inspecter et supputer, deviner, tester, utiliser la méthode des essais et des erreurs, pratiquer le jet dans diverses circonstances et l'envoyer dans diverses directions.

Poser des hypothèses :
a/ le jet sert à décoller le bout de laitue resté coincé entre les dents de devant ; objection : on ne trouve pas de laitue sur les marchés thaï
b/ il sert aux dames pour une toilette intime après un petit coup tiré en Catimini ou en Loucedé ; objection : il n'y a ni Catimini ni Loucedé sur les cartes thaï ;
c/ il sert à rincer les enfants qu'on lave dans la lunette, très appropriée à leur taille thaï (le petit du thaï taille petit) ; objection : le fond de la lunette n'est pas plat, il a naturellement la concavité d'une lentille, et il est donc hautement glissant.

Après avoir longtemps cherché, j'en viens à une ultime conclusion : le petit tuyau sert à nettoyer la partie breneuse de notre individu.

Honte à nous, européens et américains du nord ! Nous quittons généralement l'endroit solitaire avec le derrière passablement douteux, quelle que soit la quantité de papier que nous avons utilisé. Et je parle d'un jeune fessier, lisse, frais et net. La situation est bien pire avec un vieux fion plissé, rescapé de crises H à répétition ! Car c''est un vrai problème de société, la merde au cul qui colle et souille en silence les dessous des costards les plus rupins et des robes les plus sexy.

Alors que nos homologues d'outre méditerranée sortent de cet endroit la tête haute et la conscience propre. Je parle bien de sortir des toilettes, pas de l'endroit caché qui bénéficie de cette vénérable hygiène - mais après tout, amis gidiens, c'est aussi valable dans ce sens.

Sans compter le vif plaisir que procure l'application d'un jet frais et puissant dans la partie intime ! A vous faire réfléchir sur les bonheurs de la vie.

Il y a d'autres avantages. Par exemple faire disparaître le spectre hideux d'un rouleau vide un jour d'envie pressante. Ou écologique : par l'addiction qu'il entraîne, dissuader de tout dépôt sauvage laissant des papillons roses aux ailes brunes au bord des chemins. Ou utilitaire : mettre au rebut ces brosses répugnantes qu'on trouve dans les toilettes, le jet pouvant avoir la même fonction - sous une forme tellement plus ludique !

Enfin le jet prévient la courante. En effet, avant son invention, le boulanger, le pâtissier et le cuisinier, appuyés d'un broc d'eau plus ou moins claire, utilisaient leurs doigts pour racler la zone. Avec pour conséquence un élevage de colibacilles sous des ongles mal coupés, qui allaient directement faire des petits dans la bonne pâte.

Quand on sait à quoi sert le jet, on comprend que le papier toilette tient le second rôle, ce n'est qu'un comparse, un porte-flingue - simple serviette pour essuyer les excédents d'eau. Il est alors possible de le jeter dans la corbeille (comme le demande poliment le petit écriteau), sans être révulsé à l'idée d'une corbeille pleine de papier usagé, qui n'aurait plus rien d'hygiénique. Tuyau, papier, corbeille : un ordre nouveau. Tout reprend son sens - le monde se reconstruit, s'apaise, il est enfin compréhensible.

Certes, il faut un peu de pratique et de dextérité. Cela ne s'acquiert pas immédiatement. La question des vêtements d'abord. Il est clair que la djellaba, bien relevée au dessus des reins, permet une application large du jet dans toutes les zones qui la nécessitent. Un slip coincé à mi-cuisses et un pantalon en accordéon sur les jarrets rendent la chose plus difficile. Il faut bien viser, et manier la gâchette qui détermine la puissance du jet avec douceur. Il faut aussi avoir une conscience exacte de l'endroit à nettoyer. Trop au nord, et tu t'asperges le menton. Trop au sud, et tu inondes tes jambes et remplis tes chaussures. Les questions d’azimut, de distance, de contrôle de la force du jet, et même de latéralité sont cruciales. Mais les mécomptes du début sont vite oubliés quand on arrive à la maitrise de l'outil.

Bienvenue dans la Jet Society !

Je te souhaite d'agréables et méditatives stations assises.

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